Paris : Face au boom du vélo, les copropriétés vont devoir s’adapter

A BICYCLETTE Avec la grève RATP de fin 2019 et l’épidémie de coronavirus, le nombre de vélos à Paris a augmenté. Mais où les parquer ? L’espace public n’ayant pas vocation à tous les accueillir, les copropriétés ou les bailleurs sont sollicités par les cyclistes pour mettre des aménagements

Romarik Le Dourneuf
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Le stationnement sur la voie publique ne peut absorber tout le parc de vélo de la capitale. (Illustration)
Le stationnement sur la voie publique ne peut absorber tout le parc de vélo de la capitale. (Illustration) — C.Follain / 20 Minutes
  • Le nombre de vélo dans Paris a explosé ces deux dernières années – grève RATP de décembre 2019 et épidémie de Covid-19 – entraînant la difficile question de leur stationnement dans les immeubles particuliers.
  • Beaucoup de réticences émergent de la part de copropriétaires pour faire installer des abris à vélos. Encombrement, coût, il n’est pas facile de faire accepter cet équipement.
  • La mairie de Paris propose une aide aux syndics et bailleurs sociaux pour inciter ces installations.

Coronapistes, vélotaf, réchauffement climatique, … C’est peu dire que le vélo est à la mode à Paris. Encouragé par les aménagements des pistes cyclables dans la capitale et les subventions de la mairie ou de la région, les ventes de vélos ont explosé avec la grève RATP de 2019 et la crise du Covid-19. Si le vélo prend de plus en plus de place en ville, c’est aussi le cas chez tous les particuliers qui doivent chaque soir lui trouver un abri. Un élément avec lequel les copropriétés doivent apprendre à jongler. « Depuis presque deux ans, les demandes de local à vélo explosent, confirme Jonathan Rubens, administrateur de biens et syndic dans le 17e arrondissement, c’est une demande qu’on ne voyait pas trop il y a quelques années. »

Si les entreprises et bureaux s’équipent avec entrain, notamment pour inciter les salariés à revenir en présentiel, la question des copropriétés est plus difficile à gérer. Il n’y a pas là un seul décideur mais plusieurs qui doivent s’accorder sur la présence ou non de structures pour accueillir des vélos. Et comme l’a précisé David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l’espace public, des transports, des mobilités : « L’espace public ne pourra pas fournir des solutions de stationnement pour tous les vélos de Paris. Le parc privé doit s’adapter et prendre sa part. »

Oui pour les pots de fleurs dans la cour, non pour les vélos

Des solutions sont envisagées par les professionnels, comme l’utilisation des parkings en sous-sols, mais les places de stationnement se font déjà rares en ville, il est donc difficile de le faire accepter par les automobilistes. L’autre reviendrait à demander à chacun de ramener le vélo dans son logement, mais considérant la taille de ceux-ci dans la capitale, ce n’est pas envisageable pour tout le monde. « Et de toute façon, ça fait des traces sur les murs et ça abîme les escaliers », commente Monsieur Cruz, président d’un conseil syndical de copropriété dans le 14e arrondissement.

Reste la solution des parties communes. Foncia, réseau d’agences immobilières et de syndics, explique les difficultés que cela implique : « L’habitat collectif n’a pas toujours été pensé initialement pour cet usage. » En effet, ce n’est que depuis 2012 que la loi oblige les immeubles neufs à intégrer la création d’un local à vélo. Ainsi deux risques majeurs ressortent : l’encombrement des parties communes et les risques de vol ou de dégradation.

Monsieur Cruz relate les réticences qu’il recueille de la part des propriétaires et locataires de son immeuble : « Certains craignent que si tous les habitants prennent un vélo, il n’y aura plus de place dans la cour pour les autres utilisations, s’y poser, se réunir, jouer, et pour les pots de fleurs. » Autre grief rapporté à Jonathan Rubens, la vue sur la cour : « Beaucoup de personnes vivant au rez-de-chaussée ont peur d’avoir une vue obstruée ou dégradée par des dizaines de vélos à quelques mètres ou centimètres de leur fenêtre. »

La sécurité a un prix

Autre difficulté, si les cours peuvent accueillir les vélos, il n’est pas question pour tous les acteurs concernés de laisser les deux-roues posés sur les murs, en extérieur. « Il faut au moins un rack à vélos », insiste Monsieur Cruz. C’est d’ailleurs la solution la plus facile selon Jonathan Rubens puisqu’ils ne coûtent que quelques centaines d’euros au maximum, et qu’une telle installation « ne nécessite pas forcément d’être discutée en assemblée générale des copropriétaires », qu’elle est légère et amovible.

Mais cette solution est très loin de faire l’unanimité. D’abord parce qu’elle ne règle pas le problème des vols, puisque beaucoup d’immeubles sont facilement accessibles malgré les digicodes et autres serrures. Mais aussi parce qu’elle laisse les vélos à la merci des visiteurs et… de la météo. « Il y a une peur légitime de voir la pluie, le soleil et le gel dégrader les machines », rapporte Monsieur Cruz. Surtout avec la présence de plus en plus importante de vélos électriques. Aussi, les « cabanons » sont les plus plébiscités.

Si Foncia constate de plus en plus d’abris fermés, et parfois équipés de prises pour les vélos électriques, dans les résidences qu’elle gère, Jonathan Rubens rappelle un obstacle fréquent pour leur installation : le coût. « Suivant ce qui est demandé, ça peut chiffrer. Certaines propriétés peuvent dépenser jusque 5.000 euros pour les installer. Mais encore faut-il le faire accepter par les propriétaires. » Une possibilité existe, c’est le vote à majorité simple de l’assemblée générale qui induit le financement de ce local par les seuls votants favorables à son installation, mais l’accès leur est réservé. Une solution plutôt rare.

Des aides de la mairie pour encourager ces équipements

Que les plus motivés se rassurent, pour convaincre les syndics et les copropriétés de s’équiper d’abris à vélos, les autorités ont déployé quelques aides à leur installation. La mairie de Paris propose une prise en charge de 50% du montant​ des travaux jusqu’à 2.000 euros HT pour l’installation d’un abri à vélos sécurisé. Une autre aide de 50 % du montant des travaux (500 euros par point de charge, quatre points de recharge maximum) est octroyée aux syndics et bailleurs sociaux désirant installer des bornes de recharge partagées, à l’usage des résidents ou des visiteurs. Enfin, pour faire encore baisser la note, il faut savoir que les travaux nécessaires à l’installation des équipements de stationnement vélos sont éligibles au taux de TVA réduit prévu dans l’article 279-0 bis du CGI.