Le terminus approche pour la Flèche d'Or

Lise Martin

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L'info se diffuse par le bouche à oreille et sur le Net depuis quelques jours : c'est la fin de la Flèche d'Or. Cette salle de concert, qui se transforme en club le week-end, est installée dans l'ancienne gare de Charonne, au fin fond du 20e arrondissement. L'équipe qui l'a reprise en 2005, et qui gère aussi le bar branché la Perle, dans le Marais, en a fait un lieu apprécié des amateurs de musique underground et de petits groupes indés.

Mais, depuis un an et demi, la musique ne sonne plus doux aux oreilles des voisins de la Flèche, lassés des soirées se prolongeant jusqu'à 2 h en semaine, jusqu'au petit matin le week-end. Les habitants d'un immeuble récent, mitoyen de la salle, ont engagé « une procédure contre les nuisances sonores », expert judiciaire et études d'impact à l'appui. Les gérants ont fait des aménagements en 2008. Insuffisants. « Les derniers devis pour réaliser une boîte dans la boîte sont trop élevés, confie-t-on au service communication. Nous n'avons pas assez d'argent pour ces travaux, et nous sommes obligés de nous arrêter. » A priori courant avril, même si la date n'est pas encore précise.

Lundi, la salle envoyait encore sa programmation par mail. « On la modifiera peut-être un peu, commente l'équipe, pour faire revenir des groupes qui ont "construit" la salle. » Et contribué à en faire un lieu très fréquenté : 300 à 800 mélomanes les soirs de semaine, 1 000 à 1 400 clubbers le week-end. Parmi eux, Victor : « C'est une mauvaise nouvelle ; j'aime bien leur programmation, très ciblée petits labels électro-pop. » Victor n'est pas que client, il est aussi voisin. « Si j'ai réussi à trouver un studio ici, c'est justement à cause du bruit ! sourit le musicien. Le propriétaire n'arrivait pas à le louer. Du coup, mon loyer est ridicule et, comme je vis la nuit, le bruit ne me dérange pas... »

La petite gare de la rue de Bagnolet va-t-elle trouver une nouvelle vocation ? On dit que le Mama Shelter, l'hôtel fashion installé en face, pourrait y créer une salle de séminaire. Rumeur démentie par son propriétaire, Serge Trigano, par ailleurs actionnaire de la Flèche. Pour lui, « il n'est pas question que les concerts s'arrêtent ». En attendant, les déçus s'expriment sur le Web : hier, ils étaient déjà 1 000 à avoir rejoint le groupe Facebook « Flèche d'Or, non à la fermeture ». ■