Les vélos sans frein ont pignon (fixe) sur rue

William Molinié

— 

Des deux-roues sans frein et à une seule vitesse. On en croise souvent aux abords du quai Saint-Martin, dans le Marais ou vers Bastille. Alors qu'un salon présentant les dernières tendances du deux-roues s'ouvre ce week-end (lire encadré), les vélos à pignon fixe sont de plus en plus nombreux à sillonner Paris. « Ils deviennent vraiment à la mode. La plupart des constructeurs sont en train d'en sortir un modèle », explique Corinne Calendini, l'organisatrice du festival Paris Bike Days. Ultralégers, ils ressemblent aux vélos de piste, avec une seule vitesse, un cadre compact et un boîtier de pédalier rehaussé. Leur style, épuré et longiforme, serait dû aux coursiers new-yorkais, excédés de se faire voler leurs câbles de frein.

« Aux Etats-Unis, ça cartonne depuis au moins une dizaine d'années. Ici, on a ouvert il y a deux ans et on vend deux vélos par semaine, davantage encore à l'arrivée des beaux jours », explique un employé de Cyclope (11e), le premier magasin spécialisé en Fixies de Paris. Car il existe une véritable communauté du pignon fixe dans la capitale. « Les sensations sont uniques. Tu fais tout le temps corps avec ta machine, car tu ne t'arrêtes pas de pédaler », lâche Nicolas, 17 ans, élève au lycée Massillon (4e), où déjà cinq jeunes sont passés au « fixe ». Pour s'arrêter, l'usager doit se pencher vers l'avant, bloquer la roue arrière avec les pédales et déraper. Une acrobatie plutôt dangereuse.

Malgré leur développement dans les villes, la législation autour de ces vélos reste floue. Officiellement, les constructeurs sont obligés de les vendre avec un système de freinage à l'avant et à l'arrière. « C'est ce que nous faisons. Après, libre aux puristes de les démonter chez eux et d'en faire ce qu'ils veulent », explique-t-on chez Cyclope. Mais gare à la contravention... « Depuis quelques mois, ça verbalise un peu plus. Pas forcément parce qu'on n'a pas de frein, mais parce qu'on ne s'est pas arrêté au feu rouge. » Pour l'instant, aucune directive n'a été donnée aux policiers et une certaine tolérance semble être de mise. « De manière générale, tant qu'il n'y a pas d'accident, nous ne sommes pas sollicités », justifie la préfecture de police de Paris. Reste qu'avec un vélo sans frein, sans sonnette ou sans lumière, on risque une amende de 1re classe, soit 11 euros. W