La mère de Ryan abandonne toute explication

Alexandre Sulzer

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« J'ai pété les plombs » comme unique explication. Mina T., 36 ans, était bien silencieuse, hier devant la 15e chambre correctionnelle de Paris, sur les raisons qui l'ont poussée à abandonner, en juin 2007, Ryan, son fils de 3 ans, dans un fast-food de la place de Clichy (lire encadré). Elle a été condamnée à dix-huit mois de prison avec sursis, et s'est vu retirer son autorité parentale.

Celle que les experts ont qualifiée d'« abusive » et de « caractérielle » est restée prostrée à la barre, tête baissée, parfois secouée par des sanglots. Un malaise - « la honte », selon son avocat - qui transforme l'audition en supplice, notamment lorsque la présidente de la chambre constate que la prévenue ne connaît même pas la date de naissance de son fils. « Oui, c'est vrai, je l'ai abandonné, désolée », reconnaît-elle, du bout des lèvres. Finies les versions successives qu'elle a livrées aux enquêteurs, dans lesquelles elle mettait en cause la France, leur chambre trop petite quand ils habitaient chez son frère, ou encore son ancien mari, Hassan, qui ne supportait pas le petit garçon, qui n'était pas son fils.

Le 26 juin 2007, après avoir laissé Ryan au Quick, Mina a opéré plusieurs retraits d'argent et demandé un changement d'adresse auprès des allocations familiales. « C'est quelque chose de réfléchi, ce n'est pas cohérent avec le fait d'avoir pété les plombs », pointe du doigt le substitut du procureur, Sylvain Barbier Sainte Marie, qui dénonce la « violence inouïe des faits ». « Vous avez une explication ? » « Non », répond-elle, en baissant la tête. Et pourquoi avoir donné un faux nom à la nourrice à qui elle avait confié Ryan de mars à juin 2007 ? « Je ne sais pas », souffle celle qui rappelle qu'elle n'avait « pas de logement, pas de moyens ». « La France du XXIe siècle n'est pas celle des Misérables, rétorque le ministère public. Il existe un maillage social, éducatif et associatif qui vous permettait d'agir autrement. » Même l'avocat, Me Alban Rais, reconnaît que le comportement de sa cliente est « exaspérant ». Selon lui, le jugement est « équitable et défend les intérêts du petit Ryan ». Lequel vit aujourd'hui dans une famille d'accueil. Selon les pédopsychiatres, il est « indifférent » sur le plan psycho-affectif. « Un mécanisme de défense face à une carence affective. » ■