Construire léger pour moins peser sur l’environnement, est-ce l’avenir de l’architecture ?

URBANISME Le Pavillon de l’Arsenal à Paris propose une exposition qui revient sur un siècle d’architecture légère pour mieux préparer l’avenir

Guillaume Novello
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L'Hexacube de Georges Candilis et Anja Blomstedt (1968-1972).
L'Hexacube de Georges Candilis et Anja Blomstedt (1968-1972). — Pavillon de l'Arsenal
  • L’exposition L’empreinte d’un habitat au Pavillon de l’Arsenal, à Paris présente un siècle de constructions légères.
  • A partir de l’étude exhaustive de 33 prototypes, l’architecte et commissaire Philippe Rizzotti montre qu’il est possible de construire plus léger pour réduire son empreinte carbone.
  • Choix des matériaux, construction modulaire… De nombreux paramètres entrent en jeu.

Et si, dans l’immobilier, la valeur refuge était le bois et non la pierre. Bien sûr, on ne parle pas aux investisseurs Loi Pinel mais aux Terriens en détresse devant l’ampleur de la catastrophe climatique. C’est le parti pris de l’exposition L’Empreinte d’un habitat, au Pavillon de l’Arsenal (Paris 4e). Parce que la construction pollue, et pas qu’un peu.

Quelques chiffres pour déprimer un peu. « En Europe, 50 % des ressources naturelles sont destinées à la construction et produisent environ 30 % des déchets », rappelle en introduction l’architecte Philippe Rizzotti, commissaire de l’exposition. Ça, c’est pour la partie consommation de ressources. Niveau énergie, ce n’est pas beaucoup mieux : « Le secteur du bâtiment et de la construction représente plus de 35 % de la consommation finale d’énergie dans le monde et près de 40 % des émissions de CO2 liées à l’énergie. »

L'exposition
L'exposition - Vincent Fillon

Construire léger, notamment en préférant le bois au béton, permet donc de réduire la consommation de ressources naturelles et celle d’énergie, notamment lors de la construction, en gros de « sortir du paradigme de la ressource infinie », selon les mots de Philippe Rizzotti. Pour une fois, les pouvoirs publics ont conscience du problème puisqu’au 1er janvier 2022, la nouvelle Réglementation environnementale (RE 2020) prendra en compte le bilan carbone du bâtiment avec l’établissement de plafonds à ne pas dépasser. Mais pour le commissaire architecte, on aurait pu aller plus loin comme le prouve son exposition/étude d’un siècle de constructions légères.

Analyse selon 4 critères

Au total, 33 projets architecturaux ont été décortiqués et analysés par l’équipe de Philippe Rizzotti et l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, et comparés selon quatre critères : la masse surfacique (le poids des matériaux pour la construction), l’empreinte carbone, le nombre de composants et le nombre de types de composants. L’exposition se déploie autour d’éléments de la maison démontable 8x8 de Jean Prouvé et Pierre Jeanneret (1941), une des pionnières de l’architecture légère. Avec une empreinte carbone de 55 kg équivalent CO2/m², elle est largement en dessous de la norme RE fixée à 640 kg équivalent CO2/m² pour de l’habitat individuel.

Par ailleurs, qui dit léger, dit aussi modulable. Et « la modularité permet la facilité de construction et le réemploi des pièces », explique Philippe Rizzotti. Par exemple, la Yacht House de Richard Horden et ses 17 types de composants, « a été construite par une famille en une après-midi autour d’un barbecue », assure l’architecte. Il y a également l’Hexacube du duo franco-finlandais Candilis-Blomstedt qui se voulait dans les années 1970 l’habitat de « camping de l’an 2000 » avec seulement 30 composants ! Mais tout en plastique, il affiche une empreinte carbone de 747 kg équivalent CO2/m².

«Il y a un train à prendre »

Enfin plus près de nous, le centre d’hébergement d’urgence La Promesse de l’Aube, situé en bordure du Bois de Boulogne et qui avait suscité une forte opposition des riverains. Commandé par l’association Aurore au cabinet Moonarchitectures, le bâtiment ne présente que 50 composants de 10 types différents avec une empreinte carbone de 155 kg équivalent CO2/m². Ce qui fait dire à Philippe Rizzotti : « On sait faire, il faut s’en donner les moyens. Il y a un train à prendre. » Et pour l’instant, ce n’est pas vraiment le cas. En cause selon l’architecte ? « La culture de la maçonnerie, très présente en France. Les Etats-Unis sont en avance sur nous car ils ont déjà une culture de la construction en bois. »

La Promesse de l'Aube, de Moonarchitectures (2016).
La Promesse de l'Aube, de Moonarchitectures (2016). - Pavillon de l'Arsenal

De manière assez étonnante, c’est à Paris, ville minérale s’il en est, que les choses bougent. Et de manière « radicale », précise Alexandre Labasse, directeur général du Pavillon de l’Arsenal. « On est passés d’une construction publique sur 10 en bois, à la moitié », estime-t-il, citant, outre le bâtiment d’Aurore, la crèche démontable du jardin du Luxembourg ou le futur site du village olympique qui sera construit pour moitié avec du bois. De quoi, selon Philippe Rizzotti, espérer guérir un jour du tout béton car « la construction comme on la fait aujourd’hui, c’est un cancer ».

L’empreinte d’un habitant – Construire léger et décarboné, au Pavillon de l’Arsenal, 21 boulevard Morland, 75004 Paris. Jusqu’au 27 février 2022. Entrée libre.