Villepinte : Un plan massif de plus de 130 millions d’euros pour réhabiliter le Parc de la Noue

PRECARITE A Villepinte, le Parc de la Noue va bénéficier d’un plan massif de réhabilitation. Travaux et rachats de logements devraient être initiés sur plusieurs années « dans les immeubles les plus fragiles », détaille l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France

Léa Ménard
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Une vue du ciel du parc de la Noue à Villepinte (Seine-Saint-Denis)
Une vue du ciel du parc de la Noue à Villepinte (Seine-Saint-Denis) — Benoît Grimbert/EPF Île-de-France
  • Le Parc de Noue à Villepinte, en Seine-Saint-Denis va bénéficier d’un plan massif de réhabilitation représentant un coût estimé au total entre 130 et 160 millions d’euros.
  • Une Opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national (Orcod-IN) a été lancé mi-septembre. L’Etablissement public foncier (EPF) d’Île-de-France est en charge de sa mise en œuvre et de son pilotage.
  • 20 Minutes vous explique le contexte et les enjeux de ce plan massif de réhabilitation à Villepinte.

En Seine-Saint-Denis, le Parc de la Noue devrait progressivement dévoiler un nouveau visage. Vendredi 17 septembre, une  Opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national (Orcod-IN) a été initiée par l’Etat et différents acteurs locaux. Son pilotage est mené par l' Etablissement public foncier (EPF) d’Île-de-France. Quinze millions d’euros devraient être mis sur la table par la mairie de Villepinte, au sein d’une enveloppe globale estimée entre 130 à 160 millions d’euros, dont 70 à 90 millions d’euros directement financés par l’EPF. L’ Anah (agence nationale de l’habitat), l'​ Anru (agence nationale de rénovation urbaine) , ainsi que les collectivités locales participeront également au financement.

Pour 20 Minutes, Joëlle Boneu, directrice générale adjointe à l’EPF Île-de-France en charge de l’Orcod-IN, et Martine Valleton, maire (LR) de Villepinte, détaillent le contexte et les enjeux de ce plan massif de réhabilitation au sein du Parc de la Noue.

Dans quel état est le Parc de la Noue ?

« C’est une copropriété très dégradée, des années 1960, explique Martine Valleton. [Dans un quartier] qui vivait bien, avec un centre commercial vivant, des commerces… Et, petit à petit, il s’est paupérisé. » Au total, on y compte 757 logements répartis dans 15 bâtiments. « C’est une grande copropriété où il y a beaucoup d’impayés de charges qui font que les parties communes sont difficilement entretenues. Il y a des endroits de la copropriété qui sont plus fragiles que d’autres. En termes de gestion, il y a beaucoup d’épaves, de problèmes de stationnement… Il y a de la surpopulation qui se développe dans les appartements », souligne Joëlle Boneu.

Le Parc de la Noue souffre de son enclavement et est désormais touché par différents maux. A la pauvreté – « plus de 30 % des occupants sont en dessous du seuil de pauvreté », avance Joëlle Boneu – et à la dégradation des bâtiments, se sont ajoutés « des problèmes sanitaires, sécuritaires et beaucoup de délinquance dans le secteur », constate la maire de Villepinte.

« C’est une copropriété très fragile, qui est apparue comme l’une des priorités du plan "Initiative Copropriétés" en Ile-de-France [un plan d’intervention pour accompagner la transformation ou la réhabilitation des grands immeubles en copropriété privée] », poursuit la DG adjointe à l’EPF. L’Etat a pris alors la décision faire du Parc de la Noue une Orcod-IN.

Qu’est-ce qui détermine la création d’une Orcod-IN ?

« Une Orcod-IN est créée en partant du principe que les politiques habituelles de droit commun sont insuffisantes pour réhabiliter certaines copropriétés privées, expose Joëlle Boneu. Elle permet de mobiliser des financements supplémentaires qui sont apportés par l’EPF. Celui-ci va pouvoir acheter des logements, à l’amiable, ou par voie de préemption, ou bien à la barre au moment des saisies immobilières. »

Quels vont être les principaux rôles et défis de l’EPF ?

« L’action de l’EPF c’est d’acheter des logements et de jouer le rôle de "bon propriétaire" qui vient remettre de la trésorerie dans la copropriété : payer ses charges, lutter contre les situations d’habitats indignes et éviter la suroccupation, détaille la dirigeante de l’EPF. Plus on entre dans la copropriété, plus on réintroduit de la normalité et de la sécurité à ses occupants. » Le rôle de l’établissement public foncier sera donc de « s’assurer de la bonne mobilisation des financements publics pour une réhabilitation des immeubles ». Il va piloter la mise en œuvre des travaux avec le syndic. « C’est aussi faire de l’accompagnement social des ménages, poursuit Joëlle Boneu. Souvent, on constate que les occupants de ce type d’immeubles sont des gens qui sont très éloignés de l’accès aux droits sociaux basiques [allocations aux logements, etc.]. »

Par son intervention, l’EPF empêche la location d’appartements par des marchands de sommeil et se substitue aux « propriétaires bailleurs qui ne sont pas suffisamment solides pour payer les charges ». Joëlle Boneu enchaîne : « Nous interviendrons dans les immeubles les plus fragiles. Par exemple, nous allons acheter entièrement la tour A qui est à démolir [soit une centaine de logements]. Nous allons acheter [au total] entre 200 et 300 lots un peu partout dans la copropriété. On devient propriétaire pendant cinq ans, 10 ans, 15 ans. » Une fois que le Parc de la Noue sera dans une meilleure santé financière, l’EPF revendra les lots sur le marché immobilier.

Sur combien d’années va se déployer ce plan massif de réhabilitation ?

Donner une date avec précision est difficile. « Un projet d’aménagement, c’est toujours assez long. Déjà à initier, puis à mettre en œuvre… Nous l’estimons à une petite dizaine d’années », avance Joëlle Boneu. Des travaux de réhabilitation sont prévus dans toute la copropriété, tous les immeubles ont besoin d’une nouvelle isolation thermique. Pour la maire de Villepinte Martine Valleton, « cela va prendre entre 7 et 10 ans pour que tout soit terminé. D’ici là, le quartier aura véritablement changé d’image et les habitants seront vraiment ravis d’y vivre. C’était un endroit vraiment très agréable jusqu’à ces dix dernières années, où il s’est dégradé très rapidement. »