Boulogne-Billancourt : Aux stages e-sport de GameWard, on enseigne aux ados « une pratique saine du gaming »

REPORTAGE Dans les locaux de GameWard, des adolescents s’amusent à jouer aux jeux vidéo à la lumière des écrans d’ordinateurs

Maÿlis Dudouet
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La salle de gaming Gameward, en pleine session de stage de coaching pour les jeunes
La salle de gaming Gameward, en pleine session de stage de coaching pour les jeunes — Maÿlis Dudouet
  • Les stages esport d’été de GameWard se déroulent du lundi au vendredi lors de séances en demi-journées ouvertes aux 12-17 ans.
  • Les sessions sont facturées 180 € la semaine à raison de 10 places par séance.
  • D’autres stages devraient voir le jour lors des prochaines vacances scolaires.

« Aylan, c’est pas bien tu spawn kill !* », lance Antoine, 13 ans. La bataille est rude dans la salle d’entraînement des locaux GameWard de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Assis sur des chaises de joueurs dernier cri, une dizaine de jeunes s’adonnent à une partie de Fortnite endiablée, sous l’œil avisé d’Ewan, encadrant spécialisé dans le coaching e-sport, et des animateurs du centre de loisirs de Boulogne-Billancourt, la mairie ayant financé cette semaine de coaching.

Durant cinq jours, lors de sessions de 3 heures et demie, la technique de jeu des ados sera analysée, ponctuée par les conseils éclairés du salarié GameWard. « Il est important d’enseigner une pratique saine des jeux vidéo aux enfants, et de lutter contre les excès de colère liés à la frustration », analyse Ewan. « On peut paraître moralisateur lorsqu’on leur explique qu’il faut bien manger, faire attention à sa posture ou à la fatigue des yeux. » Pourtant, les paroles du coach portent. Face à lui, les ados, bouillant devant l’écran, retrouvent leur calme en un instant.

« Pour certains, c’est la première fois qu’ils jouent sur PC »

Il faut dire que le palmarès de GameWard a de quoi attirer l’attention chez les aficionados du gaming. Ce club d’esport entraîne avant tout des joueurs professionnels, cours de sport et nutrition à l’appui. D’ailleurs, c’est au tour de Marcote, joueur pro affilié GameWard, de faire son entrée dans la partie. « On va se faire laminer » lance un jeune, l’air dépité. « Je monte les enchères, celui qui arrive à battre Marcote je lui paye un Five Guys » lance l’animateur Christophe en riant.

Pour plusieurs participants, le jeu vidéo est une vraie découverte, particulièrement sur ordinateur. « Pour certains, c’est la première fois qu’ils jouent sur PC », observe Gaël, également accompagnant du centre de loisirs. « Les consoles de salon sont plus accessibles financièrement, tandis qu’un ordinateur est beaucoup plus onéreux. » Mais d’autres sont plus à l’aise. Comme Aylan, dont les capacités impressionnent l’encadrant. En pleine partie de « battle royale » face à Marcote qui pianote avec frénésie le clavier de son PC, il rend coup pour coup. Soudain, surprise : Aylan a gagné son burger.

« C’est à nous de désamorcer plutôt que de blâmer le jeu »

Derrière l’ambiance bon enfant, le stage est l’occasion d’aborder certaines dérives. « Vu le choc générationnel, je comprends que ce soit difficile pour les parents d’encadrer la pratique », argumente Ewan. « On essaie de sensibiliser aux risques d’addiction. Dans certains cas, les parents peuvent découvrir que leur enfant a dérobé leur carte bleue afin de s’offrir un skin, une tenue virtuelle de leur joueur sur Fortnite. Pour eux, c’est comme personnaliser son profil sur un réseau social, c’est un besoin d’identification contre lequel il est difficile de lutter. »

La solution est aussitôt suggérée : « C’est à nous de désamorcer plutôt que de blâmer le jeu. » Le conseil le plus précieux d’Ewan aux parents : « au lieu d’être hostile à cette pratique, il faut essayer de comprendre, de partager ce moment avec l’enfant. En rentrant derrière l’écran et en comprenant son besoin d’identification, on peut valoriser une tenue du jeu en échange de récompenses pour les bonnes notes. » C’est bientôt la fin de la première journée de coaching et Marcote est déjà sur le départ, le temps de prodiguer un conseil pro aux apprentis gameurs : « Il faut savoir s’amuser, aimer ce qu’on fait. Mais le plus important c’est de bosser à l’école pour être sérieux sur le jeu. »

* Spawn kill signifie tuer un personnage de jeu vidéo quelques secondes après sa réapparition.