Paris limitée à 30 km/h : Un « cauchemar quotidien », pour les uns, une « mesure nécessaire » pour les autres

VOUS TEMOIGNEZ A la fin de l’été, la quasi-totalité des rues de Paris seront limitées à 30 km/h. Vous êtes nombreux à avoir répondu à notre appel à témoignages sur les changements à attendre d’une telle mesure

Maÿlis Dudouet
— 
Une rue limitée à 30 km/h à Paris. (illustration)
Une rue limitée à 30 km/h à Paris. (illustration) — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Vous êtes près de 200 lecteurs et lectrices de 20 Minutes à avoir saisi votre clavier d’ordinateur ou de smartphone pour réagir à notre appel à témoignages sur la limitation à 30 km/h dans la majorité des rues parisiennes.
  • La mesure de la Ville de Paris, qui sera appliquée dès le 30 août, partage les internautes. Certains y voient une exclusion des banlieusards, quand d’autres trouvent la mesure nécessaire.
  • La difficulté de circuler dans Paris et le manque d’alternatives en transports sont évoqués, au même titre que les critiques envers les vélos ou les trottinettes.

Pour certains automobilistes, rouler à 30 km/h dans Paris est loin d’être une sinécure. Les lecteurs de 20 Minutes ont été nombreux à réagir à notre appel à témoignages après l’annonce de l’entrée en vigueur le 30 août de cette limitation dans la majorité des rues parisiennes. Quelques axes échapperont à la règle : le boulevard périphérique, mais aussi les boulevards des Maréchaux et les avenues des bois de Boulogne et de Vincennes, les Champs-Elysées, l’avenue Foch, l’avenue de la Grande Armée et la rue Royale, qui resteront limités à 70 km/h pour le premier et 50 km/h pour les suivants.

Introduite par l’élu écologiste David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge de la transformation de l’espace public, des transports, des mobilités, du Code de la rue et de la voirie, cette décision fait suite à une autre consultation en ligne sur la généralisation des 30 Km/h, lancée par la mairie de Paris fin 2020. Sur 5.736 réponses (63 % de Parisiens), 59 % des Parisiens y étaient favorables selon les chiffres avancés par la municipalité, alors que 61 % des Franciliens étaient contre. Une fracture qui ressort des réponses adressées à la rédaction de 20 Minutes à la question « les 30 km/h dans presque toute la capitale, vont-ils changer quelque chose ? »

Plus de bouchons pour plus de pollution

De nombreux lecteurs, dont César, 51 ans, font fait savoir leur agacement, estimant que cette limitation va conduire à une « augmentation de la pollution déjà trop présente », et craignent « des bouchons supplémentaires ». « On ne comprend plus ce qu’est l’écologie, estime Ghasmi (28 ans). On nous a conseillé de lâcher nos [voitures] essence et diesel pour de l’hybride et de l’électrique hors de prix. Tout ça pour rien car cela devient de plus en plus dur de circuler dans Paris. »

Le risque d’un report des véhicules vers les grands axes inquiète également François (42 ans) pour qui la limitation « va pousser les automobilistes à emprunter les boulevards de Maréchaux, déjà surchargés suite aux limites sur le périphérique ». Une crainte partagée par Marie-José (50 ans), qui réside sur un « boulevard bordant le périphérique » et s’estime « laissée pour compte » : « Nous avons déjà toutes les nuisances sonores du périphérique qui devaient être réduites par un revêtement spécial, qui n’a jamais été fait. Maintenant la Mairie de Paris veut dévier toutes les voitures roulant à plus de 30 km/h sur les boulevards circulaires sans prendre en compte les nuisances que cela va encore générer pour ceux qui y habitent. »

Une « exclusion des banlieusards »

Bien que les 30 km/h soient déjà appliqués dans 60 % de la capitale, les soutiens ne sont pas nombreux passé le périph'. Daphné (42 ans) y voit « un cauchemar quotidien pour les gens qui n’ont pas le privilège d’avoir les transports en commun à leur porte ». Elle ajoute « les trains ou le RER sont trop dangereux le soir, seule la voiture permet d’assurer une relative sécurité et rapidité pour rentrer chez soi ». Octave (35 ans) parle d’un sentiment d'« exclusion des banlieusards ». Alors que Didier (55 ans) est « découragé » : « C’est devenu impossible de venir faire des achats volumineux dans Paris, ou d’aller à un spectacle ou une manifestation finissant tard. Avant la voiture le permettait. Désormais c’est trop compliqué, trop stressant et trop coûteux. »

Pour Stéphane, 46 ans, les transports en commun ne peuvent être une alternative à la voiture, ils « sont mal organisés, lorsqu’ils ne sont pas en grève. » « L’offre est trop restreinte » pour répondre au « mouvement pendulaire entre la ville et son immense banlieue », selon Rémi (65 ans). « Il faut réfléchir à comment remplacer les trajets en voiture, plutôt que de pénaliser systématiquement les automobilistes », lance Isabelle, 51 ans.

Mais la mesure n’a pas que des détracteurs. Pour Carlos, banlieusard de 61 ans, « cela va dans le sens de la demande de moins de pollution, et d’une meilleure qualité de vie partout. » Et la sécurité est un argument de taille pour Anne (65 ans), qui pense que « ça va diminuer le nombre de morts, piétons et deux-roues. A 30 km/h, on peut freiner plus facilement et en cas d’accident ce sera beaucoup moins grave. »

La difficulté de faire respecter les 30 km/h

« Il faut généraliser cette mesure, affirme Christian (65 ans), certes très contraignante mais indispensable pour le bien-être et surtout la santé des habitants. » Pierre, trente ans de moins, reconnaît : « c’est une mesure nécessaire pour réduire la mortalité sur la route et les nuisances sonores » car « à 30 km/h, le taux de survie est de 70 % alors qu’il est de 20 % à 50 km/h ». La difficulté réside dans l’application de la mesure. « Je pense que cela ne changera pas grand-chose dans la pratique car les contrôles de vitesse sont inexistants et les aménagements pour casser la vitesse, notamment à côté des écoles ou lieux piétons sont trop rares. »

Sur ce point, David Belliard annonce à 20 Minutes : « Nous n’accepterons pas de comportements inciviques qui mettent la vie des piétons et cyclistes en danger. On va travailler avec la préfecture de police pour qu’il y ait des contrôles plus forts en termes d’excès de vitesse, dès la rentrée. Il y a un sujet de bon contrôle. »

Dernier point de discorde, l’écart de mesures d’encadrement entre automobilistes et conducteurs de vélos et trottinettes . Pour Améthiste (60 ans), « entre les travaux partout, les vélos et les patinettes qui ne respectent rien, les piétons qui traversent sans rien regarder surtout avec les écouteurs sur les oreilles, il y a de moins en moins de possibilités de circuler ». Anne, souhaite que vélos et trottinettes soient « verbalisés » lorsque ces derniers « grillent les feux rouges et vous frôlent lorsque vous traversez au passage piéton ».