Paris : Pourquoi la ville rachète-t-elle le Bataclan, le Tango et d’autres lieux de culture ?

PATRIMOINE La ville de Paris a déjà racheté les murs de trois lieux culturels en difficultés et le fonds de commerce du Bataclan

Romarik Le Dourneuf
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La ville de Paris a racheté le fonds de commerce du Bataclan au groupe Lagardère.
La ville de Paris a racheté le fonds de commerce du Bataclan au groupe Lagardère. — Thomas Samson
  • Anne Hidalgo s’était engagée à ce que la mairie de Paris s’investisse pour sauver des lieux culturels de la capitale en difficulté lors de la campagne pour sa réélection.
  • La ville a déjà racheté « les murs » de la Flèche d'Or (20e), du Lavoir moderne (18e) et du Tango (3e) et le fonds de commerce du Bataclan (11e).
  • D’autres lieux pourraient s’ajouter à la liste, à condition qu’ils bénéficient à la collectivité, qu’ils offrent notamment la possibilité de construire de logements sociaux.

C’était une promesse de campagne d’Anne Hidalgo. Avant sa réélection, la maire sortante s’était déclarée prête à « prendre le contrôle  de certains lieux culturels de  Paris menacés, afin de les protéger ». Au regard des investissements consentis dans ce sens, il semble que la parole soit tenue. Après le Lavoir moderne (18e arrondissement),  la Flèche d’or (20e), la mairie a racheté, en cette fin d’année, le Tango dans le Marais (3e). Des lieux culturels en difficultés qui ont tous à leur manière marqués l’histoire de la capitale.

Dès 2020 et sa réélection, l’équipe municipale s’était attelée à préempter Le Lavoir moderne bâtiment historique, décrit par Zola dans L’Assommoir, aujourd’hui transformé en salle de théâtre pour la jeune création, dans le quartier populaire de la Goutte-d’Or. Le mythique lavoir, construit en 1870, fut exploité jusqu’en 1953. En 1968, après des années d’abandon, il avait été transformé en salle de théâtre gérée aujourd’hui par l’association « Graines de soleil ».

Dans le même temps, la mairie s’était attaquée au dossier de la Flèche d’Or, ancienne gare de la petite ceinture, transformée en salle de concert dans les années 1960 et fermée depuis 2016, qui était convoitée par plusieurs repreneurs qui envisageaient de totalement transformer le lieu.

Trois achats de « murs », un fonds de commerce

Dernier dossier en date, le Tango, une discothèque LGBT située dans la rue au Maire, véritable institution du Marais pour laquelle la mairie a dépensé 6,7 millions d’euros. Haut lieu culturel la semaine et de dancing le week-end, le Tango rencontrait de grosses difficultés financières. Pour conserver son activité, la gestion a été confiée à un collectif nommé Tango 3.0. Le dossier du Bataclan est un peu différent. « Pour les trois premiers établissements, nous nous sommes portés acquéreurs des murs, explique Carine Rolland, adjointe de la maire de Paris en charge de la culture, alors que pour le Bataclan, c’est l’activité que nous avons achetée. »

Mais pourquoi ces lieux en particulier sont-ils sauvés ? « Il y a beaucoup de critères qui entrent en compte, explique Carine Rolland, il y a des lieux sur lesquels nous avons toujours un œil, pour d’autres nous pouvons être interpellés. » Pour que la mairie de Paris se lance sur un dossier, il faut que les conditions soient réunies. « Nous regardons l’histoire du lieu, l’ancrage dans son quartier, l’offre culturelle qu’il propose. Le Lavoir moderne est un haut lieu du théâtre émergent, la Flèche d’Or une grande salle du rock, le Tango est une institution de la culture LGBT et le Bataclan est une référence des musiques actuelles. De plus avec les événements de 2015, il revêt une symbolique encore plus importante. »

Acquisition de foncier pour créer des logements sociaux

L’adjointe d’Anne Hidalgo insiste sur la volonté de la Ville de Paris de proposer à ses habitants une palette culturelle riche et variée en maintenant ces lieux en activités : « Ce sont des endroits qui ont souvent une culture alternative et indépendante, donc ce n’est pas anodin pour eux de tomber dans le giron des pouvoirs publics, mais c’est parfois le prix de leur survie. Nous souhaitons continuer à faire profiter les Parisiens de cette pluralité et cette diversité. »

Mais cette ambition ne se fait pas sans conditions et sans limite selon Carine Rolland. « Il faut que cela s’inscrive dans une politique plus large, dans le plan d’urbanisme. » Aussi, pour le Tango, c’est un ensemble immobilier qui a été acquis, En plus de la surface commerciale en rez-de-chaussée, huit appartements et plus de 300 mètres carrés habitables ont été acquis et pourront être transformés en logements sociaux. Même chose pour le Lavoir moderne qui devrait voir ces logements apparaître dans l’immeuble voisin, inclus dans l’acquisition.

D’autres rachats à venir

C’est d’ailleurs ce point qui bloque pour La Clef, dans le 5e arrondissement. Ce cinéma d’art et essai dont le bâtiment a été mis en vente par le CSE de la Caisse d’Epargne ne peut être préempté par la mairie du fait de l’impossibilité de construire au-dessus. « Nous continuons à suivre avec la plus grande attention ce dossier et nous soutenons l’action du collectif La Clef qui fait un formidable travail, de médiation, de projections et de débats. »

Si officiellement, aucun autre dossier n’est ouvert, selon l’élue, d’autres acquisitions suivront, l’enveloppe de 10 millions d’euros prévue pour le sauvetage et le rachat de lieux culturels n’étant pas totalement dépensée.