La Prière du vendredi, c'est sacré, avec ou sans toit

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Disposer ou ne pas disposer d'une salle pour prier. Dans le 18e, tous les vendredis, de 14 h à 14 h 30, les deux extrémités de la rue Polonceau (18e) sont bloquées par des barrières métalliques. En quelques instants, chaque centimètre carré de bitume se recouvre de tapis sur lesquels viennent prier des centaines de musulmans, agenouillés en direction de La Mecque. La masse des fidèles, parfois installés entre deux pare-chocs, déborde jusque sur les trottoirs du boulevard Barbès. En fond sonore, de vieilles enceintes posées sur le sol crachent le prêche de l'imam de la mosquée Al Fath, bien trop exiguë pour contenir tout le monde. Mais entre deux larsens, ses « Allah akbar » couvrent difficilement le vacarme de la circulation. Cette situation dure depuis plus de quinze ans. « On n'a pas d'autre choix, lâche Chouaibou, qui fréquente les lieux depuis 1997. C'est prescrit par l'islam : s'il n'y a pas de place dans la mosquée, faites ça dans la rue ! » A quelques kilomètres de là, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), depuis deux semaines, les musulmans ont le choix. Entre la voie ferrée et les barres HLM, la mairie vient d'investir dans un centre flambant neuf. A l'intérieur, une école, une bibliothèque et une salle de prière de 701 m2. Pour Hamid Boushaki, président de l'association IMS, qui gère les lieux, ce centre sera vite surchargé. Le nombre de fidèles est en effet multiplié par quatre chaque année. Mais lorsqu'il fait visiter le centre, difficile pour lui de cacher son émotion, après vingt-trois ans passés dans une cave de 63 m2 pour 300 personnes, autrefois contraintes de déborder dehors, été comme hiver. « La première fois que nous avons prié ici, tout le monde a pleuré, se souvient cet homme affable au discours modéré. C'était très émouvant de sortir du sous-développement. » W

D. T.