Seine-Saint-Denis : « Les propos haineux d’Eric Zemmour rejaillissent sur le quotidien des habitants »

INTERVIEW Le président de Seine-Saint-Denis étudie la possibilité de porter plainte après les propos d’Eric Zemmour sur le département

Propos recueillis par Caroline Politi
— 
Le polémiste Eric Zemmour, en avril 2021.
Le polémiste Eric Zemmour, en avril 2021. — JOEL SAGET / AFP
  • Alors que le livre d’Eric Zemmour La France n’a pas dit son dernier mot sort la semaine prochaine, Le Figaro a publié jeudi certains extraits « chocs », concernant notamment la Seine-Saint-Denis.
  • Le président du département, Stéphane Troussel, étudie depuis la possibilité de porter plainte.

La Seine-Saint-Denis​, selon Eric Zemmour ? L’emblème du « grand remplacement », un territoire dans lequel « la plupart des cafés sont réservés aux hommes », « les dix prénoms les plus donnés aux enfants sont musulmans ou affiliés » et où les habitants vivent sous « le règne d’Allah et des caïds de la drogue ».

Les mots du polémiste, tirés de son livre à paraître La France n’a pas dit son dernier mot, claquent comme des punchlines. Peu importe que ses propos ne soient étayés par aucune étude, aucune source. Quant à la nuance, ce n’est pas elle qui fait vendre. Des allégations prévisibles de la part du probable candidat à la présidentielle mais qui font bondir le président PS de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel.

Comment vivez-vous ces attaques récurrentes d’Eric Zemmour, et de l’extrême droite en général, sur le département que vous présidez ?

C’est insupportable de subir ces attaques pour le territoire mais également, et surtout, pour les habitants. Les propos haineux d’Eric Zemmour rejaillissent sur leur quotidien, ils souffrent de l’image qu’on donne de la Seine-Saint-Denis. Cette stigmatisation a des conséquences sur l’accès à l’emploi, au logement, aux loisirs. Bien sûr qu’il y a des difficultés liées aux stupéfiants, aux tentations de communautarisme, il ne s’agit pas de le nier, mais ça existe également dans d’autres territoires, et pas seulement dans les quartiers sensibles.

Qu’avez-vous envie de répondre à Eric Zemmour ?

Stéphane Troussel, à la tête du département de Seine-Saint-Denis, réagit aux annonces du gouvernement

Je refuse de rentrer dans un tel débat. Comment, face à la violence caricaturale de tels propos, imaginer qu’on puisse en sortir quelque chose de constructif ? Eric Zemmour parle de territoires qu’il ne connaît pas. Moi j’y vis depuis 51 ans, j’y ai été scolarisé, mes enfants aussi. On affronte tous les jours les difficultés de ces territoires mais avec des outils républicains. La vérité n’a rien à voir avec ce que raconte Eric Zemmour. Il est le représentant de cette extrême droite radicale qui veut diviser les Français, stigmatiser des territoires.

Pourquoi la Seine-Saint-Denis catalyse-t-elle selon vous tant de fantasmes ?

Parce que nous sommes un territoire jeune, populaire, fait de diversité. Encore une fois, il n’est pas question de nier nos difficultés, mais je connais aussi notre richesse. Nous sommes, par exemple, dans le top 5 des départements créateurs d’entreprises. On est tout ce qu’exècre Eric Zemmour : on symbolise la France telle qu’elle est vraiment, et non fantasmée. On est un pays où des gens venant de partout ont fait société commune grâce à une promesse d’égalité républicaine.

Comptez-vous porter plainte ?

On étudie effectivement notre intérêt à agir, d’un point de vue pénal. On a déjà porté plainte, on s’est déjà constitué partie civile et on le refera si nécessaire. On ne lâchera pas une once de terrain face à ce type d’individu, même s’il y a évidemment de la lassitude, du ras-le-bol, face à ces discours de haine​.