Handicap : Furahaa, le fast-food vegan qui emploie des personnes sourdes

Plein les doigts A Paris et Strasbourg, un fast food vegan emploie des personnes sourdes. Sur place, c’est au client de s’adapter au handicap des salariés et non l’inverse

Lise Garnier
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Dans le deuxième arrondissement de Paris, Furahaa emploie huit employés. Sur les murs du restaurant, des affiches indiquent des signes de base pour que les clients communiquent avec eux.
Dans le deuxième arrondissement de Paris, Furahaa emploie huit employés. Sur les murs du restaurant, des affiches indiquent des signes de base pour que les clients communiquent avec eux. — Victor Point
  • Des serveurs sourds. Des clients qui s'adaptent à leur handicap. C'est le concept de ce fast food vegan et inclusif.
  • Le projet est porté par Arthur Devilliers, lui-même sourd depuis très jeune. L'entrepreneur, d'origine congolaise, veut sensibiliser les clients à la langue des signes afin « de créer un pont entre sourds et entendants ».
  • Son resto s'appelle Furahaa, qui signifie « joie » en swahili, une langue d'Afrique de l'Est. Vous pouvez y déguster des burgers 100 % végétaux à Paris ou à Strasbourg. Un concept que le fondateur souhaite exporter partout dans le monde.

C’est un restaurant pas comme les autres : celui de l’inclusion sous tous les plans. Vegan et employant des personnes sourdes, le projet est porté par Arthur Devilliers depuis maintenant six ans. Ce jeune homme sourd d’origine congolaise s’est d’abord lancé dans la vente de bonbons végans, avant de développer Furahaa, « joie » en swahili, un fast-food vegan « pour que le maximum de personnes puissent y venir », commente-t-il. Implanté dans le deuxième arrondissement parisien depuis janvier 2020, le lieu compte aujourd’hui huit employés.

Pédagogie et humanisme

Ici, « pour une fois ce n’est pas aux personnes handicapées de s’adapter, mais aux entendants qui viennent commander à manger, ça change », constate Alison, une cliente vegan de longue date. Elle confie aussi que cela lui « donne envie d’apprendre la langue des signes ». Et pour le personnel aussi, ce lieu est synonyme de nouveauté, comme pour Lydia, 41 ans, et qui travaillait auparavant chez Quick : « C’était dur de se lever le matin, j’étais isolée toute la journée, j’étais la seule sourde… Mais maintenant je peux avoir une vraie relation avec mes collègues et avec les entendants. Ça fait du bien. » Face à elle, Hadrien, un architecte qui travaille dans le quartier et qui vient prendre à emporter deux fois par mois dans le fast-food : « La nourriture est très bonne et lorsque j’ai une question, je l’écris sur mon téléphone, c’est facile. »

Pour Arthur Devilliers, l’enjeu de son restaurant est à la fois de proposer du travail aux personnes sourdes tout en sensibilisant les clients à la langue des signes afin « de créer un pont entre sourds et entendants ». Sur les murs du restaurant, des affiches indiquent quelques signes de base pour pouvoir communiquer avec les employés. Sur le compte Instagram de l’enseigne, de courtes vidéos initient également les internautes à la langue des signes.

Le jeune homme a fait de la lutte contre l’isolement des personnes handicapées son cheval de bataille. Et pour cela il entend bien favoriser la polyvalence de ses employés, à l’image de Walid, qui travaille à Furahaa depuis quatre ans et qui forme les nouveaux arrivants : « On passe de la cuisine à la caisse, à la réception des colis, on ne s’ennuie pas. »

Bien évidemment, certains clients sont surpris en entrant, « mais rapidement ils comprennent et tout se passe toujours bien », explique Lydia. Selon un couple qui s’est installé en terrasse, « le concept casse le tabou autour de l’emploi des personnes sourdes. C’est chouette qu’ils aient accès aux métiers du commerce ».

A l’heure du déjeuner, le restaurant ne désemplit pas. « On a eu une bonne communication médiatique », se réjouit le fondateur. « Je suis en train de lancer ce concept sous forme de kiosque dépliable qui pourra s’exporter partout dans le monde. Il est déjà en place dans la gare de Strasbourg et nous voulons le développer ailleurs en France l’an prochain, avant, si tout va bien, de l’envoyer via des conteneurs à l’international ». Un projet qui va faire du bruit.