Paris est-elle la ville la plus bruyante d’Europe ?

NUISANCE SONORE Une étude britannique a mis Paris à la première de son classement des villes les plus bruyantes d’Europe devant Londres et Rome. Mais sa fiabilité laisse à désirer selon Bruitparif

Romarik Le Dourneuf
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Illustration circulation des deux roues sur les grands boulevards parisiens.
Illustration circulation des deux roues sur les grands boulevards parisiens. — Celine boff/20 Minutes
  • Selon le site Money.co.uk, Paris serait la ville la plus bruyante d’Europe à cause de son trafic routier et ferroviaire.
  • Mais cette étude ne présente pas d’éléments de fiabilité, estime Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif.
  • L’observatoire du bruit en Ile-de-France note une amélioration de l’environnement sonore depuis cinq ans, qui pourrait se poursuivre avec la pose de radars anti-bruit.

Un nouveau trophée pour la capitale. Après avoir été classée ville la plus polluée de France, et deuxième aux classements des villes  les plus embouteillées et  les plus chères du monde, Paris a cette fois gagné le prix de la ville la plus bruyante d’Europe par le site britannique  Money.co.uk le 21 décembre dernier.

Selon ce site Internet spécialisé dans l’investissement, la « Ville Lumière » serait aussi la ville du bruit en raison  du fort trafic routier et ferroviaire qui s’y déploie. Conséquence de cette densité, le niveau de congestion important constaté dans la capitale serait aussi à l’origine de fortes nuisances sonores.

Une méthodologie douteuse

De quoi déprimer les Parisiens et les Parisiennes ? Pas vraiment. Fanny Mietlicki, directrice de Bruitparif, l’observatoire du bruit en Île-de-France, qui n’hésite pourtant pas à pointer du doigt les améliorations à faire dans la capitale, explique pourquoi : « Il y a très peu de crédit à accorder à cette information. La méthodologie est douteuse, les indicateurs sont un peu farfelus et les données qui portent sur Paris et sur son agglomération sont mélangées. »

D’ailleurs l’experte avoue ne pas avoir trouvé d’article scientifique qui corrobore cette « étude », ou qui en serait à l’origine. Pour preuve du manque de fiabilité d’une telle étude, Fanny Mietlicki ajoute que malgré une réglementation européenne qui commence à harmoniser le tout, les méthodes d’évaluations utilisées dans les grandes villes européennes diffèrent encore trop pour rendre une comparaison pertinente.

Une ville bruyante mais qui se soigne

Alors la réputation de la cité de l’amour est-elle sauvée ? Pas totalement. « Paris est une ville bruyante, comme toutes les grandes villes où la densité de population est importante », explique la directrice de Bruitparif. L’Ademe et le conseil national du bruit (CNB) ont publié, en 2021, un rapport sur le coût social du bruit qui prouvait que celui-ci était encore trop important dans la capitale. 

Mais l’observatoire du bruit en Île-de-France voit toutefois une amélioration : « Le fonds d’amélioration de l’environnement sonore, actuellement soumis à la consultation des Parisiens, fait état d’une diminution de 2 dB du bruit constatée en moyenne sur les cinq dernières années », précise Fanny Mietlicki. Un progrès dû, en partie, à l’amélioration de la motorisation des voitures qui sont de plus en plus silencieuses (de 0,5 à 1 dB). Mais Bruitparif met aussi en avant des décisions prises qui montrent que les autorités peuvent agir sur ce problème.

Vélos, revêtement acoustique et radars sonores

Cette diminution du bruit subi par les Parisiens vient aussi de la diminution du trafic routier et de la baisse de la vitesse en ville selon l’observatoire. Moins de voitures, plus de vélos, moins d’embouteillages… Moins de bruit. Même si l’étude du site britannique avance les sonnettes de vélos comme une nuisance sonore vécue par les habitants de la capitale. Aussi, le nouveau revêtement de chaussé, apparu sur le périphérique, dispose de propriétés d’absorption du bruit efficaces au point de gagner jusqu’à 5 dB sur certains tronçons.

Pour Fanny Mietlicki, une autre décision devrait avoir un impact non-négligeable sur les nuisances sonores que connaissent les Parisiens : la pose de radars anti-bruit. « Les deux-roues sont cités par un tiers des Franciliens comme une gêne importante. D’autant que ce sont des pics de bruit intempestifs et qu’ils sont jugés inutiles. » Aussi, après l’installation du premier radar sonore dans la vallée de Chevreuse ce mardi, les habitants de la capitale seront ravis d’apprendre que deux radars seront bientôt installés dans le 20e arrondissement, rue d’Avron, et dans le 17e arrondissement, rue Cardinet. Ces deux radars font partie de la campagne de tests, sans verbalisation dans un premier temps, avec ensuite si les appareils sont homologués. Surtout si l’expérience s’avère concluante, ces radars devraient être généralisés dans toute la capitale à partir de 2023. Une mise en place qui devrait faire du bruit chez les conducteurs de deux-roues.