Île-de-France : Le loup peut-il recoloniser la région ?

NATURE L’observation d’un loup dans les Yvelines à la mi-novembre pose des questions sur sa présence en Île-de-France

Romarik Le Dourneuf
— 
Le loup est revenu en France au début des années 90. (Illustration)
Le loup est revenu en France au début des années 90. (Illustration) — Gilles Durand / 20 Minutes
  • Un loup a été observé et pris en photo le 11 novembre dernier à Blaru dans les Yvelines.
  • Avec plus de 600 spécimens répertoriés en France, son expansion continue logiquement jusqu’à l’Île-de-France, un territoire fortement peuplé par l’espèce avant son éradication au début du 20e siècle.
  • C’est un animal dangereux, un prédateur carnivore, mais l’Homme ne fait pas partie de ses proies et à donc peu à craindre à condition de ne pas se mettre en position de vulnérabilité.

Le premier d’une longue lignée ? Depuis son retour en France, officiellement en 1992, par l’Italie, le loup continue d’étendre son territoire en France. Le 11 novembre dernier, un spécimen a été photographié à Blaru dans les Yvelines. C’est la première fois que la présence du loup est confirmée en Île-de-France par l’Etat. Cas exceptionnel ou membre d’une grande communauté ? Faut-il s’inquiéter ? 20 Minutes fait le point sur le retour du loup dans la région.

Voir un loup en Île-de-France, est-ce surprenant ?

NON. « Absolument pas, l’Île-de-France était l’une des régions les plus propices au loup jusqu’au XIXe siècle. Il est logique de le voir revenir », explique Jean-Marc Moriceau, professeur d’Histoire à l’université de Caen-Normandie et spécialiste du loup*. Jusqu’à son éradication par l’Homme au début du XXe siècle, le loup était extrêmement présent dans la région. Avec le changement de son statut juridique et sa protection en 1979, puis 1992, il a recommencé à peupler la France. « D’abord par les Alpes du sud, le Massif Central, puis la partie Est avec le Jura, la Bourgogne et la Champagne puis le bassin parisien. On le voit jusqu’en Normandie désormais. » Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), sa population dépassait les 600 membres au début de l’année 2021. Selon Jean-Marc Moriceau, les grandes forêts de l’Île-de-France sont propices à son retour, et des zones comme celle de Blaru étaient déjà des couloirs de passage du loup au XIXe siècle.

Le loup va-t-il de nouveau coloniser l’Île-de-France ?

POSSIBLE. Si tous les experts s’accordent à voir le retour du loup comme une expansion logique de son territoire, la présence d’un loup ne permet pas encore d’être définitif sur une recolonisation de l’Île-de-France. S’il a peuplé la région par le passé, celle-ci s’est fortement urbanisée depuis. De plus, le loup observé, seul, pourrait n’être qu’un « disperseur », selon Jean-Marc Moriceau : « Il peut s’agir d’un mâle qui a été rejeté de la meute pour ne pas faire de concurrence au chef, ni aux louveteaux. Ce serait alors un loup solitaire en quête d’un lieu où fonder sa propre meute. » Autre hypothèse, ce loup solitaire pourrait être un éclaireur, en avant de la meute qui reconnaît le terrain. « Mais tout laisse penser qu’en l’état, l’Île-de-France peut devenir une zone de présence (ZDP) », ajoute le spécialiste.

Peut-il s’approcher des habitations, des villes ?

OUI. L’Histoire montre que par le passé, le loup n’a pas eu peur de s’approcher de Paris, et donc des zones très peuplées. Toutefois, on ne connaît pas encore parfaitement sa réaction face à l’urbanisation forte comme celle de certaines zones de la région (avec les bruits et nuisances qui vont avec). « Mais le loup est un animal très résistant, très intelligent et opportuniste. On l’a vu traverser des autoroutes ou des voies de chemin de fer », raconte Jean-Marc Moriceau pour avancer une possible adaptation à la région. A proximité des villes, le loup peut adopter un comportement de charognard, « à l’image des ours ». « Si sa population continue de croître, ce qui est mon hypothèse, il est probable qu’il s’approche à la recherche de nouveaux territoires et de nouvelles ressources. »

Peut-il être dangereux pour l’Homme ?

OUI MAIS… Un rapport sur la peur du loup, publié en 2002 a montré que le loup pouvait se montrer dangereux vis-à-vis de l’Homme. L’Histoire recense plusieurs milliers d’attaques sur l’Homme et notamment sur les enfants rien qu’en Île-de-France entre le Moyen-Âge et le XIXe siècle. « Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un prédateur carnivore, doté d’un instinct exceptionnel », rappelle Jean-Marc Moriceau. Les experts du loup s’accordent toutefois pour modérer les craintes d’attaques sur l’Homme. « A moins de se transformer en petit chaperon rouge, c’est-à-dire de se mettre en position vulnérable, l’Homme n’est pas une proie pour le loup. C’est plutôt lui qui nous craint. » Le spécialiste rappelle que la peur du loup doit être raisonnable et raisonnée et conseille de toujours rester debout face à lui et de ne pas laisser les jeunes enfants seuls dans les territoires où le loup pourrait se trouver. Pour les animaux domestiques et surtout les animaux d’élevage en revanche, l’actualité montre que sa présence n’est pas sans risques, ni conséquences au regard des attaques régulières qui ont lieu dans les zones où le loup est installé.

* Histoire du méchant loup, 2007, Editions Fayard