Paris : Critiquée pour son endettement, la ville présente un budget avec une hausse de ses recettes

FINANCES PUBLIQUES La municipalité a présenté ce mercredi le budget primitif de la capitale pour l’année 2022

Romarik Le Dourneuf
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Paris, déserte, vue du ciel, le 19 mars 2020.
Paris, déserte, vue du ciel, le 19 mars 2020. — Préfecture de police de Paris
  • La Ville de Paris présentait ce mercredi son budget primitif pour l’année 2022. Au programme, des recettes en hausse, des dépenses en hausse, et une reprise économique.
  • Les plus gros investissements de la ville seront tournés vers l’aménagement du territoire et le logement social.
  • Au total, la Ville de Paris annonce verser à l’Etat 140 millions d’euros de plus que ce qu’elle touche en retour.

Attaquée par Rachida Dati pour sa gestion budgétaire de la ville de Paris et une mise sous tutelle en raison de son endettement, l’équipe municipale lui a contre-attaqué mercredi lors de la présentation du budget primitif de 2022. « Rien sur le plan financier ne justifie d’émettre cette simple hypothèse, absolument rien. Je ne crois pas un instant que les gens qui formulent cette hypothèse le fassent sur un fondement technique, financier et donc, c’est qu’ils le font sur un fondement politique », estime Emmanuel Grégoire, premier adjoint d' Anne Hidalgo. Avant de mettre en avant les « excellentes notes » attribuées par les agences de notation et les contrôles très réguliers dont fait état la ville.

Après cette mise au point, Emmanuel Grégoire a développé les grands axes budgétaires pour 2022. Mais pour pouvoir dépenser, il faut d’abord remplir dans les caisses. Si le coût du Covid-19 est estimé à 1,2 milliard d’euros sur 2020 et 2021, dont 470 millions d’euros de dépenses (matériel sanitaire pour les agents municipaux et de l’AP-HP, soutien aux commerçants, etc.) et 730 millions de pertes de recettes (baisse de la fiscalité immobilière dont la taxe de séjour), les recettes évaluées par la ville pour l’année 2022 s’élèvent à 8,76 milliards d’euros. Un chiffre en hausse par rapport à 2021 (8,36 milliards d’euros).

Des dépenses de fonctionnement en légère augmentation

Car des dépenses, il va y en avoir selon Emmanuel Grégoire, de fonctionnement d’abord. 2,51 milliards du budget primitif sont destinés à la masse salariale. Une augmentation de plus de 2 % par rapport à 2021 qui s’explique par la revalorisation des salaires des agents de catégorie C, par les mesures issues du Ségur de la Santé, par l’effet « glissement vieillesse technicité » (en clair, les quelque 53.000 agents ont pris un an d’ancienneté), par les quatre tours d’élections à organiser en 2022 (présidentielle et législatives) et par les mesures d’accompagnement dans le cadre de la mise en œuvre de la loi de transformation publique.

La masse salariale augmente aussi en raison de la valorisation des métiers de la ville, qui tendent à les rendre plus attractifs et par la création de 442 emplois dans la police municipale, l’entretien et la végétalisation ou le développement de nouveaux services publics.

Les dispositifs de solidarité, dont le financement du RSA et l’accompagnement des plus fragiles (395 millions d’euros) et de santé publique seront aussi une priorité. Comme le développement les mobilités douces avec les aménagements pour les piétons et cyclistes, mais aussi, dans les transports en commun pour lesquels la Ville de Paris investit 399 millions d’euros, via une contribution à Île-de-France Mobilités.

Paris participe à l’effort collectif… malgré la crise

Côté investissement, une enveloppe de 1,65 milliard d’euros est prévue. 42 % pour la politique de l’aménagement des territoires (318 millions réservés aux grands projets comme la voirie de la porte de Vincennes, l'Arena de la porte de la Chapelle, etc.) et de l’habitat (avec l’objectif affiché d’arriver à 25 % de logements sociaux d’ici à 2025 avec notamment 148 millions d’euros pour l’acquisition foncière). 16 % de cette ligne de budget ira à la culture, la jeunesse, le sport et les loisirs et 7 % pour l’enseignement, la formation professionnelle et l’apprentissage.

Un poste important, et pourtant méconnu, représente une ligne conséquente dans les dépenses de la ville. Ce sont les dépenses de péréquation. Un mot savant pour expliquer la redistribution des richesses entre les collectivités territoriales. Ainsi, entre ce qu’elle verse au pot commun (681 millions) et ce qu’elle reçoit (541 millions), la Ville de Paris « dépense » 140 millions d’euros. Un point sur lequel les élus qui présentaient ce budget primitif (Emmanuel Grégoire, Paul Simondon, adjoint en charge du budget et Antoine Guillou, adjoint en charge des ressources humaines et de la qualité du service) sont revenus avec insistance, espérant un dialogue plus appuyé avec le gouvernement pour rediscuter des contours et utilisations de ces contributions.

A la fin de l’année 2022, la municipalité mise sur une épargne brute d’environ 401,2 millions d’euros, soit 20 millions de plus que celle du budget primitif de 2021. Le niveau de dette de la ville devrait s’établir à 7,7 milliards d’euros selon les prévisions, un montant « justifié » au regard des investissements, des taux d’intérêt et du patrimoine de la ville, estimé à 40 milliards d’euros.