Pollution à Paris : 59 % des Parisiens veulent fermer les rues devant les écoles aux véhicules thermiques

INFO « 20 MINUTES » Les Parisiens et les Parisiennes veulent plus d’action des responsables politiques contre la pollution de l’air, selon un sondage YouGov pour la coalition d’ONG Clean Cities Campaign  

Aude Lorriaux

— 

Illustration d'une journée à forte pollution à Paris, en janvier 2018.
Illustration d'une journée à forte pollution à Paris, en janvier 2018. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Un sondage YouGov pour la coalition d’ONG Clean Cities Campaign indique que 59 % des Parisiens et Parisiennes veulent que les rues qui passent devant les écoles et les crèches soient fermées aux véhicules thermiques.
  • 67 % souhaitent par ailleurs que leurs élus et élues en fassent plus pour protéger les enfants et les citoyens de la pollution de l’air.
  • « C’est la base d’assurer à nos enfants une bonne santé. Le point de départ devrait être partagé par tous », commente Olivier Blond, directeur général de l’association Respire, qui estime que la mairie de Paris « n’en fait pas assez ».

« Il y a une prise de conscience », s’enthousiasme Vincent Bezaguet, coordinateur de La Rue Est À Nous, qui fait partie de la Clean Cities Campaign. C’est cette coalition d’association qui a commandé à l’institut YouGov un sondage sur la pollution de l’air, dont les résultats sont éloquents. 59 % des Parisiens et Parisiennes [voir encadré pour la méthodologie] veulent que les rues qui passent devant les écoles et les crèches soient fermées aux véhicules thermiques, et 67 % souhaitent que leurs élus et élues en fassent plus pour protéger les enfants de la pollution de l’air. Des chiffres « inenvisageables » il y a dix ans selon Vincent Bezaguet.

Ces aspirations ne sont d’ailleurs pas liées qu’aux enfants. Un nombre tout aussi important d’habitants de la capitale (67 %) voudraient que les responsables politiques en fassent « plus » pour protéger les citoyens et citoyennes de la pollution de l’air. Dans le détail, ils sont aussi une large majorité à vouloir plus de politiques publiques contre les véhicules polluants (55 %), plus de mesures en faveur des déplacements à pied (62 %), des transports publics (60 %) et du vélo (55 %). Et même 77 % d’entre elles et eux s’accordent à vouloir plus d’espaces verts et de végétation dans leur ville.

La mairie de Paris « n’en fait pas assez »

« Nous ne sommes pas surpris ou étonnés par ces chiffres. Qui aurait envie qu’on empoisonne nos enfants ? C’est presque les 35 % de gens qui ne réagissent pas qui sont étonnants. C’est la base d’assurer à nos enfants une bonne santé. Le point de départ devrait être partagé par tous », commente Olivier Blond, directeur général de l’association Respire, qui fait partie de la Clean Cities Campaign. Pour ce responsable associatif, la mairie de Paris « n’en fait pas assez ». « Ils ont pris des engagements, mais très clairement la réalisation n’est pas à la hauteur des enjeux. La mairie annonce des abords d’écoles piétonnisés, mais ce sont des écoles peu passantes. Les écoles où il y a de vrais problèmes ne sont pas prises en charge », dit-il, citant le cas de l’école élémentaire de la rue Vellefaux, dans le 10e arrondissement.

Faut-il alors aller plus loin, et interdire les véhicules polluants ? A cette question, les Parisiens et Parisiennes sondées ne sont pas aussi tranchées. 47 % « seulement » sont d’accord avec cette affirmation. Une idée qui fait bondir par ailleurs Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 Millions d’automobilistes. « Si les Parisiens partent du principe qu’ils ne veulent pas des autres chez eux, il faudrait qu’ils acceptent qu’eux ne sont pas les bienvenus chez les autres. L’écologie c’est un truc de bobos riches qui considèrent qu’ils ne veulent pas de nuisances devant leur fenêtre. Il faut faire comprendre qu’on ne peut pas interdire aux autres la circulation. Pourquoi le maire de Juan-les-Pins ne dirait-il pas sinon : "On interdit les voitures" ? C’est une manipulation de l’opinion publique en utilisant les enfants. »

« Il faut revoir nos modes de vie »

Vincent Bezaguet convient aisément du fait qu’« à Paris, on peut se passer de la voiture, en banlieue c’est moins le cas ». Pour le coordinateur de la coalition La Rue Est À Nous, pas question de « mesures discriminatoires » qui pénaliseraient celles et ceux qui ont moins d’argent ou habitent plus loin. Et de conclure : « Il faut repenser la manière dont on se déplace en Ile-de-France, nous préconisons un maillage de transport public plus important. C’est aussi essentiel que les bus soient électriques. Et puis il faut revoir nos modes de vie, avoir des distances entre le logement et le travail plus courts. »

A noter que le sondage a interrogé aussi des Lyonnaises et Lyonnais, qui sont quasiment aussi nombreux que leurs homologues de la capitale (66 %) à vouloir que les responsables politiques en fassent « plus » pour protéger les enfants de la pollution de l’air et que les rues qui passent devant les écoles et les crèches soient fermées aux véhicules thermiques (54 %).

En France, près de 40.000 décès sont liés chaque année à une trop forte exposition aux particules fines et à la pollution de l’air, selon une étude de Santé publique France. Et même près de 100.000 selon une étude britannique. Chaque année plus de 2.500 morts prématurées pourraient être évitées à Paris si les niveaux de dioxyde d’azote étaient aussi bas que dans les villes les moins polluées d’Europe, estime la Clean Cities Campaign. A Lyon, ce sont près de 450 morts prématurées qui pourraient y être évitées chaque année.

Méthodologie
Le nombre total de sondés et sondées à Paris et à Lyon s’élève à 1.511 adultes, 1.008 à Paris et 503 à Lyon. Le sondage s’est déroulé en ligne du 3 au 22 mars 2021, auprès de Français et Françaises âgées de 18 ans et plus. Les réponses ont été ensuite pondérées pour obtenir un échantillon représentatif de la population visée. Ces pondérations s’appuient sur des données administratives, ou sur des données collectées par l’INSEE.