Paris : L’Académie du Climat, nouveau lieu où la jeunesse prend la crise climatique par les cornes

AVENIR Nichée dans l’ancienne mairie du 4e arrondissement, l’Académie du Climat devrait constituer un véritable QG pour la jeunesse soucieuse d’environnement

Aude Lorriaux
Des étudiants de l’EPSAA, l’école de communication visuelle de la Ville de Paris, fabriquent des animaux mutants à partir de palettes de marché.
Des étudiants de l’EPSAA, l’école de communication visuelle de la Ville de Paris, fabriquent des animaux mutants à partir de palettes de marché. — Aude Lorriaux / 20 Minutes
  • L’Académie du Climat, lieu dédié à l’action en faveur de la transition écologique, ouvrira ses portes au public le 15 septembre.
  • Mêlant pédagogie et activisme, ce lieu impulsé par la maire de Paris va former des écodélégués, apprendre au public à coudre plutôt qu’à jeter, et offrira un espace de réunion et d’action aux multiples organisations de jeunesse qui sont parties prenantes du projet.

Ce sera tout à la fois un lieu d’action et de sensibilisation. Niché dans l’ancienne mairie du 4e arrondissement de Paris, l’Académie du climat, qui va ouvrir ses portes le 15 septembre, se veut un laboratoire d’idées et un lieu pour impulser le changement. Entre les murs bordés d’arcades construites en 1868 à la demande du baron Haussmann, des rondins de bois parsèment la cour, jouxtant des panneaux avec des témoignages. « Chaque jour, je rêve de la terre que j’ai perdue », avertit l’un d’eux, nous rappelant que la catastrophe est déjà là.

« L’idée c’est d’aller chercher des gens en apprentissage sur des secteurs qui produisent du CO2 pour les accompagner. Il y aura des parcours et modules avec une visée de formation, de sensibilisation », explique à la dizaine de journalistes présents et présentes Natacha Hillaire, la directrice du projet. Sensibiliser, telle est l’une des principales vocations du lieu, où l’on trouvera par exemple des cours de couture, dans la salle des manufactures, pour apprendre à réparer, plutôt qu’à jeter les vêtements.

La cour de l'Académie du climat, avec ses rondins de bois.
La cour de l'Académie du climat, avec ses rondins de bois. - Aude Lorriaux / 20 Minutes

Un « escalier des degrés »

Près de 2.000 écodélégués, ces élèves choisis dans chaque classe de lycée et de collège pour porter la parole de leur camarade, seront aussi formés ici, sur le modèle de l’école de la création numérique TUMO, ouverte par le Forum des images en partenariat avec la Ville. Le Centre de recherches interdisciplinaires (CRI) du généticien François Taddeï est chargé de concevoir un passeport climat, délivrable aux enfants formés dans ces murs, et une charte pédagogique, qui servira à recréer ailleurs d’autres Académies du Climat, espère Ange Ansour, qui gère un programme d’éducation par la recherche au sein du CRI.

En montant aux étages, on peut emprunter un escalier majestueux, entouré de sculptures de bois faites par les bûcherons de la Ville de Paris. Sur chaque marche, une couleur plus ou moins rouge ou bleue, qui symbolise les degrés franchis en moyenne par année depuis 1973. Une façon de visualiser la crise climatique directement sous ses pieds. « Un des enjeux était de donner à voir la beauté du lieu », commente Nathalie Chazalette, l’architecte en chef de la structure.

L'«escalier des degrés», qui symbolise la hausse des températures ces dernières décennies.
L'«escalier des degrés», qui symbolise la hausse des températures ces dernières décennies. - Aude Lorriaux / 20 Minutes

La jeunesse en force

En parlant de beauté, celle-ci se donne à voir en action dans la grande salle des fêtes, qu’on a rejointe à l’étage. Des étudiants de l’EPSAA, l’école de communication visuelle de la Ville de Paris, fabriquent des squelettes de mutants. Des corps d’arthropodes menaçants regardent d’étranges insectes aux yeux rouges ou bleus, construits à partir de palettes de marché. A quelques mètres, d’autres étudiants vont bientôt phosphorer entre eux, dans un espace d’« écoworking », dédié aux organisations jeunes pour lancer des initiatives.

Trois représentants d’organisation jeunesse sont justement là aujourd’hui pour porter la parole de la génération climat. Celle qui s’est formée, comme Martial Breton, dans les manifestations de 2019. « Cet espace sera vraiment notre lieu », commente Clara Chadufaux, vice-présidente en charge de la transition écologique à la FAGE, qui fait partie de la quinzaine d’organisations jeunesse actives sur le projet.

Atelier de bricolage et d’éco-construction

Car l’Académie du Climat ne sera pas qu’un lieu symbolique pour montrer et sensibiliser, la volonté est aussi d’y donner les moyens d’agir, très concrètement. Comme dans cet atelier de bricolage, où l’on est précisément en train de construire des transats en palette. Ou juste à côté, au Laboratoire d’éco-construction, où l’on teste des isolants pouvant s’adapter aux murs en moellons, en pierre de taille, en brique ou en béton de la ville, sachant que 91 % du parc de logements parisiens date d’avant 1974, où l’on a imposé l’isolation thermique, explique Nathalie Chazalette. « On n’a pas encore mis de panneaux, mais c’est “prière de toucher” », s’exclame la dynamique responsable du labo.

Le public pourra terminer sa visite en allant refaire le monde à la buvette, où l’on propose sur un bar en terre crue des boissons pas toujours bio, mais impérativement en circuit court, et au minimum en agriculture raisonnée. Le mobilier, ici, n’est pas neuf, tout est réemployé, assure la directrice de l’Académie. Mais la philosophie l’est, quant à elle, assurément.