La Défense : Le chantier du RER E, terrain de feu des sapeurs-pompiers

REPORTAGE Les sapeurs-pompiers de Paris s’entraînent régulièrement à intervenir sur les grands chantiers d’infrastructures de transport, que ce soit le prolongement du RER E ou le Grand Paris Express

Guillaume Novello
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La Défense: On a suivi les sapeurs-pompiers de Paris sur un exercice grandeur nature — 20 Minutes
  • La zone d’intervention de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) couvre 90 % des chantiers de transports d’Ile-de-France, que ce soit le Grand Paris Express ou le prolongement du RER E.
  • Pour se préparer au mieux à intervenir dans ces zones particulières, la BSPP réalise des entraînements grandeur nature, comme cet après-midi-là dans le chantier de la gare de La Défense.
  • Etant donné la configuration des lieux, diverses spécialités des pompiers sont appelées à intervenir, ce qui exige une coordination au cordeau.

La tension est palpable en ce début d’après-midi dans l’entrée d’un immense préfabriqué de chantier à La Défense. L’ordre d’évacuation générale est tombé. Un engin de levage a pris feu à l’entrée du tunnel ouest dans l’énorme chantier de la gare du  futur RER E​. Les 150 ouvriers présents doivent quitter le site. « J’envoie la nacelle de secours », crache le walkie-talkie du chef d’incident principal (CIP) d’E-DEF, groupement qui gère les travaux. Rapidement, le 18 est appelé et les secours déclenchés.

Coup de chance, la brigade des sapeurs-pompiers de Paris est déjà sur place, ou presque. Car de feu, il n’y a point. Il s’agit en effet d’un exercice afin que  les pompiers s’entraînent à intervenir dans ces environnements particuliers. Le chantier de la gare La Défense dans le cadre du projet Eole (Est-Ouest Liaison Express) de prolongement du RER E, est en effet atypique. Il est  situé à 50 m de profondeur sous les six étages de parkings souterrains du Cnit, ce qui ne facilite pas les conditions d’intervention.

33 interventions sur les chantiers l’année dernière

Chaque mois, les pompiers mettent en œuvre un exercice sur le chantier de ce prolongement ou celui du Grand Paris Express (GPE), qui sont similaires. En 2021, ils sont intervenus 33 fois sur ces travaux dont 7 fois pour des motifs feu, même s’il ne s’agissait généralement que de dégagements de fumée. Cet après-midi, le scénario est bien plus grave, mais c’est pour mieux tester les soldats du feu. Trois principes guident la session du jour : anticipation, avec les différents acteurs, cohérence, dans les techniques d’approche, et suivi, des exercices.

Le CIP du constructeur indique au chef de garde où se situe le sinistre.
Le CIP du constructeur indique au chef de garde où se situe le sinistre. - G. Novello

Peu après l’appel au 18, le chef de garde de la BSPP débarque dans le préfabriqué et prend contact avec le CIP. Les questions fusent, mais toujours très précises : « C’est un véhicule électrique ou à gazole qui a pris feu ? Y a-t-il des bouteilles de gaz ? Un dépôt de carburant ? La ventilation est-elle coupée ? » Le CIP lui répond au mieux en désignant les lieux du sinistre sur un plan du chantier. Il ajoute qu’une personne blessée est sur place et que quatre autres manquent à l’appel.

Des spécialistes à la rescousse

Face à la gravité de l’incendie, davantage de moyens sont déployés avec l’arrivée du poste de commandement (PC). Se présente alors un capitaine de la BSPP qui reprend le COS (commandement des opérations de secours) des mains du chef de garde après que celui-ci l’a mis au courant de la situation. Vu la configuration du chantier, de nombreux spécialistes de la BSPP sont mobilisés. Ceux des communications sont ainsi déjà sur place pour assurer le relais entre les radios des pompiers à 50 mètres sous terre et le PC. Une Crac (camionnette de réserve d’air comprimé) a également été appelée pour assurer que les pompiers disposent d’assez de bouteilles d’oxygène pour intervenir.

Le chef de garde briefe ses hommes sur la stratégie adoptée.
Le chef de garde briefe ses hommes sur la stratégie adoptée. - G. Novello

Place Carpeaux, près du Pouce de César, le chef de garde, déchargé du COS, rassemble ses hommes pour aller au contact de l’incendie. Equipés de lances, ils descendent au chantier en empruntant le parking souterrain puis débouchent sur une sorte de balcon qui donne sur la gare en construction, impressionnante cathédrale de béton, comme dirait  Stéphane Bern, dont la nef servira de quais d’embarquement. En contrebas, les premiers pompiers arrivés sur site tentent d’éteindre le sinistre. L’un d’entre eux remonte pour faire son compte rendu au chef de garde. Il n’y a pas de pression sur le réseau d’eau et tout est enfumé, on ne peut pas progresser sans respirateurs. Le chef de garde ordonne le repli afin de réarticuler le dispositif et de revenir mieux équipés.

Admirez-moi cette nef! C'est pas Saint-Pierre de Rome, mais pas loin.
Admirez-moi cette nef! C'est pas Saint-Pierre de Rome, mais pas loin. - G. Novello

L’ELD attaque l’incendie par un autre front

A l’autre bout du tunnel Ouest, au niveau du Triangle de La Défense, se déploient des pompiers spécialistes de l’ELD (exploration longue durée). Vêtus de tenues plus résistantes et d’appareils qui recyclent l’air expiré pour davantage d’autonomie en zone enfumée, ils disposent aussi depuis 2018 du robot REX, droïde à tout faire de la BSPP. Piloté via une tablette et équipé d’une lance mobile, il s’enfonce progressivement dans le tunnel en chantier. Grâce à ses chenilles et sa puissance – « il peut pousser une Twingo avec le frein à main », assure son pilote –, REX est quasi inarrêtable. Il était d’ailleurs intervenu lors de  l’incendie de Notre-Dame de Paris.

Les pompiers de l'ELD et leur robot REX se préparent à intervenir.
Les pompiers de l'ELD et leur robot REX se préparent à intervenir. - G. Novello

Après 500 mètres de tunnel, les pompiers de l’ELD arrivent sur les lieux du sinistre, quasiment déserté par leurs collègues. En effet, un incendie, un vrai cette fois, s’est déclaré dans un sous-sol d’un particulier, pas loin du Cnit. Fin de l’exercice et redéploiement immédiat sur le nouveau feu. Priorité au réel !