Occupation, manifestation... La bataille des sans fac pour étudier à l'université Nanterre Paris

REPORTAGE Depuis treize jours, les étudiants sans fac de l’université Paris Nanterre, ainsi que des militants de l’UNEF, occupent le bâtiment de la présidence pour revendiquer leur droit d’obtenir une place en master ou en licence

Mathilde Desgranges
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Les étudiants sans fac ont accroché une bannière affichant leurs revendications depuis le 8ème étage du bâtiment qu'ils occupent.
Les étudiants sans fac ont accroché une bannière affichant leurs revendications depuis le 8ème étage du bâtiment qu'ils occupent. — © Barthélemy
  • C’est le 13e jour d’occupation du bâtiment de la présidence de l’université par des étudiants sans fac de Nanterre et des militants de l’UNEF. Ils cherchent à faire valoir leur droit à la poursuite d’études.
  • Trois cents étudiants sans fac ont déjà été inscrits à Paris-Nanterre par les représentants de l’université qui refusent d’aller plus loin.
  • Parmi les 61 étudiants sans fac de Paris-Nanterre, une vingtaine seulement accepte d’être redirigés vers une autre université.

Treize jours de confinement volontaire pour les étudiants sans fac à l'université Paris Nanterre. Ceux-ci  occupent les quartiers de la présidence pour revendiquer leur droit d’étudier. « Etudier est un droit pas un privilège », affirme Barthélemy, militant de l’UNEF, faisant référence au  droit à la poursuite d’études en master, adopté par un décret en mai dernier. Le président de l’université, Philippe Gervais-Lambony, a déjà inscrit près de 300 d’étudiants et a affirmé de pas vouloir aller plus loin.

Cloîtrés à l’intérieur du bâtiment Grappin, celui de la présidence, une trentaine d’étudiants a pris le contrôle du premier et du huitième étage. Plus question pour les étudiants de sortir du bâtiment sous peine d’être empêché de remonter par les vigiles qui contrôlent particulièrement l’entrée ces derniers jours. Alors, pour se nourrir, obtenir des médicaments ou des objets de confort, les étudiants suspendent un sac, que leurs soutiens viennent remplir, depuis le premier étage.

Tracts de l'UNEF affichés aux quatre coins de l'université Paris-Nanterre pour dénoncer la politique du président de l'université.

« Le Covid a bien arrangé le ministère de l' Enseignement supérieur parce qu’on n’a pas vu les problèmes liés à la réforme du bac, qui envoie plus d’élèves à la fac alors qu’il n’y a pas plus de places créées. Mais là, la situation est catastrophique », s’alarme Nathalie, membre du syndicat enseignant FSU 92. A l’origine, 400 étudiants de licence ou de master de l’université ont confié leur dossier à l’ UNEF parce qu’ils n’avaient pas de places en fac pour cette année. Après les abandons, les réorientations et les places trouvées, il ne reste plus que 61 étudiants qui demandent à être inscrits à l’université Paris Nanterre.

La présidence sort du silence

La trentaine d’élèves qui occupent ses locaux dénoncent un manque d’ouverture au dialogue des représentants de l’université. « La présidence a annulé, dimanche soir à 23 heures, le rendez-vous qui devait avoir lieu lundi », arguant qu’il n’y aurait pas de d’échange tant que l’occupation ne prendrait pas fin, explique Barthélémy.

Ce lundi, à la mi-journée, la présidence est finalement sortie de son mutisme et a publié un communiqué, se défendant d’avoir déjà résolu près de 300 situations d’étudiants sans affectation. « L’université de Nanterre est devenue une cible, jugée responsable de cette situation, affirme-t-elle. […] Vu de plus près, les choses sont plus complexes. »

Avec le retour sur le campus, ce lundi, des étudiants qui étaient jusque-là en vacances, « on constate, c’est que nos revendications sont largement partagées », explique Barthélemy. « De notre côté, on ne change rien, promet-il. Hier soir [lundi], à 19 h, on a organisé un rassemblement, ce soir on fait une assemblée générale. Et on maintient l’occupation. »

Un manque de moyens à l’université

De son côté, la présidence explique la situation par un manque de moyens. « Cette université [est] l’une des plus sous-encadrée à l’échelle nationale, avec un ratio de 2,7 enseignants titulaires pour 100 étudiants et un sous-encadrement plus fort encore en termes de personnels administratifs », se défendent les représentants de l’université dans le communiqué.

Ils dénoncent des enjeux « pour le service public d’enseignement supérieur [qui] sont nationaux » et relèvent d’un manque de moyens. « Du côté du personnel aussi on commence à craquer », confie Nathalie. « C’est un vrai problème, il manque 35.000 places en France, l’équivalent d’une grosse fac comme celle de Nanterre », ajoute-t-elle. « On veut bien entendre parler du manque de moyens ou de place, mais la solution n’est pas de bafouer les droits des étudiants et de refuser en masse les inscriptions, s’indigne Barthélemy. La solution, c’est de s’arranger pour trouver des moyens ».

Les irréductibles qui refusent de quitter Nanterre

Les représentants de la fac déplorent que « des solutions trouvées et proposées soient refusées sur le seul principe qu’elles ne sont pas à Nanterre ». Face à ce problème, l’UNEF et les étudiants sans fac proposent un compromis : sur les 61 étudiants qui n’ont pas de places à l’université, 20 acceptent d’être scolarisés ailleurs.

Alexandra Combemorel fait partie des étudiants sans fac qui veulent absolument continuer leur scolarité à Paris-Nanterre. Après avoir validé sa licence 3 de psychologie avec la moyenne honorable de 14, elle ne comprend pas pourquoi son université la rejette. « Je m’y sentais vraiment chez moi et ça fait d’autant plus mal. » Refusée de Paris-Nanterre comme de chacune des 20 autres universités dans lesquelles elle a postulé, elle ressent une grande injustice. « Si le rectorat m’envoie dans une autre fac, cela signifie que la fac de Nanterre se dédouane de ses responsabilités, justifie-t-elle. […] Je préfère me battre et faire valoir mes droits, pour que tous les sans fac de France puissent se dire que c’est possible pour eux aussi. »