Au jardin, on ne compte pas que fleurette

Mickaël Bosredon

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La menace de disparition de l'ours polaire ou de l'orang-outang, tout le monde en a entendu parler. Mais qu'en est-il des conséquences du réchauffement climatique et de l'urbanisation sur des espèces « bien de chez nous » ? « Nous en savons assez peu sur la perte de la biodiversité en France », reconnaît Benoît Fontaine, du Muséum d'histoire naturelle. Avec l'association Noé Conservation, le Muséum pilote depuis 2006 l'opération nationale Observatoire des papillons des jardins.

Les Français dotés de balcons, terrasses ou jardins, sont invités à jouer les scientifiques, en observant et en comptabilisant chaque année de mars à octobre 28 espèces de papillons, présentes partout en France. Près de 4 000 foyers, dont 449 en Ile-de-France, y ont participé en 2008. La campagne 2009, qui vient de démarrer, s'accompagne d'un nouveau dispositif de comptage des escargots, et s'enrichira en 2010 du recensement des bourdons.

Anecdotique ? Pas du tout. S'il est trop tôt pour tirer des conclusions à l'issue des trois premières campagnes de comptage, certains chiffres sur la population des papillons sont alarmants : en vingt ans, elle a ainsi décliné de 71 % en Grande-Bretagne.

« Or, insiste Mathilde Renard de l'association Noé Conservation, les papillons jouent un rôle important dans le fonctionnement des écosystèmes. » « Cette opération va enfin nous doter de statistiques à grande échelle sur les espèces pour qui la ville est un obstacle à la survie, souligne Benoît Fontaine. Nous avons déjà observé que le gazé, grand papillon blanc, a quasiment disparu d'Ile-de-France, alors qu'il y vivait en abondance au XIXe siècle. Notre démarche ne vise pas à retrouver la nature telle qu'elle était au XIXe, mais de stopper l'hémorragie, et de réorienter les politiques d'urbanisation », précise-t-il.

Avec l'escargot, le Museum va compléter sa palette. « L'intérêt de l'escargot est qu'il est sédentaire, et qu'il vit plusieurs années. A l'inverse du papillon. Et il ne réagit pas du tout de la même façon aux agressions : en cas de sécheresse, il peut s'enterrer et survivre. Mais si la nourriture vient à manquer, il ne pourra pas aller en chercher ailleurs, et mourra », ajoute Benoît Fontaine. Une liste de trente et une espèces sera soumise à observation. « Et tous les Franciliens dotés d'un petit espace vert peuvent participer », rappelle Mathilde Renard. ■Pour participer à l'opération, rendez-vous sur www.neoconservation.org.