Escalators, accès vélos et taxis, signalétique... Un lifting plus léger que prévu pour la gare du Nord

TRAVAUX Le nouveau projet alternatif pour la rénovation de la gare du Nord divise son budget par dix. Les responsables vont devoir se contenter de petites modifications pour les Jeux olympiques.

Romarik Le Dourneuf
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La gare du Nord devrait connaître une nouvelle rénovation en deux temps. (Illustration)
La gare du Nord devrait connaître une nouvelle rénovation en deux temps. (Illustration) — Fabrice Pouliquen
  • Avec un coût estimé qui grimpe de 600 millions à 1,5 milliard d’euros, et de 2 à 3 ans de retard, le projet de rénovation de la gare du Nord a été abandonné, au profit d’un nouveau projet de « 50 millions d’euros » qui reste à définir, selon Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux Transports.
  • Les riverains et usagers souhaiteraient que le confort des voyageurs et la signalétique soient privilégiés dans ce nouveau projet.
  • Bruno Fortier, architecture critique du projet initial, préconise la simplification et le rafraîchissement de la gare pour retrouver plus d’espace à l’intérieur.

« Il y aura un projet alternatif à trouver. » Au lendemain de l’annonce de l’abandon du gigantesque projet de rénovation de la gare du Nord, Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux transports a demandé, ce mercredi 22 septembre, à la SNCF de préparer un nouveau projet aux ambitions plus modestes. Bien plus modestes même, puisque celui-ci disposera d’un budget « beaucoup plus réduit, […] de l’ordre de 50 millions d’euros pour faire des aménagements et répondre aux enjeux de 2023 et 2024, soit la Coupe du monde de Rugby et les JO », a précisé le ministre chez nos confrères de RMC-BFM TV.

Des chiffres qui dérapent

Initialement chiffré à 600 millions d’euros, le projet de transformation de la gare la plus fréquentée d’Europe avait peu à peu débordé pour arriver à une estimation de 1,5 milliard d’euros. Loin d’être le seul « hic » dans l’histoire, le délai annoncé pour la remise des travaux avait été repoussé de « deux à trois ans » selon Jean-Baptiste Djebbari, « au plus tôt en 2026 », selon la SNCF.

Le chantier, qui avait été préparé en collaboration avec Ceetrus, une filiale du groupe Auchan, devait tripler la surface, en y intégrant de nouveaux circuits pour les usagers et une immense galerie commerciale.

Mise en cause par le ministre, pour qui « il n’y a pas eu de constance politique », la Mairie de Paris a appelé à ne « pas reporter une nouvelle fois la modernisation et la rénovation de la gare » qui est une « absolue nécessité ». Via un communiqué d’Emmanuel Grégoire, Premier adjoint à la Mairie de Paris en charge de l’urbanisme, la mairie s’est déclarée « disponible et volontaire pour engager un nouveau projet de rénovation de la gare du Nord qui soit au service des usagers du quotidien ».

Les riverains insistent sur l’utilité des modifications

Certains usagers sont d’autant plus concernés par l’affaire qu’ils vont en subir les travaux. « C’est un petit soulagement, surtout pour ceux qui vivent à l’Est de la gare, du côté du Faubourg Saint-Denis, déjà concernés le chantier de l’hôpital Lariboisière », souffle Sarah du collectif « Riverains Lariboisière Gare du Nord ». Si pour les membres de ce groupe, le plus important reste l’extérieur et les alentours de la gare du Nord, « un cloaque qui fait honte quand on pense aux étrangers qui débarquent dans la capitale par cette voie », certaines choses pourraient être améliorées à l’intérieur de la gare.

« Des commerces supplémentaires ou une salle de spectacle, ce n’est pas utile », raconte Sarah. Le collectif attend davantage que la gare assure au minimum son rôle de vecteur : faciliter la circulation des usagers, assurer une attente confortable aux passagers et surtout proposer une signalisation claire et précise pour éviter torticolis et jeux de piste aux voyageurs.

« Ce qui est beau dans une gare, ce sont les grands vides intérieurs »

« Une gare, ça doit "pulser", être fluide », confirme Bruno Fortier, architecte signataire d’une tribune critique du projet initial dans Le Monde en 2019. Il pose toutefois un bémol majeur à cette ambition : « Ah ce tarif-là (50 millions d’euros), on ne pourra pas faire grand-chose. » Si l’architecte précise que la somme « n’est pas une paille », elle lui semble un peu juste pour faire des changements importants dans la gare.

Selon lui, une des priorités serait d’alléger l’espace de la gare, plutôt que de l’encombrer de boutiques, de structures, etc. : « Ce qui est beau dans une gare, ce sont les grands vides intérieurs ». Si l’architecte comprend que les impératifs financiers poussent les responsables à « remplir » les espaces, il préconise tout de même un rafraîchissement de la gare.

Rafraîchir et éclairer

« Il y a un travail à faire sur les charpentes et colonnes. Elles ne sont pas fragiles mais elles n’ont jamais été rafraîchies », explique Bruno Fortier qui prend exemple de la Bourse du Commerce – Pinault Collection à Paris, « on en pense ce qu’on veut, mais on voit qu’on peut redonner vie à ces espaces du XIXe siècle, leur redonner de l’éclat. »

Bruno Fortier évoque aussi une autre solution qui consisterait à faire entrer de la lumière naturelle dans les sous-sols, « façon gare Saint-Lazare », pour illuminer les quais de RER. Mais le budget demandé dépasserait alors allègrement les 50 millions d’euros. Pour résumer, l’architecte espère que ce plan B ira « dans le sens de la simplification ».

Une rénovation en deux temps

Contactée par 20 Minutes, la branche Gares et connexions de la SNCF ne peut s’engager sur les travaux qui vont être effectués. A l’heure actuelle, elle envisage une rénovation en deux temps :

  • Avant 2023, des escaliers mécaniques seront ajoutés pour faciliter les déplacements à l’intérieur de la gare. Les accès réservés aux vélos, aux taxis et VTC pourraient être agrandis comme le terminal “Transmanche”. La signalétique devrait aussi être retravaillée.
  • La deuxième phase, prévue à l’horizon de 2030 sera une autre version du grand projet tout juste abandonné, destinée à dé-saturer la gare la plus fréquentée d’Europe.