Paris : Des lieux d’accueil pour femmes victimes de violences conjugales vont être ouverts dans trois hôpitaux

INFO « 20 MINUTES » La mairie de Paris va lancer un appel d’offres pour que des associations assurent des permanences dans trois hôpitaux de l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris)  

Aude Lorriaux

— 

L'adjointe à la mairie de Paris en charge de l'égalité entre femmes et hommes, Hélène Bidard, et la maire de Paris, Anne Hidalgo, en août 2019.
L'adjointe à la mairie de Paris en charge de l'égalité entre femmes et hommes, Hélène Bidard, et la maire de Paris, Anne Hidalgo, en août 2019. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) va ouvrir des lieux d'accueil des femmes victimes de violences conjugales dans trois hopitaux parisiens en partenariat avec notamment la mairie de Paris. 
  • Sont concernés la Pitié Salpêtrière, l’hôpital Bichat Claude-Bernard et l'Hôtel-Dieu.
  • « Beaucoup de femmes vont à l'hôpital mais ne disent pas aux professionnels de santé qu'elles sont victimes de violence conjugales » commente Marie-France Casalis du Collectif féministe contre le viol

Imaginons une femme qui vient à l’hôpital pour une brûlure. Questionnée par un ou une médecin sur l’origine de sa blessure, elle exprime un malaise, se renferme dans le silence. Très vite, ce professionnel de santé comprend que cette femme a été brûlée par son conjoint. Formé au préalable à la détection des violences conjugales, il réussit à la faire parler, et à l’orienter dans l’antenne de son hôpital dédiée aux violences faites aux femmes, où une association va la prendre en charge.

C’est le scénario idéal du dispositif imaginé par l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l’issue d’une réunion du comité de pilotage de l’observatoire parisien de lutte contre les violences faites aux femmes, qui comprenait la mairie de Paris et d’autres partenaires. La mesure va être mise en place à la fin de l’année dans trois hôpitaux parisiens : la Pitié Salpêtrière, l’hôpital Bichat Claude-Bernard et l’Hôtel-Dieu, situés au sein de trois groupements hospitaliers parisiens. Pour tenter de résorber le nombre de féminicides dans la capitale, où en moyenne entre deux et trois femmes sont tuées par leur conjoint chaque année (voir encadré en fin d’article).

L’exemple de la Maison des femmes à Saint-Denis

« Beaucoup de femmes vont à l’hôpital mais ne disent pas aux professionnels de santé qu’elles sont victimes de violence conjugale. On se réjouit follement de cette avancée ! » commente Marie-France Casalis, du Collectif féministe contre le viol (CFCV), qui gère le numéro Viols Femmes Informations (0 800 05 95 95). Un dispositif qui réplique celui de La Maison des femmes à Saint-Denis, en lien avec l’hôpital Delafontaine.

« L'idée c’est d'arrêter de morceller la prise en charge de ces femmes, qu'elles aient plein d’infos à cet endroit et que chaque professionnel sache quelles sont les ressources disponibles », commente Anne Rubinstein, directrice de cabinet de Martin Hirsch, le patron de l'AP-HP. L'oganisme met un million d'euros sur la table, l'Etat 300.000, la fondation L'Oréal 150.000. Ces lieux devraient à terme permettre aux femmes d'y porter plainte, comme c'est déjà le cas à l'hôpital Saint-Antoine, espère Anne Rubinstein. 

La mairie de Paris va financer des permanences d'associations

« Aujourd’hui on a des fonctions publiques en silos, l’idée c’est de sortir de ces silos, et de travailler ensemble, pour faire atterrir sur le territoire la prise en charge », complète Hélène Bidard, adjointe à la mairie de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes.

Un appel d’offres va être lancé par la mairie de Paris, qui va financer des associations féministes pour tenir des permanences. En tout 90.000 euros, qui ne suffiront sans doute pas à assurer une permanence 24 heures sur 24, mais pourraient permettre d’assurer au moins une prise en charge en soirées et week-end. C’est-à-dire au moment où les policiers formés de la brigade pour la protection des familles ne sont plus en poste dans les commissariats, et où les femmes se retrouvent souvent confrontées à des policiers qui ne sont pas formés, affirme l'élue, qui veut combler cette « rupture de prise en charge ».

Un foyer pour enfants covictimes de violences conjugales

Cette annonce fait suite à celle de Dominique Versini, adjointe à la Maire de Paris en charge des droits de l’enfant et de la protection de l’enfance, d’un foyer de protection de l’enfance, dédié aux enfants victimes de violences conjugales, ainsi que d'un foyer pour enfants victimes d'inceste. 

Alors que les plaintes pour violences conjugales ont fortement augmenté ces dernières années, la mairie de Paris se targue d’avoir doublé le budget sur les violences faites aux femmes ces trois dernières années, avec une augmentation de 105 % pour les subventions aux associations spécialisées. Mais dans le même temps, l’adjointe en charge de l’égalité se plaint qu’il n’y ait pas eu d’augmentation similaire du côté de la police et de la justice. Et de conclure : « Il faut former l’ensemble des personnels de la justice et de la police, ce n’est pas possible que par manque de moyens il y ait une telle loterie qui s’organise ».

En moyenne entre deux et trois féminicides sont commis chaque année à Paris

Selon l’état des lieux 2020 de l’Observatoire parisien des violences faites aux femmes (OPVF), la ville de Paris a recensé un féminicide en 2020, un chiffre plus bas que d’habitude, dans un contexte où le nombre de féminicides a fortement baissé cette année-là au niveau national, à cause de la pandémie. Depuis 2014, 16 femmes ont été assassinées par leur conjoint à Paris, soit en moyenne entre deux et trois femmes par an. Près de 3.500 faits de violences conjugales ont été commis à Paris en 2020, un chiffre en baisse de 8% par rapport à la moyenne 2016-2019.

 

Selon Hélène Bidard, si le nombre de plaintes sur ce sujet a augmenté depuis trois ans, les sanctions et l’accompagnement aussi: les téléphones grave danger, un dispositif d'urgence permettant une intervention rapide des forces de l'ordre, sont aujourd’hui plus distribués (50 en 2021, contre seulement 20 en 2014, 2015, 2016 et 2017 et 45 en 2020, selon le document de l’OPVF). 68% des ordonnances de protection, qui permettent d'assurer dans l'urgence la protection de victimes de violences conjugales ou intrafamiliales, ont été acceptées à Paris l’année dernière, contre moins de 50% en 2019, 2018, 2017 et 2016. Plus de femmes sont aussi reçues dans les points d’accès au droit, par l’Institut de victimologie et plus de femmes ont été accompagnées par les associations. Le nombre de stages de responsabilisation est toutefois en baisse en 2020.