Art urbain : L’Arc de Triomphe empaqueté, legs monumental de l’artiste Christo

REPORTAGE L’Arc de Triomphe sera empaqueté durant seize jours, dans le cadre d’une œuvre monumentale éphémère entièrement financée par l’Estate de Christo V. Javacheff

Maÿlis Dudouet
— 
L'arc de triomphe en cours d'empaquetage, selon l'œuvre imaginée par Christo
L'arc de triomphe en cours d'empaquetage, selon l'œuvre imaginée par Christo — © Didier Plowy - CMN
  • L’œuvre sera visible du 18 septembre au 3 octobre 2021.
  • 25.000 m2 de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté et 3 000
    mètres de corde rouge issus du même matériau seront utilisés pour recouvrir l’ensemble de l’Arc de triomphe.
  • Les travaux, entièrement financés par la vente d’œuvres originales de l’artiste, sont réalisés par son équipe, en partenariat avec le Centre des monuments nationaux (CMN).

Un immense paquet-cadeau. C’est l’image que renverra bientôt l’un des monuments les plus emblématiques de la capitale. Au beau milieu de la place de l’Etoile, entre grues et échafaudages, le chantier lancé par l’artiste Christo suit son cours, des structures métalliques enserrant bloc par bloc l’Arc de pierre. La chrysalide prend forme, avant sa révélation le 18 septembre prochain au public : l’Arc de triomphe sera empaqueté.

« Le soleil pourra se réfléchir sur la toile, les rayons vont danser, et la toile vibrer sous nos yeux », se réjouit Bruno Cordeau, administrateur de l’Arc érigé en 1836, du Centre des monuments nationaux (CMN). « Ce sera une nouvelle image dans notre quotidien. D’autant plus que le projet a l’humilité de disparaître le 3 octobre. On ne peut qu’être gagnant à tous les coups. » Durant seize jours, le tout sera recouvert d’une toile de 25.000 mètres carrés en polypropylène argenté, enroulée de cordes d’un rouge vif composées du même matériau recyclable.

Une oeuvre entièrement financée par la fondation Christo

L’idée a germé en 1962 dans l’esprit de feu Christo V. Javacheff, artiste bulgare naturalisé américain qui laissa derrière lui et sa compagne Jeanne-Claude des dizaines d’œuvres empaquetées à travers le monde, d’une fontaine italienne en passant par des îlots cernés de rose au large de la Floride. Mais le projet se concrétise en 2020, année du décès de Christo, à l’occasion d’une exposition rétrospective sur les travaux du couple au centre Pompidou. A ce moment-là, l’empaquetage du Pont-Neuf de 1985 est dans tous les esprits, et notamment celui de Laure Martin, présidente du projet d’empaquetage de l’Arc de triomphe, qui avait fait la rencontre de l’artiste alors qu’elle était encore étudiante.

« C’est très émouvant », lance la cheffe de projet, les larmes aux yeux. « Il s’agit d’une œuvre populaire dans le meilleur sens du terme, car tout le monde peut se l’approprier. D’ailleurs, il n’y a pas de symbole. Christo et Jeanne-Claude se refusaient de donner sens à leurs œuvres. Chacun est libre d’avoir sa propre interprétation. » Montant des opérations : 14 millions d’euros, entièrement pris en charge par la fondation de Christo V. Javacheff, grâce à la vente de ses œuvres originales, à savoir des collages, des dessins préparatoires, mais aussi des maquettes, ou encore des œuvres des années cinquante-soixante et des lithographies.

Un horaire réservé à la cérémonie du soldat inconnu

Dans cette ville où Christo Vladimiroff Javacheff fit la rencontre de Jeanne-Claude Denat de Guillebon en 1958, le temps semble s’être dilaté : « Les gens pourront se promener sur la place de l’Etoile, pour admirer l’œuvre du tandem d’artistes. Ça changera d’un environnement que l’on croit connaître, comme un lieu hors du temps », ajoute Bruno Cordeau. Sur place, 150 ouvriers s’attellent jour et nuit à la tenue du chantier, en partenariat avec les charpentiers de Paris. Le seul arrêt s’opère tous les soirs, à 18h30, heure de la cérémonie de ravivage de la flamme du soldat inconnu.

Quant au motif de report du chantier, celui-ci en dit long sur la personnalité de Christo : la ligue de protection des oiseaux avait alerté sur la présence de faucons crécerelle, une espèce d’oiseau protégée, à l’époque nichée sur le monument. Le créateur avait préféré reporter ce qui pourrait bien représenter son legs ultime, le temps pour l’espèce de quitter l’édifice. « Il nous manque », résume Laure Martin dans un souffle.