Seine-et-Marne : « Le service public est obligé de se substituer à la carence des banques », estime le maire de Longueville

INTERVIEW Sa commune désertée par les banques, Philippe Fortin, maire de Longueville (Seine-et-Marne), fait installer, ce jeudi, un distributeur automatique de billets « Point Cash » pour répondre aux besoins de ses administrés

Propos recueillis par Maÿlis Dudouet
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Un distributeur automatique bancaire. (Illustration)
Un distributeur automatique bancaire. (Illustration) — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Un « Point Cash », distributeur automatique de billets (DAB) géré directement par la Brink’s et non par une banque, est inauguré ce jeudi à Longueville, commune du sud Seine-et-Marne.
  • Philippe Fortin, maire de ce village de 1.850 habitants, espère soutenir le commerce local, victime d’un exode des consommateurs sur les villes disposant d’un DAB.
  • Le distributeur a coûté 54.000 euros à la commune, ce qui représente 20 % de sa capacité d’investissement. Une commission mensuelle sera versée à la Brink’s selon le nombre de retraits.

Longueville. 1.850 habitants et zéro distributeur automatique de billets. Pourtant, ce village « en bordure de Seine-et-Marne » compte une pharmacie, une supérette et une boulangerie. Des commerces qui pâtissent d’un manque de liquidités. Ce phénomène de désert bancaire est loin d’être un cas isolé. Selon une étude MoneyVox et Infostat Marketing, 53 agences bancaires ont disparu dans ce département entre 2010 et 2020. A l’échelle du pays, 3.700 ont fermé sur ce laps de temps soit, 9 % d’entre elles.

A défaut d’avoir une banque – la plus proche est à 8 km –, Longueville installe, ce jeudi un distributeur « Point cash » accessible 24 heures/24, implanté dans un kiosque en plein centre-ville. Le maire de la commune Philippe Fortin explique à 20 Minutes ce choix financier de se doter d’un DAB.

Philippe Fortin, maire de Longueville en Seine-et-Marne, inaugure un DAB Point Cash dans sa commune.

Pourquoi installer ce « Point Cash » à Longueville ?

On a une demande récurrente des habitants pour un distributeur de billets depuis des années. On a essayé de se tourner vers les banques traditionnelles qui nous ont toujours refusé ce service en nous disant que ce n’était pas rentable, qu’il n’y avait pas le potentiel, que ce n’était pas intéressant au niveau du retour financier. Néanmoins, nous pensons que c’est un vrai service à la population. Quant à ceux qui disent qu’il y a beaucoup de distributeurs, ils parlent des zones urbaines. Globalement, le parc diminue et en zone rurale, il est très réduit.

Comment s’est fait votre choix ?

Nous avons eu l’opportunité de rencontrer la Brink’s lors du Salon des maires. C’est elle qui organise ce service de distributeur qui est un succès auprès des bourgs ruraux. On a trouvé leur proposition intéressante et le conseil municipal a donné son accord. C’est comme ça qu’on en est venus à installer ce « Point Cash » télésurveillé. La Brink’s, qui est avant tout un convoyeur de fonds, se charge de l’alimenter.

A combien revient cet investissement pour la commune ?

La commune participe financièrement à cette installation à hauteur de 54.000 euros, cela représente 20 % de notre capacité d’investissement. C’est un vrai choix. Toutefois, il existe une forme de commission en fonction du nombre de retraits. Plus ils seront nombreux moins la commune payera, ce qui représente une charge mensuelle entre 700 et 1.200 euros.

À qui va profiter ce distributeur ?

On le fait pour les Longuevillois en priorité mais on sait que ça va servir à d’autres populations. Il y a également les publics fragiles, notamment les interdits bancaires, qui n’ont pas forcément de carte avec plafond, et pour qui de petits retraits sont plus faciles à gérer. J’ai travaillé toute ma carrière en banque, je sais comment cela fonctionne. Je pense aussi aux adolescents qui peuvent avoir une carte de retrait mais ne disposent pas forcément du paiement sans contact.

Quels secteurs espérez-vous aider ?

On espère renforcer le commerce local, la ruralité et agir pour l’environnement. L’absence d’un DAB appauvrit le commerce local. Les gens vont par exemple à Provins faire leurs courses en même temps que leurs retraits au détriment des bourgs et villages. Aujourd’hui, les commerçants nous expliquent que le paiement sans contact entraîne pour eux des frais bancaires. Ils se plaignent des commissions prélevées par les banques.

Ne pas avoir de DAB, était-ce une forme d’abandon de service public ?

Il s’agit plutôt du privé. Ici, ce sont les banques qui font défaut. C’est le service public qui est obligé de se substituer à la carence des banques. C’est la rentabilité qui fait défaut et les banques nous disent que ce n’est pas rentable. Chacun y voit midi à sa porte. Nous, on se substitue aux banques.