Coronavirus en Ile-de-France : « Plus d’un patient sur deux est hospitalisé pour une forme grave du Covid-19 », alerte un médecin réanimateur

EPIDEMIE Des professionnels de santé, inquiets de la cinquième vague, prônent la mise en place de mesures pour éviter une tension accrue sur les hôpitaux

Charles-Edouard Ama Koffi
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Un stand de dépistage antigénique du Covid-19 sur la place de l'Opéra à Paris.
Un stand de dépistage antigénique du Covid-19 sur la place de l'Opéra à Paris. — ISA HARSIN/SIPA
  • Au 18 novembre, le taux d’incidence en Ile-de-France était de 162 pour 100.000 habitants, bien plus que le seuil d’alerte du gouvernement, fixé à 50.
  • Paris, le Val-d’Oise et les Hauts-de-Seine affichent le plus fort taux d’incidence.
  • En moyenne, au 21 novembre, 80 nouvelles personnes positives au Covid-19 sont admises chaque jour dans un hôpital francilien. Parmi elles, 18 seront dirigées en réanimation.

Tous les voyants sont au rouge. Après un été marqué par la 4e vague de l’épidémie de Covid-19 caractérisé par l’émergence de nouveaux variants, voici que l’automne est aussi frappé par une recrudescence épidémique, notamment en Ile-de-France. Selon les données fournies par le gouvernement, la région connaît une rapide augmentation de tous les signaux d’alerte.

Le taux d’incidence francilien était de 162,17 pour 100.000 habitants au 18 novembre, soit une progression de 76 % sur les sept jours précédents. Il était de 171 pour l’ensemble du pays, à la même date. Le nombre de nouveaux cas quotidien moyen était en progression de 76 % sur sept jours pour s’établir à 2.841 personnes. Une situation qui se propage désormais aux hôpitaux.

Des chiffres de suivi de l’épidémie en hausse

« Nous sommes en plein dans la cinquième vague, très clairement », alerte ainsi le professeur Djillali Annane, chef du service réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches (Hauts-de-Seine). Son département, avec ceux de Paris et du Val-d’Oise, respectivement à 170, 220 et 168, sont les trois départements avec le plus fort taux d’incidence en Ile-de-France. En ce qui concerne la situation hospitalière, selon l’ARS, « la dynamique est également orientée à la hausse depuis la fin du mois d’octobre, mais davantage en hospitalisation conventionnelle avec 714 patients Covid, qu’en soins critiques avec 290 patients Covid actuellement et plutôt avec des patients âgés ».

« Il y a un mois, nous étions à un patient sur quatre hospitalisé pour une forme grave, comptabilise Djillali Annane. Aujourd’hui, c’est plus d’un patient sur deux. Sur les trois derniers entrants en 24 heures, deux ont été admis pour une forme grave de Covid, déplore-t-il. Dans mon service, il y a presque de 60 % de patients Covid. »

Au 21 novembre, en moyenne sur les sept derniers jours, 18 patients étaient accueillis en réanimation dans les hôpitaux franciliens. « Nous recevons des personnes non vaccinées mais elles ne constituent pas la majorité des cas, explique Djillali Annane. Il y a aussi des patients pleinement vaccinés mais qui y répondent mal à cause de leur comorbidité comme des cancers ou des greffés qui ont une forme grave de la maladie, quel que soit leur âge. » Sur ses lits de réanimation, figurent aussi des « patients vaccinés mais avec une seconde dose qui date d’il y a plus de six mois ». Pour éviter de prendre des risques avec une dose de rappel trop tardive, le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale a ouvert lundi 22 novembre la voie à un élargissement du public éligible à une dose de rappel.

Le personnel soignant déjà sous tension

Cette recrudescence de l’épidémie tombe à un mauvais moment pour les hôpitaux franciliens, déjà confrontés à une fatigue du personnel et une épidémie de bronchiolite chez les nouveau-nés. « Avant même que la vague de Covid ne prenne de l’ampleur, il y avait des lits fermés dans les hôpitaux, regrette Rémi Salomon, le président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP. Il y a autour de 10 à 12 % d’absentéisme, soit un à deux points de plus que d’habitude. Ceux qui restent ont plus de travail. Beaucoup de gens dans le personnel soignant me disent qu’ils vont partir… »

Selon les chiffres de Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP, invité ce lundi de la matinale de France Inter, « 1.000 postes sur 18.000 sont actuellement non pourvus » au sein des hôpitaux franciliens. « La marge de manœuvre est faible ou inexistante en Ile-de-France, regrette Djillali Annane. Il n’y a pas de personnel en vacances qu’on pourrait massivement rappeler de congés. » Martin Hirsch évalue également à « 300 patients en réanimation dans les établissements de l’AP-HP soit un quart de l’ensemble des patients ». Une situation d'autant plus problématique qu’elle peut s’empirer dans les prochaines semaines si aucune mesure n’est prise.

Si la situation ne change pas « on explose », alerte un mathématicien

« On a appris au fur et à mesure des différentes vagues qu’il y avait un décalage de 15 jours entre les hospitalisations et les entrées en réanimation, explique Djillali Annane. Il est normal que nous n’ayons pas encore une augmentation exponentielle en réanimation, on l’aura dans quinze jours », avance-t-il. Selon, Jean-Stéphane Dhersin, mathématicien responsable de la plateforme de coordination de modélisation Covid-19 du CNRS, « le pic de la vague actuelle va dépendre des mesures qui vont être prises » car elles vont « impacter l’évolution de l’épidémie ». « Dans une épidémie, il y a le niveau où vous êtes et la vitesse à laquelle vous allez. C’est comme pour dans une voiture avec un mur devant vous. Si vous ralentissez suffisamment, vous ne prenez pas le mur mais si vous ne ralentissez pas, vous vous prenez le mur, quelle que soit la distance. » Selon lui, si la situation ne change pas rapidemment « on explose ».

Pour éviter le pire, Djillali Annane prône un « élargissement de la troisième dose de vaccin ». Il estime aussi qu’il faudrait « reconsidérer le retour des jauges dans les lieux recevant du public ». Enfin, le chef du service de réanimation à l’hôpital de Garches estime que la France et l’Europe doivent faire « en sorte que ce traitement soit disponible dès décembre. » « Avec la vaccination, l’effet sur les hôpitaux est beaucoup plus long, analyse Rémi Salomon. Si la vague continue en Ile-de-France, je crains que le nombre de patients en réanimation ne grimpe. »