Le Musée de l'Homme veut une opération sans os

Mickaël Bosredon photos : sébastien ortola

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Du Trocadéro au Jardin des Plantes, il n'y a qu'un pas. Mais un grand pas pour le musée de l'Homme et ses collections scientifiques. Plus de 500 000 pièces, dont certaines d'une valeur inestimable et d'une immense fragilité, doivent quitter l'enceinte du palais de Chaillot avant la fin septembre. Le musée de l'Homme ferme au public à partir du 15 mars, pour entrer dans une phase de travaux sans précédent de trois ans, durant lesquels il sera entièrement rénové.

Ses deux départements scientifiques, « Préhistoire » et « Hommes, Nature, Sociétés » doivent aussi faire leurs cartons. A l'intérieur sont rangés, précieusement emballés, quelques trésors : le crâne de René Descartes, une dizaine d'hommes de Neandertal en position sépulcrale, une famille cro-magnon... Certains crânes sont à peine manipulables. « A la moindre vibration, les dents peuvent tomber », assure le professeur Evelyne Heyer, directeur adjoint du département « Hommes, Natures, Sociétés ». Pas de panique pour autant. « Le déménagement a été supervisé par les scientifiques, et la manutention sera assurée par une équipe de déménageurs spécialisée », explique, serein, le professeur François Sémah, directeur du département de préhistoire.

Sa crainte portait surtout sur l'accessibilité des objets durant les travaux. « De nombreux chercheurs des quatre coins du monde, des étudiants viennent chaque année travailler sur nos objets, raconte François Sémah. Il aurait été impensable que la collection ne soit plus approchable. Finalement, les scientifiques ont accepté de s'entasser provisoirement pour faire de la place aux collections, et les objets seront même plus accessibles pendant les travaux qu'ils ne le sont aujourd'hui. » « On s'est mieux occupé des objets que du personnel pour ce déménagement, et tant mieux ! », lâche dans un éclat de rire Evelyne Heyer.

La centaine de scientifiques du musée de l'Homme sera regroupée dans de nouveaux bâtiments, dont un préfabriqué spécialement conçu pour l'occasion, sur le site du Jardin des Plantes du Museum, dont dépend le musée de l'Homme. Après la phase de travaux, le musée offrira aux scientifiques un nouveau pôle d'anthropologie évolutive, qui doit les regrouper sur une seule plate-forme. « Aujourd'hui, les locaux ne sont plus adaptés à une recherche efficace, car le personnel est trop dispersé », reconnaît François Sémah. « La recherche, c'est aussi faire en sorte que les scientifiques se retrouvent, discutent devant la machine à café », ajoute Evelyne Heyer.

L'ensemble du projet de rénovation du musée se chiffre à environ 50 millions d'euros. Le projet architectural doit aussi offrir une nouvelle présentation des collections au public, et ouvrir le musée aux questions de société. L'objectif est de ramener les Parisiens vers cet établissement, créé en 1937, et dont la fréquentation a baissé depuis le déménagement d'une partie de ses collections vers le musée du quai Branly. ■