La « clinique des Africains » ravagée par le feu

David Thomson

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Dans la nuit de samedi à dimanche, Rokia a eu « très peur ». Vers minuit, un voisin frappe à sa porte pour lui dire de quitter sa chambre. Le studio mitoyen de cette ancienne clinique de Bondy (93), où logent des familles maliennes, camerounaises et comoriennes, est en feu. D'origine inconnue, les flammes endommagent deux autres studios, sans faire de blessé. Cette nuit-là, comme 115 autres habitants du 50, rue Michelet, Rokia a dormi dans un gymnase. Depuis, toutes ces familles ont pu regagner leur logement... insalubre et surchargé.

Le propriétaire est un ancien anesthésiste de 77 ans. En 2002, le Dr Mignen reconvertit sa clinique désaffectée en « résidence ». Aujourd'hui, les chambres décaties - dont l'ancienne salle mortuaire, la cave et les salles d'opération - accueillent des familles africaines dont certains membres sont sans papiers. Toutes s'acquittent de loyers, entre 250 et 700 euros. Léa y vit depuis 2002. Elle habite avec ses trois enfants et son mari un studio de 25 m2, qu'elle loue 630 euros par mois. « On dit que le propriétaire est un marchand de sommeil, mais la mairie ne nous propose rien de mieux, explique-t-elle. L'hôtel, ce serait pire. » Certains rapportent des relations « compliquées » avec la gestionnaire. « Dès qu'on a un jour de retard sur le loyer, elle dit aux sans-papiers qu'elle va les dénoncer. Une fois, en hiver, elle a coupé le chauffage », raconte une autre locataire.

Depuis 2005, cet immeuble aux portes défoncées et aux fils électriques visibles à travers les faux plafonds fait l'objet d'un contentieux avec la mairie. « Cette clinique a été fermée et transformée illégalement en résidence. A chaque fois, nous gagnons en justice. Mais à chaque fois, le propriétaire fait appel, ce qui suspend la confiscation », s'énerve Gilbert Robert, maire (PS) de Bondy. Pour Joseph Mignen, son activité, au chiffre d'affaires mensuel de 20 000 euros, est guidée par sa philanthropie. « Ils nous suppliaient de les loger. Nous avons cédé. Avec leurs dégradations, je perds 50 000 euros par an en réparations », regrette-t-il. ■