Paris : La limitation de vitesse généralisée à 30 km/h va-t-elle vraiment faire augmenter la pollution ?

FACT CHECKING Une étude mal interprétée a conduit de nombreux opposants à la mesure à affirmer que la pollution allait augmenter après sa mise en place

Aude Lorriaux
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Une rue à 30 km/h à Paris. (Illustration)
Une rue à 30 km/h à Paris. (Illustration) — JULIEN DE FONTENAY/JDD/SIPA
  • Une étude du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) affirme qu’un véhicule thermique « pollue plus à 30 km/h qu’à 50 km/h ».
  • C’est vrai, mais cela ne veut pas dire que l’abaissement de la limitation de vitesse généralisée à Paris va conduire à une augmentation de la pollution.
  • A Grenoble, l’abaissement de la vitesse de la circulation a conduit à une diminution du nombre de voitures, qui a abouti « à un bilan positif » en termes de pollution, selon Benoît Hiron, chercheur au Cerema.
     

On a vu la nouvelle s’étaler en gros titres de la presse : la limitation de vitesse à 30 kilomètres par heure à Paris seraient « la promesse d’une pollution aggravée », disait l’un. « Les voitures polluent plus à 30 km/h qu’à 50 km/h en ville », affichait récemment un grand quotidien, avant de changer son titre en question. « Limitation de vitesse à 30 km/h dans tout Paris : la pollution risque d’augmenter », énonçait une radio. La nouvelle mesure promue par la mairie de Paris va-t-elle vraiment faire augmenter la pollution dans la capitale ? C’est plus compliqué que cela, de l’avis même du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), qui a produit l’étude ayant tant fait couler d’encre.

Si l’on s’en tient au véhicule en lui-même, alors oui, explique Benoît Hiron, responsable sécurité des déplacements au Cerema. « Un véhicule thermique pollue plus à 30 km/h qu’à 50 km/h », notamment parce que les moteurs sont optimisés pour rouler entre 50 et 70 km/h. Mais réduire la vitesse a tout un tas d’impacts qui jouent aussi sur la pollution, notamment via le nombre de véhicules en circulation. « La diminution de la vitesse autorisée permet un meilleur partage de l’espace public et favorise la pratique de la marche et du vélo plutôt que l’utilisation de la voiture », explique par exemple à 20 Minutes Laurent Gagnepain, ingénieur expert au service « transport et mobilité » de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

Prudence

Une étude du Cerema effectuée à Grenoble montrait ainsi que la réduction de la vitesse avait fait diminuer de 9 % le nombre de voitures en circulation, car une partie des automobilistes se reportent sur d’autres moyens de transport moins polluants, qui deviennent plus concurrentiels en termes de rapidité quand la vitesse maximale de la voiture est abaissée. « On arrive finalement à un bilan positif » en termes de pollution, selon Benoît Hiron, et ce même si, effectivement, rouler moins vite ne fait pas en soi chuter la pollution.

L’organisme Airparif, contacté par 20 Minutes, est plus prudent, et estime quant à lui qu’« en l’état on ne peut pas savoir si cela aura un impact sur la pollution de l’air ». « La baisse de la vitesse maximale peut avoir un impact sur le nombre d’automobiles en circulation (report modal) et sur la fluidité du trafic. Mais on ne peut connaître ces deux conséquences que si on modélise l’impact de cette mesure sur le trafic. Or la vitesse moyenne de circulation est déjà de 13 km/h », estime Antoine Trouche, ingénieur chargé de la presse à Airparif.

Un gain de sécurité indiscutable

Mais abaisser la vitesse a bien d’autres impacts, ceux-là indiscutables et dénués d’ambiguïtés, sur la sécurité. « L’enjeu des 30 km/h ne se situe pas sur la qualité de l’air », explique Tony Renucci, de l’association Respire, dont l’association est malgré tout favorable à l’abaissement de la vitesse de circulation. « En dessous du régime optimisé, plus le véhicule roule lentement, plus il émet de pollution. (…) Mais en zone urbaine dense, devant les écoles ou les maisons, les enjeux de sécurité sont majeurs. De même que les nuisances sonores et les enjeux d’apaisement de la vie quotidienne. Et donc, nous sommes POUR », écrit l’association.

Un accident de piéton à 50 km/h multiplie par six le risque de mortalité par rapport au même accident à 30 km/h, explique Benoît Hiron. Ce pourquoi, selon ce responsable, les zones 30 se développent partout en Europe (70 % de la voie urbaine aux Pays-Bas, 100 % des rues à une voie dans les villes espagnoles, etc.), et qu’une directive a même été adoptée en ce sens par le Parlement européen en 2011. « C’est le sens de l’Histoire », martèle le chercheur, qui craint une « instrumentalisation » des données. « Quand on a un choc sur une personne, ce n’est ni de droite ni de gauche », estime Benoît Hiron, en rappelant que des maires de droite, comme Boris Johnson à Londres ou Jean-Pierre Gorges à Chartres, ont mis en application une réduction de la vitesse.