Paris : La bibliothèque Sainte-Geneviève en danger, selon son personnel

UNIVERSITE C’est la suppression du département patrimoine immobilier qui a mis le feu aux poudres et déclenché la grève du personnel de la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris

Romarik Le Dourneuf
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Le personnel de la bibliothèque Sainte-Geneviève garde le batîment fermé. Paris le 3 décembre 2021
Le personnel de la bibliothèque Sainte-Geneviève garde le batîment fermé. Paris le 3 décembre 2021 — R.LE DOURNEUF
  • Depuis le 22 novembre, les salariés de la bibliothèque Sainte-Geneviève (5e arrondissement) sont en grève. L’établissement est fermé.
  • Les salariés s’inquiètent de l’état de délabrement des locaux en raison de la suppression du département chargé de leur entretien et conservation.
  • Les conditions de travail et la précarisation des contrats ont aussi poussé les salariés à lancer le mouvement social.

La bibliothèque Sainte-Geneviève est en danger. Depuis le 22 novembre dernier, les personnels de cette institution qui côtoie le Panthéon d’un côté et la Sorbonne de l’autre, sont en grève. Les motifs sont multiples et sont un message d’alerte pour sauver le bâtiment, le patrimoine qu’il referme, et les salariés qui y travaillent toute l’année.

La bibliothèque Sainte Geneviève (BSG), qui occupe un bâtiment édifié en 1851 par l’architecte Henri Labrouste, est un joyau architectural, classé Monument historique, qui abrite plus de deux millions de documents. En novembre dernier, la présidence de l’université Sorbonne-Nouvelle, responsable de sa gestion, a annoncé la suppression du département patrimoine immobilier, chargé de l’entretien du bâtiment pour rattacher ses agents à l’université.

Le seul service d’entretien du bâtiment muté

« C’était un service spécialisé, qui intervenait au moindre problème, avec des agents qui connaissaient parfaitement les lieux », explique Sébastien, magasinier à la bibliothèque et gréviste. Les manifestants s’inquiètent du devenir du bâtiment. Natela, magasinière raconte le délabrement progressif de la bibliothèque depuis des années. « Certains magasins [les réserves où sont stockés les ouvrages] n’ont même plus de lumière, nous devons y descendre avec des lampes torches ou notre téléphone pour trouver les livres. Les néons lâchent les uns après les autres, il y a des fuites d’eau de partout. La grande salle de lecture, de 750 places, n’a même plus de chauffage. » Les salariés ne peuvent même pas boire l’eau du robinet puisqu’elle présente un taux de plomb dangereux, selon eux.

Avec la réorganisation annoncée, les salariés savent déjà que les conditions vont encore se dégrader. « Maintenant, au moindre problème, il faudra envoyer un mail, et comme toujours avec cette administration, il faudra des semaines pour avoir une réponse », soupire Margaux, vacataire à la BSG. Pour preuve, les grévistes avancent que la situation se complique déjà puisque les personnels chargés de l’entretien sont totalement occupés par le déménagement du site Censier de l’université à Nation.

Des rémunérations du personnel à la baisse

La réorganisation ne touche pas que les murs de la bibliothèque, les salariés sont aussi concernés. Les rémunérations ont d’abord été touchées, selon Sébastien : « Ils nous ont vendu une augmentation, mais ils ont supprimé la prime de Noël de 650 euros et le "bon vêtement", en nous disant que c’était inclus dans l’augmentation. » De plus, la bibliothèque Sainte Geneviève propose parmi les salaires les plus bas du secteur à Paris. Mais ouverte jusque 22 heures, elle permettait aux volontaires de faire des heures « payées de nuit ». Un dispositif également supprimé.

Une précarisation qui se retrouve dans les effectifs puisque les départs ne sont pas remplacés, ou alors par des CDD. « Ils ne proposent plus que des CDD de 2 ans renouvelables une seule fois, explique Natela, il n’y a donc aucune reconnaissance, aucune perspective pour les jeunes qui sont embauchés. Et les renouvellements ne sont annoncés que le dernier jour du contrat. Ce n’est pas tenable pour quelqu’un qui paie un loyer. » Les embauches de vacataires aussi se multiplient, des postes qui ne sont payés qu’à la tâche, donc pas lors des confinements, des fermetures ou des arrêts maladie. Mathilde, contractuelle depuis deux ans à la bibliothèque, illustre la charge de travail qui s’ajoute à tous les employés depuis des mois : « Les partants ne sont pas remplacés, alors ils m’ont proposé de nouvelles “responsabilités”, c’est-à-dire de reprendre leur travail en plus du mien. Et sans compensation financière ! C’est une précarisation pure et simple. On ne peut plus assurer autant de travail. »

Pour sauver la bibliothèque Sainte-Geneviève, les grévistes ont lancé une pétition qui a déjà recueilli plus de 20.000 signatures. Des enseignants et chercheurs ont même publié une tribune dans L’Express. Même les étudiants s’indignent. Rimane, en master de Lettres se désole de la situation : « C’est un lieu magnifique, qui regorge d’œuvres et de contenus qu’on ne trouve pas ailleurs, ou alors à des tarifs exorbitants. Et on laisse ça dépérir. » Son amie Lucile, qui étudie l’art abonde : « Normalement, c’est un endroit idéal pour travailler. Mais ça se dégrade et il y fait froid l’hiver. Il y a bien les cafés autour de la fac. Mais ce n’est pas l’ambiance de travail d’une bibliothèque. »

Contactées par 20 Minutes, l'université Sorbonne-Nouvelle et la direction de la bibliothèque Sainte-Geneviève, n'avaient pas encore répondu à nos questions au moment de la parution de cet article.