Paris : Les brigades spéciales des pompiers n’ont pas peur de se jeter à l’eau

REPORTAGE Les pompiers de Paris disposent d’unités spécifiques, dont des spécialistes d’interventions en milieu aquatique

Guillaume Novello
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L'ESAV vient de récupérer l'homme tombé dans la Seine.
L'ESAV vient de récupérer l'homme tombé dans la Seine. — G. Novello
  • La brigade des sapeurs-pompiers de Paris dispose d’unités spéciales rassemblées dans le Groupement des appuis et secours (GAS) et auxquelles un livre est consacré chez Albin Michel.
  • 20 Minutes a pu assister à un exercice sur la Seine impliquant trois d’entre elles, le Cyno, le Grimp et les pompiers plongeurs du SIA/SIS.
  • Leur poste de secours est situé quai de Conti dans un vieux chaland, où la perte d’espace n’existe pas.

Un ciel gris et bas, un léger roulis, des embruns plein la gueule… S’il n’y avait pas la massive silhouette de Notre-Dame, on se serait crus dans la rade de Brest. Mais d’iode, il n’y a point et nous sommes bien sur la Seine, à bord du Colonel Maruelle, l’Esavi (embarcation de secours et d’assistance aux victimes et incendie) des sapeurs-pompiers de Paris. Avec une poignée de journalistes, nous assistons à un exercice mettant en jeu trois unités spéciales, ou Groupement des appuis et de secours dans le jargon de la BSPP, dans le cadre de la sortie d’un livre sur ces dernières*.

Jouant le rôle de la victime, un pompier s’allonge derrière les fourrés, dans le square du Vert Galant, à la pointe occidentale de l’île de la Cité. La mission de le retrouver incombe à l’équipe Cyno et à ses chiens. Un malinois accompagné de deux pompiers renifle les recoins du square avant de trouver la fausse victime. « Le chien marque alors l’individu en aboyant », explique le capitaine Boissinot, responsable des SIA-SIS, les pompiers spécialistes des milieux aquatiques.

Le chien vient de retrouver la victime. Il l'a marquée pour que les secours interviennent.
Le chien vient de retrouver la victime. Il l'a marquée pour que les secours interviennent. - G. Novello

L’individu est ensuite pris en charge par le Grimp, (Groupe d’intervention en milieux périlleux) qui a installé entre le quai et le Pont-Neuf un ensemble de poulies et de cordes, digne de Cliffhanger.

La visite de la police

Placée dans une civière, la victime est progressivement hissée au-dessus de la Seine. A mi-chemin, elle est descendue jusqu’à une embarcation légère de la BSPP avant d’être transportée à l’hôpital. En tout, l’opération, parfaitement exécutée n’a duré que quelques minutes, sous le regard curieux des passants et d’une patrouille de la brigade fluviale de la préfecture de police de Paris. Car les pompiers plongeurs ne sont pas les seuls à régner sur le fleuve. Ils le partagent avec la police et si chacun a sa mission, il arrive par exemple que la fluviale fasse aussi du secours aux victimes. Et si officiellement il n’y a pas de rivalité, on aime bien savoir ce qu’il se passe chez les autres.

Placée dans une civière, la victime est hissée par le Grimp.
Placée dans une civière, la victime est hissée par le Grimp. - G. Novello

Après avoir fait le tour de la Cité (et semé la police), nous voilà face au pont des Arts où un pompier s’apprête à imiter un fêtard alcoolisé en mal de sensations fortes. Enfin presque puisque c’est habillé d’une combinaison Néoprène – « l’eau est à 8° C », dixit le capitaine Boissinot –, que le courageux s’élance depuis la balustrade dans la Seine. Il ne faut que quelques secondes à l’Esav pour arriver sur les lieux et encore moins de temps pour qu’un autre pompier se jette à l’eau pour secourir le malheureux qui est rapidement hissé à bord. Selon les pompiers, la majorité des plongeons dans la Seine sont le résultat de tentatives de suicide, sauf en été où certains se jettent à l’eau sous l’effet de la chaleur ou de l’alcool.

La planche de salut

« Quand on appelle les secours, il est important de donner le dernier point où la victime a sombré, briefe le capitaine Boissinot. Dans la Seine, la vision est inférieure à 20 cm donc sans indications précises, c’est plus compliqué de retrouver la personne, surtout quand le courant est fort. » Et si on tombe à l’eau, comme souvent, il faut rester calme et tenter de « faire la planche ». « Avec des vêtements, ne pas bouger permet de ne pas chasser l’air qu’ils renferment et ainsi de mieux flotter », explique le capitaine.

Après intervention, les pompiers du SIA/SIS rejoignent leur poste de secours, amarré quai de Conti, juste en dessous de la Monnaie. Car pour ne pas perdre le contact avec l’eau, les pompiers sont basés depuis 1979 dans un ancien chaland quasi-centenaire, le Commandant Beinier. En tout « 28 pompiers, dont huit de garde pendant 24 à 48 heures, sont en charge de la Seine du périphérique au périphérique », détaille le capitaine Boissinot. En amont, la Seine est surveillée par le poste de Joinville-le-Pont qui s’occupe également des canaux parisiens. Et c’est le poste de Clichy qui gère le fleuve en aval.

Ventriglisse et entraînement quotidien

L’adjudant Declerq, qui commande le poste de secours de la Monnaie, assure la visite guidée. Le chaland comporte trois ponts avec au supérieur, le poste de veille opérationnelle qui lance les alertes et envoie les pompiers sur embarcation en 3 minutes chrono. Sur le pont intermédiaire, le bureau du chef, le vestiaire qui sent bon la combinaison de plongée, la cuisine « où on réchauffe et améliore les repas qui nous sont livrés », et la base de vie, où s’est tenue la veille au soir une fête en l’honneur de Sainte-Barbe, la patronne des pompiers, avec ventriglisse et vernis à ongles bleu pour le capitaine.

Le chaland qui sert de poste de secours aux pompiers sur la Seine.
Le chaland qui sert de poste de secours aux pompiers sur la Seine. - G. Novello

Au pont inférieur, les « six chambres pour douze couchages ». Autant dire que vu la taille des cabines, la promiscuité est de mise et qu’il faut savoir partager son lit. Enfin la grande salle d’entraînement. Car, hormis Vin Diesel, les pompiers sont les seuls au monde à réserver un gros quart de leur surface habitable à la muscu. Car comme l’acteur de xXx ou de la franchise Fast and Furious, la forme physique est à la base de leur métier. « Chaque journée commence par du sport entre 8 et 10 heures », précise le capitaine Boissinot. Et après à l’eau.

Tous les jours les pompiers plongent dans la Seine pour s’entraîner et connaître les conditions du milieu aquatique en cas d’intervention. Conséquence : « On a tout le temps froid », confesse l’adjudant Declercq. Mais heureusement pour lui, dans son équipe, « il y a pas mal de Bretons qui adorent plonger, notamment pour la chasse sous-marine ». Et promis, on n’a pas vu de drapeau breton, ou alors en fond de cale.

*Les Unités spéciales des sapeurs-pompiers de Paris, édition Albin Michel