Postiers contre Poste, le jugement en délibéré

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Les postiers étaient bien agités au tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi. Une assignation de La Poste des Hauts-de-Seine contre le syndicat SUD-PTT et huit grévistes y était examinée en référé, pour « usage abusif du droit de grève et entrave à la liberté de travail ». Le contexte : depuis le 12 janvier, une vingtaine de centres enchaînent les grèves dans le département. Certains jours, jusqu'à 274 postiers (sur 4 500) ont arrêté le travail. La médiation entre les deux parties a échoué, et La Poste continue de reprocher à ses agents d'avoir « manifestement violé la loi par des pratiques collectives » comme des intrusions dans les centres de tri, des assemblées générales sauvages et des actes de violence. « Il y a eu, tous les jours depuis le 12 janvier, des envahissements de sites. Cette situation ne peut plus durer », a martelé Me Bruno Serizay, l'avocat de La Poste. Au fond de la salle, outre Olivier Besancenot en guest star discrète, plus d'une centaine de postiers s'étaient tassés pour soutenir les grévistes assignés. Une petite foule un brin dissipée, qui a ponctué de rires, de soupirs et de protestations les interventions des avocats. Celui du syndicat SUD, Julien Rodrigue, a admis des incidents à la barre : « Que ça et là, cela se soit mal passé, qu'il y ait eu des petits mots, c'est évident. Mais ce n'est absolument pas généralisé. » Reprenant les faits un à un, l'avocat s'est étonné que les versions de La Poste et des agents soient si différentes. Et de conclure : « Je considère que les violents, c'est La Poste, pas les grévistes. »

En marge de l'audience, les deux parties ont annoncé une reprise des négociations depuis mercredi soir. La Poste, elle, demande à ce que SUD soit condamné à verser 45 000 euros pour le remboursement des frais d'huissier et à ce qu'il « soit mis fin à ces pratiques collectives qui violent la loi ». Le juge des référés rendra son ordonnance jeudi prochain. ■Lise Martin