Paris : Avec leurs nids-de-poule, certaines rues de la capitale sont « dignes du Paris-Roubaix »

VOTRE VIE, VOTRE AVIS Les nombreux nids-de-poule sur la voirie parisienne sont dénoncés par nos lecteurs et les associations d’usagers 

Guillaume Novello
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Le nid-de-poule fatal à Marie, notre lectrice.
Le nid-de-poule fatal à Marie, notre lectrice. — 20 Minutes
  • Associations d’usagers et lecteurs de ​20 Minutes dénoncent le mauvais état de la voirie à Paris et la présence fréquente des nids-de-poule.
  • Cette chaussée dégradée est source d’inconfort, voire d’accidents graves pour les usagers.
  • Paris en Selle souligne néanmoins que la rénovation des pistes cyclables s’améliore dans la capitale.

Ce n’est pas encore Pâques, mais les nids-de-poule semblent de saison dans Paris. « La rue du capitaine Ferber dans le 20e est digne du Paris-Roubaix », signale Philippe qui a répondu à notre appel à témoignages. Hassen signale le « boulevard des Maréchaux depuis la porte de Versailles jusqu’à Balard coté droit vers Garigliano, avec de nombreux trous sur la chaussée y compris au niveau des passages piétons. Une horreur ! » Pour Frédéric, la chaussée entre le 73 et le 84 avenue de Suffren lui fait penser à une « piste dans un pays sous-développé ».

Du côté des associations d’usagers, même topo. « La chaussée est fortement dégradée, c’est une évidence », affirme Jean-Marc Belotti, coordinateur de la fédération des motards en colère. « Dégueulasse, laissé à l’abandon », embraye Pierre Chasseray, délégué général de 40 Millions d’automobilistes. « Il y a énormément de pistes cyclables anciennes qui devraient être rénovées », complète Camille Hanuise, directrice de Paris en Selle.

Jante cassée et jambe fracturée

Une unanimité rare entre ces différents acteurs qui signale l’importance du problème, dont la mairie de Paris indique avoir conscience. « Certains nids-de-poule sont vraiment dangereux, dénonce Jean-Marc Belotti. Plusieurs motards nous ont appelés parce qu’ils étaient tombés ou avaient cassé une jante dessus. » « J’ai eu un grave accident à cause de nids-de-poule successifs en face de l’hôpital Saint-Louis, appuie Marie, une lectrice. Mon Vélib’électrique m’est tombé dessus et je me suis fracturé la jambe. » Thierry, lui, a carrément arrêté de circuler en trottinette électrique entre le 2e et le 10e arrondissement. « Mes pneus sont sans chambre à air et cette chaussée est trop dangereuse. »

Jean-Marc Belotti qui organise « régulièrement des opérations nids-de-poule, où on les tague pour les signaler », se plaint du matériau utilisé pour la réfection. « Les services de la mairie rebouchent avec du goudron liquide, ce qui tient très peu de temps, pointe-t-il. Dès qu’il fait beau et chaud, le goudron redevient liquide et s’en va. Et quand les pneus de voiture passent, ils arrachent progressivement ce goudron. Ça tient trois semaines, puis le trou revient. » Philippe, habitant du 16e régulièrement arrosé par les voitures roulant dans les nids-de-poule gorgés d’eau, signale également que « du goudron a été remis, mais en quelques mois les trous se reforment ».

Pour Pierre Chasseray, le « non-entretien est une erreur économique puisque la réfection coûte 7 fois plus cher que l’entretien ». Il avance ainsi l’idée d’un « contrôle technique des routes » et incite à « agir avant le nid-de-poule, dès la fissure où l’eau s’infiltre avant de se transformer en glace l’hiver et de faire craquer le revêtement ».

Ça s’améliore (un peu) pour le vélo

Mais la situation empire-t-elle ? « C’est clair que la situation ne s’améliore pas. Est-ce qu’elle se dégrade ? Je ne sais pas », concède Jean-Marc Belotti. Il n’y a que Camille Hanuise qui note une légère amélioration, sans doute liée à la politique de la mairie en faveur du vélo, citant les nouvelles pistes avenue de la République ou rue du Faubourg Saint-Antoine. « On se rend compte que quand on a un revêtement de qualité, ça augmente le confort pour le cycliste », analyse-t-elle. Mais pour la directrice de l’association d’usagers de vélo, le compte n’y est toujours pas. « Globalement, il y a une culture de ne pas rénover autant les pistes cyclables que le reste de la chaussée », juge-t-elle. Et de citer le « mauvais état » du boulevard Malesherbes ou encore « la piste cyclable du boulevard de Belleville avec des nids-de-poule, des creux, des bosses et des bulles sous l’enrobé ».

Si les associations de Pierre Chasseray et Jean-Marc Belotti, signalent régulièrement les problèmes de voirie aux services de la mairie, Paris en Selle est également consulté sur la mise en place de nouveaux aménagements. « Par exemple, nous demandons de supprimer le caniveau de 20 cm à droite qui ampute la piste cyclable, rapporte Camille Hanuise. Avoir une piste d’un seul tenant, ça change la donne. »

Un budget en hausse continue

Enfin une spécificité parisienne complique la gestion de la voirie, le pavé ! Pour conserver la beauté patrimoniale de Paris, « les architectes des bâtiments de France s’opposent au changement de revêtement, par exemple recouvrir les pavés d’enrobé », explique Camille Hanuise, qui cite en exemple la piste cyclable des Champs-Elysées. Jean-Marc Belotti pointe également « les guichets du Louvre avec le petit rond-point devant la Pyramide où quand vous passez à vélo, vous rebondissez dans tous les sens tellement c’est défoncé. Il n’y a pas de trou, mais il y a un dénivellement des pavés qui fait que c’est hyper cassant. »

Pour sa défense, la mairie de Paris assure que « les budgets dédiés à l’entretien de la voirie n’ont eu de cesse d’augmenter durant les dernières années », passant de 12 millions d’euros en 2017 à 28 millions en 2021. Mais pour l’instant cela peine à se traduire dans le ressenti des usagers.

Et ailleurs qu’à Paris ?

« Globalement, j’ai l’impression que c’est plus dégradé dans Paris Intra-muros que sur les communes de petite couronne », avance Jean-Marc Belotti. Ce sont surtout les grands axes qui semblent poser problème comme « la N4 entre Pontault-Combault et Châtres, avec beaucoup de nids-de-poules et une chaussée inondée par temps de pluie », rapporte Martine. Un constat partagé par Pierre Chasseray pour qui « c’est inhumain d’avoir une route dans cet état-là ». Le DG de 40 Millions d’automobilistes cite également la N118 qui « commence à être retapée à peu près, mais c’était un drame ». Niveau vélo, en petite couronne, « c’est un cran derrière et la priorité est donnée aux voies motorisées », dénonce Camille Hanuise, qui « souhaite que pistes cyclables et voies motorisées soient traitées de la même façon ».