Crack à Paris : Jean Castex donne son accord pour de nouvelles « salles de shoot », Anne Hidalgo renonce au site du XXe

DROGUE Le Premier ministre Jean Castex a donné mercredi son feu vert à la maire de Paris Anne Hidalgo pour aménager de nouveaux sites d’accueil des consommateurs de crack

AFP
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Illustration de seringues des toxicomanes  qui jonchent le sol à Paris.
Illustration de seringues des toxicomanes qui jonchent le sol à Paris. — TRISTAN REYNAUD/ZEPPELIN/SIPA
  • La maire de Paris a proposé le 31 août dernier la création quatre nouveaux sites de consommation de drogue, dans les 10e, 19e et 20e arrondissements de la capitale dans une lettre adressée à Jean Castex.
  • Le Premier ministre lui a donné son feu vert le 15 septembre, dans un courrier que l’AFP s’est procuré. Mais la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, a renoncé mercredi à installer un centre d’accueil de consommateurs de crack près d’une école du XXe arrondissement.
  • Dérivé de la cocaïne, très addictif et bon marché, le crack suscite de fortes tensions dans le Nord-Est parisien, où la consommation de rue engendre de fortes nuisances pour le voisinage.

Le Premier ministre a dit oui aux nouvelles « salles de shoot » à Paris. Jean Castex a donné mercredi son feu vert à la maire (PS) de Paris Anne Hidalgo pour aménager de nouveaux sites d’accueil des consommateurs de crack. De son côté, la maire PS de Paris Anne Hidalgo a renoncé à installer un centre d'accueil de consommateurs de crack près d'une école du XXe arrondissement, à propos duquel le gouvernement avait émis une réserve.

«Après échange approfondi avec les services de l'État, décision conjointe a été prise de ne pas implanter (d'unité thérapeutique) sur le site de la rue Pelleport», a affirmé la mairie dans un communiqué. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a été encore plus clair, jugeant «impossible d'installer une de ces salles à proximité immédiate d'une école comme ça a été proposé par la mairie de Paris».

« La création de nouveaux lieux dédiés à l’accueil et au repos sera soutenue par les services de l’Etat » sous réserve d’une offre et d’une localisation adaptées, écrit le Premier ministre. La maire de Paris avait formulé cette proposition le 31 août dernier lors d’une réunion avec les riverains des  Jardins d’Eole. Une ébauche de solution, qui avait reçu un accueil plutôt mitigé.

« Un parcours de sevrage de qualité »

Jean Castex veut « offrir aux consommateurs des lieux de repos et un parcours de sevrage de qualité » et poursuivre le déploiement de « l’offre de soins » dans le cadre du plan crack signé en 2019 entre l’Etat et la Ville.

Le Premier ministre n’évoque pas explicitement l’aménagement de nouvelles salles de consommation à moindre risque (SCMR), dites « salles de shoot », sujet de crispation politique avec les riverains. Les quatre nouveaux sites proposés ont « vocation à s’inscrire dans le cadre expérimental offert par la loi du 24 janvier 2016, que le gouvernement prendra l’initiative de proroger » avec le projet de loi de financement de la Sécurité sociale présenté en Conseil des ministres le 6 octobre.

La question divisait jusqu’au sein du gouvernement, entre la ligne dure adoptée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et celle du ministre de la Santé Olivier Véran, dont le cabinet a jugé « positif » le bilan des deux structures.

Les « salles de shoot » autorisées jusqu’en 2022

La loi de 2016 a autorisé l’expérimentation des SCMR jusqu’en 2022. Deux structures de ce type ont été lancées depuis, à Strasbourg et à Paris. Mardi, les députés Caroline Janvier (LREM) et Stéphane Viry (LR), chargés d’une mission flash sur le sujet, ont jugé les SMCR « utiles et efficaces », mais souligné qu’il fallait privilégier l’ouverture de nouvelles salles au niveau de quartiers où les consommateurs ont l’habitude de consommer dans la rue.

Mi-mai, préfecture et mairie s’étaient accordées pour regrouper les toxicomanes dans le nord des Jardins d’Eole, site historique de consommation à la frontière des 18e et 19e arrondissements, afin de soulager les riverains du secteur voisin de Stalingrad.

Mais fin juin, Anne Hidalgo avait décidé de mettre fin à cette situation provisoire en interdisant les consommateurs de crack d’accès au parc, afin que les habitants en reprennent possession. Depuis, d’après Jean Castex, « les consommateurs et revendeurs de crack ont maintenu leur présence aux abords du site et les scènes de violence comme les nuisances à l’égard des riverains n’ont pas cessé ».