Dans le musée des égouts, les Parisiens découvrent ce qu'il se passe après avoir tiré la chasse

SORTIE Fermé pendant trois ans, le musée des égouts rouvre ce samedi. Les visiteurs y découvriront le fonctionnement des 2.600 kilomètres d’égouts qui se cachent sous Paris

Romarik Le Dourneuf
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Le musée des égouts de Paris rouvre — 20 Minutes
  • Fermé depuis trois ans pour travaux, le musée des égouts de Paris rouvre ses portes aux visiteurs ce samedi.
  • Maquettes animées, films, machines, les 500 mètres de galerie permettent de découvrir le travail et les missions « invisibles mais indispensables » des égoutiers de la capitale.
  • Il met aussi en avant les projets d’assainissement de la Seine et de la Marne, avec l’objectif de devenir « baignables » d’ici à 2024.

Une ville sous la ville. Ce samedi 23 octobre, le musée des égouts de Paris va rouvrir ses portes après trois années de travaux. L’occasion pour les visiteurs de découvrir un dédale qui s’étend à 3 m sous les pieds des Parisiens et des Parisiennes. Sur le quai d’Orsay, à quelques pas de la Seine, le musée vous propose de visiter le quotidien des 270 égoutiers qui s’emploient chaque jour à faire fonctionner et entretenir les 2.600 kilomètres de souterrains qui voient passer les eaux de pluie et usées de la capitale.

Les 500 mètres de galeries à parcourir permettent de découvrir l’histoire du réseau, du XIXe siècle à nos jours, en détaillant notamment le travail d’Eugène Belgrand, ingénieur qui a participé à la rénovation des égouts. On peut aussi y voir les équipements rudimentaires des premiers égoutiers, comme ceux, bien plus élaborés portés par les travailleurs actuels. Des frises affichées au mur racontent l’évolution du fonctionnement des égouts et quelques films permettent de comprendre la complexité et le rôle primordial de ces souterrains dans la vie de tous les jours.

Des maquettes animées mettent en scène le parcours de l’eau de la machine à laver d’un Parisien, le devenir de sa chasse d’eau, les différentes parties et canaux que composent les égouts. Même les toilettes disposent d’une animation pédagogique.

Un miroir de la surface

Mais pour que l’immersion soit totale, la suite de la visite se passe directement dans les tunnels utilisés par les professionnels. Les visiteurs vont pouvoir arpenter de véritables rues souterraines. Et ce n’est pas qu’une image puisque le sous-sol est un miroir de ce qui se passe au grand jour : plaques de rues, numéros d’immeuble, toute la surface est répertoriée. « Ça permet notamment de savoir d’où peuvent venir certaines choses qui ne devraient pas être jetées dans les égouts », explique Emmanuel Olivard, chef d’équipe et technicien des services opérationnels.

Le parcours du musée passe au-dessus des eaux de la ville qui filent sous les pieds des visiteurs dans un bruit de cascade. Il permet de découvrir toutes les machines utilisées. Les wagonnets géants qui servent à désensabler les égouts pour fluidifier l’écoulement, les capteurs qui montrent en permanence la température, le pH des eaux ou encore la quantité de bactéries comme l’Escherichia coli (indicatrice de matières fécales).

Les égoutiers pour guides

Les questions trouveront facilement une réponse puisque les guides ne sont autres que des égoutiers – ou anciens égoutiers – qui font partie d’équipes formées pour faire ces visites à tour de rôle. Certains pourront raconter l’histoire d’Eléonore, seul crocodile répertorié dans l’histoire des égouts, recueillie en 1984, cette femelle est décédée cette année.

Pour reconnaître ces guides, il suffit de suivre les « bips » régulier qui sortent du boîtier jaune qu’ils portent sur eux. « C’est un détecteur de gaz », explique Emmanuel Olivard, avant de préciser que s’ils sont surveillés, ils ne sont pas le plus grand danger pour les égoutiers qui craignent encore plus une chute ou une noyade.

« Acteurs de la transition écologique », selon Camille Brossel, adjointe à la maire de Paris, en charge de la propreté de l’espace publique, les égouts de Paris présentent aussi les projets en cours et à venir pour l’assainissement de la Seine et de la Marne, avec notamment un futur bassin de rétention d’eau dans le quartier d’Austerlitz. Idéalement placé grâce au dénivelé qu’offre le 13e arrondissement, il pourra contenir « l’équivalent de 20 piscines », selon l’élue, et devra récupérer les eaux de pluie de la capitale lors de chutes exceptionnelles afin de soulager les égouts et éviter que ceux-ci ne se déversent dans la Seine. Il participe donc à l’objectif de la Ville de Paris de rendre la Seine et la Marne « baignables » d’ici à 2024. S’ils en doutent, les futurs nageurs peuvent venir se rassurer au musée des égouts de Paris.