L'Oise tentée, mais pas forcément convaincue

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Identité picarde ou francilienne ? La question divise à Creil, ville de 34 000 âmes du sud de l'Oise et terminus du RER D. Ici, le rattachement éventuel du département à l'Ile-de-France ne laisse personne indifférent. « Mon image de bon vieux Picard, j'y tiens », explique Claude, chef d'entreprise de 51 ans qui habite et travaille dans ce secteur, pourtant située à égale distance de Paris et de Beauvais, la préfecture. Ce bassin industriel en difficulté n'aurait-il pas intérêt à bénéficier de la manne financière parisienne ? « Je n'envie pas l'économie de la capitale, il y a d'autres priorités. »

Sur le quai de la gare, François, enseignant de 48 ans, s'apprête à monter dans le train pour la gare du Nord et rejoindre son travail. Il est plutôt « favorable » à l'idée de devenir francilien. « De fait, Creil est une ville de banlieue. Elle est tournée vers Paris, pas vers Beauvais. C'est une hérésie d'être rattaché à la Picardie », indique ce Creillois de naissance. Sur le marché, Farid, vendeur de légumes, est plutôt d'accord avec lui. « Je passe déjà les trois quarts de mon temps en Ile-de-France, entre Rungis, les marchés d'Argenteuil, de Gennevilliers et de Meaux. Et puis, pour le business, c'est mieux. »

« C'est vrai que la Picardie est née du rapprochement artificiel de trois départements, reconnaît le maire (PS) Jean-Claude Villemain. Mais depuis dix ans, le sentiment picard, jusqu'alors absent dans le sud de l'Oise, s'est renforcé. » « Et mieux vaut être l'une des grandes villes de Picardie que la 151e roue du carrosse en région parisienne », fait valoir ce partisan du statu quo territorial.

A quelques kilomètres de là, dans la bourgeoise Chantilly, Bernadette, 50 ans, est, elle aussi, sur la défensive. « C'est la campagne ici, j'aime le côté petit village qui risquerait de disparaître », insiste cette « Picarde d'origine » qui « a peur d'aller à Paris ». Sur le même trottoir du centre-ville, Chantal rétorque que « la région parisienne, ce ne sont pas que des cités. Mon mari travaille à Clichy. J'entends donc tout le temps parler de problèmes de métro, de RER... Ici, on a un peu les mêmes soucis qu'en Ile-de-France. » ■ A. S.