«Les droits de l'homme sont pour vous, pas pour les réfugiés»

CALVAIRE «Gare de l'Est». Ce sont les seuls mots qu'ils savent prononcer en français...

Lise Martin, photo Une de Serge Pouzet

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 Le square Villemin, à Paris, repaire pour exilés afghans
 Le square Villemin, à Paris, repaire pour exilés afghans — AFP PHOTO JOEL SAGET

Pour les quelque 300 Afghans qui se réfugient la nuit au square Villemin (10e), situé entre la gare et le canal Saint-Martin, le lieu est devenu, surtout depuis un an, le point de ralliement. «Il est connu à Kaboul, affirme Pierre Henry, le directeur général de l'association France terre d'asile. Ils s'y retrouvent en arrivant de Grèce et d'Italie.» Et en attendant d'obtenir le statut de réfugié ou de passer en Grande-Bretagne.

Chaque soir, vers 20 h 20, c'est le même rituel. Lorsque les gardiens sifflent pour annoncer la fermeture du parc, les jeunes exilés se dirigent vers la sortie, puis s'éparpillent dans le quartier. Une demi-heure plus tard, un autre ballet débute. Dans une rue adjacente, en face d'un bar bobo, les migrants se faufilent entre un barreau de grille et un mur raboté pour revenir dans le jardin. Une fois à l'intérieur, ils installent leur campement par ethnie. D'un côté, les Pachtounes, comme Sakhi, 19 ans, débarqué le jour même. Son voyage depuis l'Afghanistan lui a coûté 13 000 dollars. Il s'est fait arnaquer par un passeur entre l'Iran et la Turquie, et vient de dépenser ses derniers sous pour venir de Cannes en train.

«Je croyais que la France, c'était le pays des droits de l'homme, s'énerve Hazrat, du haut de ses 18 ans. Les droits, ils sont pour vous, pas pour nous, les réfugiés!» Sous les jeux d'enfants, c'est un groupe de Hazaras qui s'est installé. Khalil, 15 ans, demande inlassablement: «Pourquoi votre gouvernement ne nous aide-t-il pas?»

Certains sont amers. D'autres effrayés. Notamment par la mort d'un des leurs au cours d'une rixe, la veille, dans le square. Ceux-là s'installent en dehors, près de l'eau. « Aux beaux jours, les Parisiens pique-niquent le long du canal. Du coup, les réfugiés sont moins repérables », explique Pierre Henry. Ahmed a déplié un sac de couchage qui fera office de matelas pour lui et ses trois compagnons. Le trentenaire raconte d'une voix posée le programme de leur soirée : l'un d'eux leur racontera des histoires du pays, puis ils feront une prière avant de s'endormir. Pour tous, la nuit sera rude. Et pluvieuse.

Le lendemain matin, ils sont une centaine, encore trempés, à se presser devant les locaux d'une association voisine, qui leur offre un petit déjeuner deux fois par semaine. Dariush, 33 ans, est le seul Iranien du lot. Depuis neuf ans, il navigue entre la France et la Belgique et a tenté d'atteindre la Grande-Bretagne deux fois. Pas question pour autant de décourager les autres : «J'ai décidé de rentrer chez moi. Mais eux auront peut-être plus de chance.»