Paris : Une contre-marche des fiertés, « anti-raciste et anti-capitaliste », organisée le 20 juin

INFO « 20 MINUTES » Une quinzaine de collectifs et associations ainsi qu’un syndicat préparent une alternative à la traditionnelle marche des fiertés de l’Inter-LGBT, prévue le 26 juin dans les rues de Paris  

Aude Lorriaux

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Marche des fiertés à Paris en 2019 (photo d'illustration)
Marche des fiertés à Paris en 2019 (photo d'illustration) — ISA HARSIN/SIPA
  • Une quinzaine de collectifs et associations ainsi qu’un syndicat ont décidé de lancer leur propre manifestation, le 20 juin, la Marche des Fiertés anti-raciste et anti-capitaliste 2021.
  • Parmi ces organisations, on trouve Act Up Paris, Acceptess T, le BAAM Paris ou encore le syndicat Solidaire.
  • Pour Pierrette Pyram, qui s’exprime au nom de l’association Diivines LGBTQI +, un des premiers signataires de l’appel, « l’organisation de lIinter-LGBT est quasiment entièrement blanche ».
     

Ils ne veulent pas s’associer à la traditionnelle marche des fiertés, organisée par l’Inter-LGBT le 26 juin prochain à Paris. Une quinzaine de collectifs et associations ainsi qu’un syndicat ont décidé de lancer leur propre manifestation, le 20 juin, la Marche des Fiertés anti-raciste et anti-capitaliste 2021, selon nos informations.

« La date de notre marche correspond à celle de la journée mondiale des réfugié·e·s et autres personnes déracinées. C’est l’occasion pour nous de rendre hommage à la force, au courage et à la persévérance de populations qui font partie des plus marginalisées de la société », écrivent dans un communiqué à paraître ces organisations, parmi lesquelles le BAAM et Queer Education Paris.

« L’Inter-LGBT est quasiment entièrement blanche »

Pour Pierrette Pyram, qui s’exprime au nom de l’association Diivines LGBTQI +, un des premiers signataires de l’appel, « l’organisation de l’Inter-LGBT est quasiment entièrement blanche ». La présidente de Diivines LGBTQI + explique avoir essayé pendant un temps de faire passer ses revendications pour plus d’inclusion, comme le fait de ne pas diffuser uniquement de la musique techno, mais aussi du zouk, et avoir eu le plus grand mal à se faire entendre. « Ils m’ont répondu "le zouk, c’est pas assez rythmé" », se souvient-elle.

Deuxième grief, la marche des fiertés de l’Inter-LGBT serait selon ces organisations financée par des entreprises qu’ils qualifient d’« adeptes de pinkwashing ». « Air France a toujours été présente à la marche et fait des reconduites à la frontière, pointe Héloise, la présidente du Baam Paris. Air France met en avant les causes LGBT+ dans ses campagnes de pub mais derrière s’en tamponne de savoir qui elle expulse. Ils se servent de la cause LGBT+ pour faire passer des politiques discriminatoires ». « L’an dernier il y avait Mastercard, Orange et Coca cola, ce sont des grands groupes capitalistes et le capitalisme n’est pas compatible avec la lutte LGBT et antiraciste », complète Pierrette Pyram.

La présence les années précédentes parmi les chars de la marche des fiertés de l’association Flag !, composée de policiers et de policières, fait aussi grincer des dents. « On va demander à des gens de défiler à côté d’agents qui les contrôlent toute la journée, dénonce la présidente du Baam. Je ne suis pas unie avec la police nationale, et la police n’est pas l’alliée objective des migrants. Par ailleurs, aucun mot n’a jamais été fait depuis cinq ans par l’Inter-lgbt sur les migrants au moment de la marche ».

La loi séparatisme et la loi PMA dans le viseur

Parmi les revendications principales de cette marche, les organisations dénoncent le « racisme systémique » et « l’islamophobie d’Etat », qu’elles estiment présentes dans la loi séparatisme. « L’amendement Unef permet de dissoudre des collectifs en mixité choisie, explique Éris, de Queer education. Et on en est à interdire d’accompagner des parents pour des sorties scolaires, ce sont des humiliations. On s’élève contre toute forme d’homonationalisme, car ce n’est pas possible de se plaindre d’un côté d’exclusion et de le reproduire de l’autre côté sur d’autres groupes ».

Enfin, la loi de bioéthique qui prévoit d’instaurer la PMA pour toutes, et doit être examinée le 7 juin en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, est jugée « raciste, validiste et transphobe ». Notamment parce qu’elle ne remet pas en cause l’organisation actuelle des Cecos, centres chargés de gérer les dons de spermatozoïdes et d’ovocytes, qui prévoient que les donneurs de gamètes doivent avoir la même origine ethnique que les couples qui les reçoivent, ce qui accroît le temps d’attente pour les personnes noires par exemple, car il n’y a pas assez de donneurs de la même couleur de peau. Les personnes trans sont également exclues du dispositif ainsi que les personnes qui ont un poids jugé trop important.

« Nous défendons la convergence des luttes pour mettre fin à ce système oppressif et construire ensemble un monde plus inclusif », écrivent les organisations, qui appellent à marcher le 20 juin « en solidarité avec les plus fragiles ».

Edit du 1er juin 2021:

Contrairement à ce qu'indiquait une première version de l'article et à ce qu'avait indiqué l'organisatrice de la marche, les organisations Act Up Paris,  Acceptess T et le syndicat Solidaires ne font pas partie des signataires.