Paris : « La pérennisation des coronapistes va coûter 80 millions d’euros », annonce David Belliard

INTERVIEW Alors que les coronapistes ont célébré en mai leur un an, l’adjoint écologiste à la maire de Paris en charge de la transformation de l’espace public, David Belliard, dévoile le budget et le calendrier de leur pérennisation, qui va s’étaler entre cet été et la fin de l’année 2023

Propos recueillis par Aude Lorriaux
— 
L’adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l'espace public, David Belliard, en septembre 2020.
L’adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l'espace public, David Belliard, en septembre 2020. — Olivier Coret/SIPA
  • Toutes les coronapistes « seront pérennisées d’ici les JO 2024 » annonce à 20 Minutes David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l’espace public.
  • L’élu écologiste précise que la pérennisation de ces pistes va coûter 80 millions d’euros et donne le calendrier précis de cette remise aux normes, que nous vous présentons sous la forme d’une carte interactive.
  • Installées durant la crise sanitaire pour désengorger les transports en commun, ces coronapistes ont accompagné une hausse significative du nombre de cyclistes à Paris, et notamment des femmes, qui sont 45 % à les utiliser.

Pendant la crise sanitaire ont été créées à Paris des pistes cyclables transitoires pour fluidifier la circulation dans les transports en commun notamment, appelées «  coronapistes ». La mairie a plusieurs fois annoncé leur pérennisation. Adjoint d’Anne Hidalgo en charge de la transformation de l’espace public, David Belliard dévoile à 20 Minutes le budget et le calendrier de cette pérennisation des coronapistes.

La mairie de Paris a annoncé travailler à la pérennisation des « coronapistes », concrètement, est-ce qu’elles vont toutes être pérennisées ?

Toutes seront pérennisées d’ici les JO 2024. Aucune des pistes n’a été enlevée et ne sera enlevée. Elles seront même améliorées. A ce jour, on a créé 52 km de pistes provisoires [65 kms étaient pourtant promis] avec un urbanisme dit tactique sur des axes très importants qui augmentent considérablement le maillage cyclable. On a fait ces pistes pour répondre à un enjeu sanitaire : désaturer les transports en commun pendant la pandémie. Il était nécessaire de donner des alternatives pour pouvoir se déplacer à vélo en toute sécurité. Il ne faut pas oublier qu’avant, sur ces axes, on faisait du vélo dans les couloirs de bus ou au milieu des voitures.

Certaines pistes étaient jugées dangereuses par les associations, et de fait on a pu observer une hausse du nombre d’accidents de vélos pendant les premiers confinements. Est-ce qu’il va y avoir des aménagements en ce sens ?

Nous voulons faire une ville 100 % cyclable où même les enfants et les personnes fragiles pourront faire du vélo en toute sécurité. En 2020, la hausse du nombre d’accidents à vélo s’explique par la forte hausse du nombre de cyclistes [voir encadré ci-dessous]. Par ailleurs, nous avons désormais 45 % de femmes qui utilisent les coronapistes [selon une étude du bureau 6T], c’est encourageant car la sécurité des infrastructures est un frein important à la pratique du vélo chez les femmes. Cela nous incite à encore améliorer la sécurité. Les accidents sont en partie liés à des ruptures de maillage du réseau. Pour identifier et résoudre ces problèmes, nous concertons l’ensemble des parties prenantes. L’important pour nous c’est de bien identifier, pour les résoudre, les conflits d’usage entre piétons, vélos, voitures…

Cela veut dire que l’esthétique des pistes va être améliorée ?

La pérennisation va nous permettre de figer ces pistes avec des matériaux en dur et lorsque ce sera possible, nous en profiterons pour végétaliser les axes, comme sur l’avenue de la République. Nous dirons adieu aux « GBA » [glissière en béton adhérent, des blocs utilisés pour délimiter les pistes] et aux plots jaunes. Par exemple, on mettra à la place des délimitations en granit, aux formes arrondies. Et une signalétique blanche, et non plus jaune. Un point toutefois, nous avons toujours privilégié la sécurité à l’esthétisme.

Combien cela va-t-il coûter au final de pérenniser ces pistes, et à quelle échéance allez-vous les pérenniser ?

Cela va coûter 80 millions d’euros. C’est à la fois beaucoup et peu : beaucoup parce que c’est plus de la moitié de l’investissement vélo du précédent mandat (150 millions), et peu car c’est ce que coûte un kilomètre d’autoroute. Dès cet été seront pérennisées les pistes de quai d’Issy, pont de la Concorde, avenue de la République, et la portion de la piste Saint-Antoine entre Faidherbe et Nation. A l’automne nous aurons par exemple la place de la Madeleine avec la rue Saint-Florentin, la piste des Invalides, les pistes de l’avenue de Saint-Ouen, avenue de Clichy-place de Clichy, boulevard Ornano, Gambetta Est, la rue de Vaugirard (portion Montparnasse-Rennes). Les autres seront pérennisées durant l’hiver, courant 2022 ou 2023 [voir la carte ci-dessous].

Les coronapistes pérennisées. Statistat/20 Minutes. Plus d'infographies Statista: https://fr.statista.com/graphique-du-jour/

Les associations de défense de l’environnement se plaignent que ces installations se fassent parfois au détriment des espaces naturels. Avez-vous dû couper des arbres pour faire ces pistes ?

Non. Il y a pu avoir des cas par le passé où nous ne pouvions faire autrement, mais c’est très rare. Pour ces pérennisations et pour la suite, nous n’opposons pas nature et vélo, au contraire ! Nous reprenons plutôt de l’espace sur la voiture pour préserver et augmenter le patrimoine naturel de Paris.

Est-ce que vous prévoyez d’aller au-delà de ces pérennisations en ajoutant de nouvelles pistes ? Et à quelle échéance ?

Cette pérennisation des coronapistes, c’est en quelque sorte la première étape d’un nouveau plan vélo que je porterai à la rentrée. Là, nous annoncerons la création de nouvelles pistes de façon à mailler au terme du mandat l’intégralité du territoire parisien.

Vous avez annoncé vouloir limiter la vitesse à 30 km/h dès la fin du mois d’août. Allez-vous mettre en place plus de contrôles pour faire respecter cette obligation ?

Nous n’accepterons pas de comportements inciviques qui mettent la vie des piétons et cyclistes en danger. On travaille avec la préfecture de police pour qu’il y ait des contrôles plus forts en termes d’excès de vitesse, dès la rentrée. Il y a un sujet de comportement, bien sûr. Mais j’ai confiance dans les Parisiennes et les Parisiens. 60 % du territoire parisien est déjà à 30 km/h et on constate depuis un abaissement de la vitesse moyenne sur ces zones.

Les deux-roues motorisés thermiques vont devoir payer le stationnement à partir de 2022, une mesure qui vise, on l’imagine, à favoriser le déploiement de deux-roues électriques. Les conducteurs et conductrices de deux-roues rétorquent qu’il n’y a pas assez de bornes de rechargement. Qu’allez-vous faire pour remédier au problème ?

L’objectif de cette mesure est d’abord de désencombrer l’espace public en privilégiant le stationnement en sous-sol. En outre, on va créer 5.000 places supplémentaires pour les deux roues. Huit mille quatre cents bornes de recharge vont être déployées : 2.400 en surface d’ici la fin de l’année et 6.000 bornes dans les parkings souterrains de la ville d’ici 2024.

La piste Sébastopol, « l’axe cyclable le plus emprunté au monde »

Parmi les pistes cyclables parisiennes les plus fréquentées, on trouve dans l’ordre la piste Sébastopol, celle qui court le long du quai d’Austerlitz, et enfin celle du cours la Reine, qui longe la Seine en partant de Concorde jusqu’à Radio France. Le 9 juin 2021, la piste Sébastopol, qui va de Châtelet à Gare de l’Est, a enregistré plus de 17.200 passages, selon David Belliard. « Ce qui en fait l’axe cyclable le plus emprunté au monde », commente l’élu, pour lequel « il y a une tendance de fond et une vraie volonté des Franciliens et Franciliennes d’utiliser le vélo comme un mode de déplacement du quotidien, le "vélotaf" ».
 

A Paris, 7 % des déplacements se font à vélo, contre moins de 5 % avant le confinement. Et 68 % des utilisateurs des coronapistes les utilisent pour aller au travail, selon la mairie de Paris. « Nous avons un niveau d’usagers de vélos qui continue à croître. Et nous n’en sommes qu’au début de l’explosion du vélo », estime David Belliard.