Flora Ghebali, la Parisienne qui veut changer le monde, en changeant les entreprises

PORTRAIT Dans son livre manifeste « Ma génération va changer le monde », Flora Ghebali, 27 ans, exhorte les entreprises à produire du sens plutôt que du profit  

Aude Lorriaux

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Flora Ghebali au RaiseLab, pour une rencontre avec « 20 Minutes ».
Flora Ghebali au RaiseLab, pour une rencontre avec « 20 Minutes ». — Aude Lorriaux / 20 Minutes
  • Flora Ghebali vient de sortir aux éditions de l’Aube Ma génération va changer le monde, un appel aux entreprises à « se politiser ».
  • La jeune femme de 27 ans se défend d’être la porte-parole de toute une génération, mais seulement « des gens conscients » de son âge, explique-t-elle à ​20 Minutes.
  • Flora Ghebali a acquis la conviction que le changement viendra des entreprises et des citoyens et citoyennes, pas de l’Etat, après un passage à l’Elysée. Depuis elle a fondé son agence d’innovation sociale, où elle pousse les solutions auxquelles elle croit.
     

Elle a les yeux qui brillent d’intelligence et de vivacité et semble pouvoir parler pendant des heures quand on la lance sur un sujet qu’elle aime. « Elle », c’est Flora Ghebali, Parisienne pur jus qui vient de sortir aux éditions de l’Aube Ma génération va changer le monde, un plaidoyer pour redonner du sens à notre travail, à nos entreprises et à l’action politique. On rencontre cette jeune femme de 27 ans au RaiseLab, un lieu au design épuré qui accueille start-up et grandes entreprises, où son « agence d’innovation sociale » a élu domicile.

Très vite, on entre dans le sujet qui nous intéresse, son livre manifeste, où elle tente de convaincre que l’entreprise « doit se politiser ». Pour Flora Ghebali, ce qu’on appelle la « responsabilité sociétale des entreprises », abrégée «  RSE », doit devenir la raison d’être des entreprises, et pas seulement un «  supplément d’âme ». « Chaque service doit avoir une vision RSE. Et de l’autre côté, l’ économie sociale et solidaire est trop à la marge de la société », dit-elle.

A 27 ans, Flora Ghebali semble bien sûre d’elle, mais se défend toutefois d’exprimer autre chose que « sa vérité ». Elle va jusqu’à dire : « Le titre est vendeur à tendance "putaclic", ça attire l’œil et cela sert mon intérêt, mais attention, c’est plutôt un récit personnel. »

« Ce sont les gens qui sont conscients qui vont changer le monde »

On la découvre cash et sans détour. Elle le reconnaît aisément : elle a un profil représentatif d’une partie de sa génération, pas de toute sa génération. Celle des « introvateurs et introvatrices » qu’elle décrit dans son livre, ces jeunes leaders qui transforment l’entreprise de l’intérieur. « Ce sont les gens qui sont conscients qui vont changer le monde. Évidemment il n’y a pas toute une génération en front [en avant, sur la ligne de front, en anglais], dit-elle à 20 Minutes. Je n’ai jamais réussi à convaincre une entreprise entière, 80 % des gens s’en foutent ». Et de développer : « La révolution va de l’intérieur vers l’extérieur. Ma génération a compris que si on change nos habitudes, on changera ce qu’il y a autour de nous en même temps ».

La révolution, le mot est lâché, qui lui ressemble, du moins une certaine révolution. « C’est une révolutionnaire », analyse une de ses amies, Elise Goldfarb, 27 ans, fondatrice de Fraîches, « média engagé pour l’inclusivité ». Un trait de caractère qu’elle semble tenir de sa famille, où l’on parlait naturellement politique à table. Et particulièrement de sa grand-mère, Eliane Contini, une ancienne journaliste qui se dit « féministe » et était « à fond dans mai 68 ». Flora Ghebali lui a d’ailleurs dédié son livre.

Pour Eliane Contini, sa petite fille est « à la recherche de sens » depuis son enfance. « A 14-15 ans, elle a commencé à être bénévole dans des associations. A 2 ou 3 ans, elle disait aimer la politique. » Son amie Elise qui a fréquenté les bancs du lycée avec elle décrit une « rebelle » très critique de ses professeurs, du système éducatif.

Des formules de capitaliste décomplexée

Pour concrétiser son engagement, Flora Ghebali a d’abord fréquenté l’Elysée, au service presse, avant de rejoindre la fondation La France s’engage, lancée en 2014 par François Hollande, où elle avait pour but d’aider à se développer – « d’accélérer », dit-on dans le jargon – des projets d’innovation social. Une vraie révélation pour elle, qui lui permet de trouver sa voie, et ensuite de créer sa propre agence, Coalitions, où elle prodigue des conseils à des entreprises désireuses de se transformer.

Flora Ghebali a des formules de capitaliste décomplexée – « l’engagement est rentable », « la diversité accélère la performance » – qu’elle assume, tout en récusant être « néolibérale » ou macroniste – elle a pourtant été candidate sur les listes d’Agnès Buzyn aux municipales. Son rêve : que l’entreprise crée du sens, du « soft profit » explique-t-elle, et pas seulement du « hard profit », soit des bénéfices qui iront dans la poche des actionnaires. Elle explique être obligée d’utiliser le jargon des décideurs et décideuses pour convaincre. « Ce livre, c’est pour convaincre les décideurs. Je ne parle pas à ma génération car elle sait déjà tout ce que je dis dans ce livre. »

Son expérience à l’Elysée, où elle s’est heurtée aux lourdeurs de l’administration, a été décisive : « Sur le plan perso je me suis éclatée mais j’ai trouvé que c’était trop éloigné du concret. Et puis en même temps que la COP21, on signait des achats d’huile de palme avec la Malaisie… » Depuis elle se dit pour un Etat « facilitateur », avec au centre les élus locaux : « Un élu local qui fait bien son travail, c’est un élu qui a compris qu’il devait faciliter la vie de tout le monde. »

Pour vivre à Paris, « il faut avoir 30 ans et être en bonne santé »

Elle a d’ailleurs mille choses à dire quand on la branche sur sa ville de naissance, Paris, où elle vit toujours, qu’elle trouve « dure, hostile » en raison de la pollution, des loyers élevés, des vélos et trottinettes qui bousculent les habitants et habitantes. « Je suis une amoureuse passionnée de Paris depuis toujours mais depuis quelques années je vis une déconvenue avec mon premier amour un peu dramatique, résume-t-elle avec humour. Pour vivre ici, il faut avoir 30 ans et être en bonne santé ». Pendant le confinement, elle a loué une maison à Fleury-en-Bière [en Seine-et-Marne à 50 km au sud de Paris] avec des amis, pour pouvoir respirer. « C’est une vraie Parisienne urbaine qui a beaucoup d’amis, qui sort, mais qui en même temps aime bien prendre un avion, aller trois jours à Barcelone », lâche sa grand-mère, dévoilant une de ses contradictions.

Son amie Elise Goldfarb « admire sa détermination », mais la trouve aussi parfois « trop intense », « un défaut qui relève de tous les héros », dit-elle. « Elle est très inflammable », confirme Eliane Contini. Que son livre vous énerve ou vous passionne, il y a de grandes chances pour qu’il ne vous laisse pas indifférent. Et comme le dit son amie « on n’a pas fini d’entendre parler » de cette Parisienne qui veut changer le monde.