Pour Gilda, le Strass c'est pas du toc

Alexandre Sulzer

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« Je n'aime pas le mot "prostitué". On dirait un participe passé, qu'on le fait pour quelqu'un d'autre. Moi, je tapine : c'est actif. » C'est dans un petit appartement d'une copropriété bien entretenue de Vanves (92) que maîtresse Gilda reçoit ses clients. Ce travesti de 32 ans est l'un des militants franciliens du Strass, le premier Syndicat du travail sexuel qui vient d'être créé (lire encadré).

Originaire de l'est de la France et issu d'une « famille bourgeoise moyenne », il vit dans la région parisienne depuis quatorze ans. « J'étais bon élève à l'école, mais ça me faisait prodigieusement chier », raconte celui qui « s'est cassé » trois mois avant le bac. A cette époque, il se prostituait déjà.

« J'ai commencé à 17 ans par hasard. Cela ne m'a pas déplu. Ça m'a procuré indépendance et autonomie financière. » Pas de regret ? « Non, quinze ans de tapin, ça vaut bien quatre ans de psycho. Et on en apprend plus sur la nature humaine. » Quinze ans donc que maîtresse Gilda - en référence au film Gilda avec Rita Hayworth - vit de passes « avec Monsieur Tout-le-monde ». « Comme dans plein de services à la personne, il y a des hauts et des bas. Mais on en vit correctement. » Pour lui, prostitué n'est pas qu'un simple métier. « C'est mon mode de vie, mon engagement », avance ce militant, fier de sa « culture marginale qui n'est pas hétéro-bourgeoise ». Cela ne fait que deux ans qu'il se prostitue en travesti dominateur. « Gilda est née lors de la « pute pride ». J'ai compris qu'on me regarderait davantage comme ça qu'en jeans. Que lorsque je gueule cravache à la main, on m'écoute davantage. » Car il a des choses à dire. « La loi sur la sécurité intérieure de 2003 m'a poussé dans la rue de rage car elle transforme les travailleuses du sexe en délinquantes. Et elle a eu des effets inverses à ceux attendus puisque les prostituées s'éloignent des villes, vont en forêt, comme Saint-Germain-en-Laye, où elles sollicitent la protection d'un proxénète. » D'où l'intérêt, selon lui, d'un syndicat. « Le modèle idéal est celui de la Suisse, où la prostitution est légale. » Quant à la prostitution contrainte, il ne la nie pas, mais l'estime minoritaire. « Et ce sont nous, sur le terrain, qui pouvons venir en aide aux victimes. » Gilda se regarde dans le miroir : « Moi, j'espère faire ce métier jusqu'à la fin de mes jours. » ■