Paris : A quoi ressemble le plan de la mairie pour embellir la capitale ?

LIFTING La mairie de Paris a publié le premier tome de son manifeste pour la beauté de la capitale

Romarik Le Dourneuf
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Paris met en valeur son mobilier urbain — 20 Minutes
  • La mairie de Paris publie un manifeste pour la beauté de la capitale en quatre livres. Le premier tome concerne l’identité du paysage parisien et a été présenté ce mardi par Emmanuel Grégoire. Les autres tomes, qui concernent le sol, les objets et le bâti seront publiés à partir du printemps 2022.
  • Pérennisation des pistes cyclables, rénovation du système d’éclairage public et préservation du mobilier urbain historique, certains de ces chantiers sont entamés depuis plusieurs mois.
  • La mairie admet des ratés dans ses plans d’urbanisme passés, comme le permis de végétaliser instauré en 2018 et l’installation de mobilier jugé inesthétique par les Parisiens comme les bans « champignons » et les bancs « Mikado »

S’il est difficile à identifier dans sa nature comme dans sa composition, le mouvement #saccageparis a été l’un des animateurs de la vie politique de la capitale en 2021. Né, et très présent, sur les réseaux sociaux, il s’est attelé à mettre en évidence les défauts, plus ou moins avérés, de l’urbanisme, tant en matière de propreté que d’aménagement. Grands détracteurs de la politique d’ Anne Hidalgo et de son équipe municipale, les membres de ce groupe ont peut-être reçu en ce début d’année une réponse à leurs griefs.

Ce mardi, Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire de Paris, présentait son « manifeste pour la beauté », nouvelle doctrine pour l’aménagement de l’espace public de la capitale. Issu du fruit de la concertation d’experts, professionnels et citoyens, ce travail consiste à définir les nouvelles grandes orientations de l’aménagement de la ville en prenant en compte, à la fois le changement climatique et l’identité patrimoniale de Paris. Si le premier adjoint a averti qu’il n’y aurait pas de révolution, nombre de changements seront toutefois notables pour les Parisiens.

Fin des marquages jaunes pour les pistes cyclables

Répartis en quatre livres, introduction, sol, objets et bâti, ce manifeste doit être le guide de référence pour la Ville, les concessionnaires de l’espace public, et les citoyens. Consacré à l’identité du paysage parisien, le premier tome évoque six grands chantiers engagés par la mairie ces dernières années. Pour les confirmer ou pour revenir dessus. Parmi les confirmations, on retrouve la pérennisation des pistes cyclables temporaires, appelées « coronapistes ». Ainsi, fini les marquages jaunes sur les 35 km qui restent à pérenniser (17 km l’ont déjà été). Ces marquages seront remplacés par des balisettes noires et des glissières en béton armé.

L’éclairage public et les feux tricolores, comme annoncé en novembre dernier, verront leur audit complet terminé en mars 2022, de nombreux remplacements et réparations seront mis en place dans le cadre du nouveau marché attribué au groupement Cielis (Citelum et Eiffage).

De la même manière, le premier tome de ce manifeste englobe le recensement effectué actuellement par la ville du mobilier urbain patrimonial (bancs, fontaines, colonnes Morris) afin de le protéger et de le mettre en valeur. Un outil cartographique devrait même bientôt permettre de localiser toutes ces pièces historiques. Ce travail sera plus approfondi dans le deuxième tome du manifeste, présenté au printemps, en particulier le mobilier du Second Empire, cher au cœur de nombreux Parisiens.

Des ratés à oublier

Mais tout le mobilier urbain n’a pas de valeur patrimoniale, comme les bancs « champignons » (c’est sièges blancs installés autour des arbres) ou des bancs « Mikado » qui ornent certains lieux de la capitale. Ces installations, qui n’ont pas convaincu les Parisiens, devraient disparaître progressivement.

Aux oubliettes, ils retrouveront les « Permis de végétaliser ». Lancées en 2018, ces fosses qui remplaçaient le plus souvent les grilles Davioud au pied des arbres devaient permettre aux Parisiens de s’approprier la végétalisation de la ville en plantant et en entretenant ces espaces partagés. Rapidement qualifiées de « parcs à cochons » ou de « tas de palettes », ces initiatives n’ont pas trouvé leur public, et, à l’exception de quelques associations impliquées qui pourront poursuivre le mouvement, elles seront abandonnées. Un échec reconnu par Emmanuel Grégoire. Il avait annoncé, dès dimanche dernier, que des pavages les remplaceront pendant trois ans, pour permettre le tassement de la terre et le bon développement des racines des arbres, avant un retour des grilles Davioud à terme. Un retour en arrière qui devrait être apprécié par les Parisiens.

« Un mea culpa », selon l’opposition

L’opposition, elle aussi, se félicite de ce « volte-face ». « Ce manifeste est un mea culpa, déclare Valérie Montandon, élue LR du 12e arrondissement et vice-présidente du groupe Changer Paris, ce sont des réparations aux préjudices subis par les Parisiens depuis quelques années. »

La conseillère d’arrondissement regrette « le temps et l’argent perdu » et demande désormais à la majorité de stopper les aménagements « farfelus » pour revenir à une prise en compte plus importante de « la cohérence et de l’unité esthétique de Paris ». Elle espère aussi une transversalité plus grande dans les prises de décision à l’avenir. Notamment au sujet des nouveaux usages comme les box à vélos ou les conteneurs de tri urbains. « Il faudra faire appel à tous les élus et à des experts pour ces choix, parce que ce que nous propose Emmanuel Grégoire, pour le moment, c’est un catalogue figé. »