La « marche des fiertés » a lieu pour la première fois en banlieue, à Pantin, ce samedi

MANIF ARC-EN-CIEL La marche des fiertés a lieu pour la première fois en banlieue, une décision symbolique « qui donne de l’espoir » aux militants et militantes de Seine-Saint-Denis

Aude Lorriaux

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Image extraite du documentaire «La première marche» - Illustration
Image extraite du documentaire «La première marche» - Illustration — Outplay Films
  • La marche des fiertés organisée par l’Inter-LGBT chaque année a lieu ce samedi à Pantin, en banlieue, avec un départ à 13h30 de la station de métro Eglise de Pantin.
  • « Une symbolique agréable et qui donne de l’espoir » pour Youssef Belghmaidi de l’association Saint-Denis Ville au Cœur, qui attend toutefois qu’un « travail de fond » soit mené au sein de l’Inter-LGBT sur cette question des banlieues.

Pour la première fois depuis 1977, la fameuse « marche des fiertés », organisée par l’Inter-LGBT, a lieu ce samedi 26 juin à Pantin, et non à Paris. C’est-à-dire, symboliquement, en banlieue, et dans une banlieue populaire, plutôt que dans la capitale devenue hors de prix.

Une façon pour l’organisation de coller au plus près à la réalité quotidienne de ses adhérents et adhérentes. « Nos membres ne vivent pas dans un triplex à Paris », plaide Matthieu Gatipon-Bachette, porte-parole de l’Inter-LGBT, qui y voit aussi « un moyen de mettre en valeur des initiatives locales ». De quoi réjouir Erwan Passey, président de Queer Pantin, pour lequel il existait un « besoin de reconnaissance des personnes qui habitent en banlieue ». La ville de Pantin, qui s’était montrée désireuse d’organiser l’évènement sur son territoire, accompagne financièrement le projet.

Convergence des luttes

Mais pourquoi cet intérêt soudain ? Qu’est-ce qui explique qu’une tradition vieille de plus de quarante ans change de trajectoire ? Pour Matthieu Gatipon-Bachette, la crise sanitaire, qui a mis en lumière les disparités flagrantes entre la situation des personnes en Seine-Saint-Denis, par exemple, et dans la capitale, a joué. Mais pas que : plus profondément, cette évolution est le signe d’une prise en compte de plus en plus grande des autres combats – appelée intersectionnalité – à côté de la traditionnelle lutte contre l’homophobie : féminisme, transidentité, migrants et antiracisme, notamment.

« Des associations souhaitaient qu’on soit plus présents sur les questions de racisme, de place de la police notamment », confirme Matthieu Gatipon-Bachette. Des enjeux qui touchent particulièrement les personnes en banlieue. Erwan Passey abonde : « Ce départ en dehors de Paris est historique et crée un trait d’union entre personnes racisées et vie gay de Paris, qui fait suite à l’évolution de la communauté vers plus de convergence des luttes. »

Une pride plus politique

Il faut dire que l’Inter-LGBT risquait de se faire doubler dans sa périphérie par d’autres initiatives concurrentes, lassées de ne pas être représentées. C’est ainsi qu’en juin 2019, des étudiants de Paris 8, membres de l’association « Saint-Denis Ville au cœur », ont organisé la première « Marche des fiertés » en banlieue. Cet événement symbolique est retracé dans le documentaire La Première Marche, réalisé par Hakim Atoui et Baptiste Etchegaray.

Coordinatrice de cette première « pride » des banlieues, Youssef Belghmaidi voit d’un bon œil l’initiative de l’Inter-LGBT à Pantin : « Cela semble annoncer des progrès dans une direction qui nous plaît », concède-t-elle. Et notamment un aspect plus politique, juge-t-elle : « Les personnes minorisées ne se sentaient pas représentées au sein de la pride de l’Inter-LGBT, là les sans-papiers et travailleuses du sexe sont dans le texte d’appel. »

Parcours de la marche des fiertés 2021
Parcours de la marche des fiertés 2021 - Capture

Une « symbolique agréable » pour les uns, « un gage raté » pour d’autres

Organiser une marche des fiertés en banlieue suffira-t-il à ramener les militants et militantes qui avaient déserté l’organisation jugée trop « blanche » et « masculine » ? Pas vraiment, selon cet élu de Saint-Denis, qui a tenu à conserver l’anonymat : « Partir de Pantin c’est une blague, Pantin c’est tout sauf une ville populaire, c’est clairement un nième arrondissement de Paris, c’est davantage le 11e que Barbès. Si c’est pour donner un gage, c’est raté. »

Non plus selon Youssef Belghmaidi, qui espère qu’un travail de fond sera mené. Cette membre de Saint-Denis Ville au Cœur se dit néanmoins optimiste : « Je pense que l’Inter-LGBT est prête à mener ce travail. En attendant, c’est une symbolique agréable et qui donne de l’espoir. »

Départ : 13h30 de la station de métro Église de Pantin (ligne 5), arrivée place de la République à Paris vers 18 heures. Plus d’information sur le site de l’Inter-LGBT.