Bagnolet : Des cours de natation gratuits pour apprendre à « vaincre sa peur »

REPORTAGE A Bagnolet, petits (dès 4 ans) et grands peuvent suivre des cours gratuits de natation. Un bassin éphémère a été installé pour l’occasion au parc des sports de la Briqueterie, dans le cadre du projet « Savoir nager en Seine-Saint-Denis »

Maÿlis Dudouet
— 
Des enfants apprennent à nager dans une piscine éphémère à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, le 22 juillet 2021.
Des enfants apprennent à nager dans une piscine éphémère à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, le 22 juillet 2021. — M. Dudouet / 20 Minutes
  • Jusqu’au 29 août, un bassin éphémère est à disposition des habitants de Bagnolet souhaitant suivre des cours de natation.
  • Les villes de Clichy-sous-Bois, Villetaneuse, Sevran et Bagnolet ont été sélectionnées pour le projet « Savoir nager en Seine-Saint-Denis ».
  • Les cours sont répartis par tranches d’âge. En journée, les 4-6 ans sont accueillis pour qu’ils soient plus à l’aise dans l’eau, les 7-12 ans pour apprendre à nager. Des séances dédiées aux ados (dès 13 ans) et adultes ne sachant pas nager sont animées le soir à 18 heures.

Vaincre les peurs. C’est l’un des objectifs des cours de natation dispensés dans le bassin éphémère, près du Parc des sports de la Briqueterie, à Bagnolet en Seine-Saint-Denis. Dans le cadre des JO 2024, le programme «  Savoir Nager en Seine-Saint-Denis » a sélectionné quatre villes du département – Clichy-sous-bois, Villetaneuse, Sevran et Bagnolet – pour permettre à 2.000 enfants et adultes d’apprendre à nager gratuitement jusqu’au 29 août. Les créneaux sont disponibles via la plateforme savoirnager.org, à raison de 10 séances par personne.

Ce jeudi matin, c’est l’heure du cours « d’aisance aquatique » pour les 4-6 ans. Le groupe compte quatre enfants, les parents paraissent plus motivés que les bambins. « On a déjà eu recours aux bébés nageurs, mais la fermeture de la piscine [des Malassis] pendant les confinements et cet été [pour travaux] nous a laissés sans rien. Quand j’ai vu qu’il allait y avoir un bassin éphémère, j’ai sauté sur l’occasion, avoue Zumrad, maman du petit Lionel. C’est primordial que mon fils apprenne à nager. » A ses côtés, Nadia dépose Mohammed, 4 ans. « La première fois qu’il a vu la piscine, il m’a dit : « elle est immense ». » Ce matin, le petit garçon n’est pas dans de bonnes dispositions. Il bougonne : « L’eau est trop froide, j’aime pas la piscine. J’aime pas l’eau. » Mais sa mère le prévient : « On reviendra demain. »

Des progrès rapides

Tony est l’un des deux maîtres-nageurs qui encadrent les enfants. « Les profils sont très variés. Certains ont peur de l’eau, d’autres sont curieux. Rien que ce matin, on a eu deux enfants à l’aise et deux autres qui ont eu peur. Dans ce genre de cas, on sépare le groupe. » Parmi eux, Colis, 5 ans, est un vrai poisson dans l’eau, un « aventurier », dixit Tony. D’autres ont besoin de plus de temps. « Le premier jour, Lionel a pleuré pendant quarante-cinq minutes. » Aujourd’hui, il revient et demande tout bas à sauter « tout seul. » Il prend un peu d’élan, il s’élance puis recommence, sous la surveillance de Lucas, le second maître-nageur. Quand on lui demande à la sortie de l’eau s’il est heureux, il chuchote : « Oui. » Au quatrième jour, il n’a plus peur.

L’apprentissage de la natation est un enjeu pédagogique au cœur du projet Savoir Nager en Seine-Saint-Denis. Si l’offre est un succès sur Internet, avec un taux de remplissage de 100 % jusqu’à fin juillet, les créneaux se libèrent de temps en temps, les parents ayant tendance à surenchérir sans savoir qu’il est possible de s’inscrire à deux créneaux par jour étalés sur une semaine. Un avantage pour les enseignants, puisque la fréquence des cours, plus importante qu’en club, permet « de faire énormément de progrès », soulignent les maîtres-nageurs. Place maintenant aux 7-12 ans.

36 bassins pour 1,6 million d’habitants

Derrière cette initiative, c’est le triste bilan d’un territoire qui se dresse. « La Seine-Saint-Denis est carencée en équipements sportifs », relève Mona Bellil, conseillère municipale déléguée au développement sportif à Bagnolet. « Notre objectif est de combattre les statistiques. » Dans le département, « un enfant sur deux arrive au collège sans savoir nager ». Un constat à recroiser avec le nombre de piscines disponibles : 36 bassins pour 1,6 million d’habitants dans le département. « Cela représente un bassin pour 44.000 personnes, calcule l’élue. On espère que de nouveaux équipements verront le jour avec les Jeux olympiques 2024. »

La gratuité des séances permet au plus grand nombre d’en profiter. « Il faut simplement se présenter en maillot de bain et en tongs », détaille Mona Bellil. Bonnets de bain et lunettes de piscines sont remis à l’entrée. L’objectif est de dédramatiser le contact avec l’eau, et prévenir les risques de noyade, qui touchent majoritairement les moins de 13 ans. Les ados et adultes ont aussi accès à ces cours de natation, après 18 heures. « L’autre jour, on a reçu une dame aquaphobe, raconte Tony. A deux, on l’a aidée à vaincre sa peur de l’eau »