Paris : Après 22 mois de lutte, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles célèbrent « une très belle victoire »

LUTTE Les grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles ont annoncé mardi la signature d’un accord sur leurs conditions de travail après 22 mois de lutte

Aude Lorriaux
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Les femmes de chambre de l'Ibis Batignolles posent avec leurs soutiens mardi 25 mai 2021, après l'annonce de la signature d'un accord avec la société STN, sous-traitant du groupe Accor.
Les femmes de chambre de l'Ibis Batignolles posent avec leurs soutiens mardi 25 mai 2021, après l'annonce de la signature d'un accord avec la société STN, sous-traitant du groupe Accor. — Aude Lorriaux / 20 Minutes
  • Les femmes de chambre n’ont pas obtenu leur internalisation dans les effectifs de l’hôtel Ibis des Batignolles. Mais selon la CGT-HPE qui les a soutenues : « Avec la marge commerciale que fait le sous-traitant, Accor paye au final plus cher, ils n’ont pas intérêt à les garder en externe. »
  • Dans l’accord signé, ce mardi, les grévistes obtiennent une revalorisation salariale de 250 à 500 euros par mois pour chaque femme de chambre, une prime de panier-repas de 7,30 euros par jour, ainsi que la réduction de la cadence avec une demi-chambre de moins à nettoyer par heure.

« Frotter frotter, ça a payé, frotter frotter, ça a payé. » Devant leur lieu de travail, les femmes de chambre de l'hôtel Ibis Batignolles entonnaient mardi l’hymne de leur lutte, sourire aux lèvres. Après 22 mois de combat, le plus long de l’histoire de l’hôtellerie, elles ont remporté une victoire : la direction de la société STN, à qui Accor sous-traite l’entretien des chambres, a cédé sur presque toutes leurs demandes. « C’est pas juste une victoire, c’est une très belle victoire ! », s’enthousiasme Rachel Keke, gouvernante à l’hôtel Ibis, qui a fardé ses paupières d’un bleu vif assorties à son boubou pour l’occasion. La voilà qui entame un pas de danse avec ses consœurs, toutes aussi colorées.



Au départ le « plan A » des femmes de chambre était d’être intégrées aux équipes de l’hôtel, pour avoir les mêmes conditions de travail que leurs collègues salariées directement par Accor. Au final, après un combat incluant huit mois de grève et 14 mois de chômage partiel, elles ont obtenu gain de cause sur le plan B, soit l’égalité des conditions de travail mais sans « internalisation », comme on dit dans le jargon. Même si les salariées n’ont pas été intégrées c’est une « grande satisfaction » pour Claude Lévy de la CGT-HPE. Parce que cette égalité de traitement devrait à terme entraîner leur intégration aux équipes : « Avec la marge commerciale que fait le sous-traitant, Accor paye au final plus cher, ils n’ont pas intérêt à les garder en externe. »

« On aura moins de stress ! »

Dans le détail, cela signifie une revalorisation salariale de 250 à 500 euros par mois pour chaque femme de chambre, une prime de panier-repas de 7,30 euros par jour, un changement de statut et donc une augmentation des qualifications, les employées passant du statut de balayeur à celui de femme de chambre. Autres avancées obtenues, la réduction de la cadence – les femmes de chambre n’auront « plus que » trois chambres à nettoyer par heure au lieu de trois et demi –, le passage de sept personnes à temps complet, la réintégration de deux CDD, ou encore la prise en compte du temps d’habillage dans le temps de travail et la fourniture des vêtements.

« On aura moins de stress, nous sommes très contentes ! », exulte Rachel Keke, qui se réjouit surtout du paiement des heures supplémentaires. Les femmes de chambre étant payées à la tâche, il lui arrivait souvent de travailler neuf heures par jour payées sept, dit-elle, « sans pause ». Aujourd’hui, elle aura aussi les mêmes temps de pause que les collègues directement employées par Ibis.

La recette du succès ? « La persévérance, le courage, croire en nous-même et surtout la solidarité ! », dit-elle, toute en joie. Claude Lévy salue lui aussi la « détermination » des grévistes, se disant « très fier » du combat mené. Le représentant du syndicat des hôtels de prestige et économique, surnommé le « chevalier blanc des femmes de chambre » et aux méthodes parfois contestées, va pouvoir partir en retraite l’esprit apaisé : « La relève est en cours ! »