Un Refuge contre l'homophobie

Lise Martin

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« Paris est un formidable lieu d'émancipation, mais c'est aussi une ville qui broie. » Franck Lopez est le délégué régional pour l'Ile-de-France du Refuge, une association qui accompagne les jeunes homosexuels en situation de rupture familiale. Implantée depuis 2003 à Montpellier, la structure vient d'ouvrir une permanence à Paris. Chaque mardi, une équipe de bénévoles reçoit et écoute jeunes garçons et filles, âgés de 18 à 25 ans et isolés du fait de leur homosexualité. « Nous recevons 300 demandes d'hébergement par an, note Nicolas Noguier, le président. La moitié vient de jeunes Franciliens. C'est pour cela que nous avons décidé de nous implanter ici, dans un premier temps par le biais d'une permanence. Leurs parcours sont très durs, souvent ponctués de périodes d'errance et de prostitution, ainsi que de prises de risque vis-à-vis du VIH. »

David, 23 ans, a quitté son village des Deux-Sèvres alors qu'il était tout juste majeur : « Mes parents ne m'acceptaient pas. Et je croyais que ce serait plus facile de vivre dans une grande ville, que l'homosexualité était mieux vue qu'à la campagne. » Nicolas Noguier confirme l'attrait de la capitale pour les jeunes gays de province. « Le problème, c'est que leur point d'ancrage à Paris n'est pas forcément solide, décrypte le président du Refuge. Du coup, ils décrochent et se retrouvent isolés. » Pour David, le décrochage a vite pris la forme d'un enchaînement de galères : « Je me faisais héberger par des mecs qui en échange voulaient du sexe. J'en suis sorti grâce au Refuge, qui m'a hébergé à Montpellier pendant deux mois. Mais depuis mon retour à Paris, je suis retombé dans la prostitution. »

Il y a un mois, Pedro a lui aussi fui une famille « rejetante », comme disent les bénévoles du Refuge. A 17 ans à peine, il a vadrouillé d'une adresse à l'autre avant de s'installer chez une amie, à Drancy (93). Où le frêle jeune homme s'est trouvé confronté à un autre obstacle : « Il y a une vraie homophobie dans la cité. Quand je sors, c'est la peur au ventre. » Pedro a laissé un message, il y a quelques semaines, sur le portable du Refuge. « Ils m'ont conseillé, écouté. Aujourd'hui, je voudrais trouver une formation, un logement, me sentir chez moi. »

Le Refuge, qui dispose de six appartements-relais à Montpellier, n'a pas encore d'hébergement à proposer aux jeunes comme David ou Pedro. « Nous sommes en discussion avec la région, nous avons bon espoir », confie Nicolas Noguier. En attendant, l'association planche sur une autre idée : la création d'une permanence destinée aux familles. ■