Paris : Place Stalingrad, la tension monte d’un cran entre les riverains et les consommateurs de crack

DROGUE Des habitants du quartier de Stalingrad auraient tiré, à deux reprises ce week-end, des mortiers d’artifice en direction des consommateurs de cracks pour les « chasser »

Caroline Politi

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Les consommateurs de crack se sont notamment installés sous les arches de la place Stalingrad, côté quai de Seine.
Les consommateurs de crack se sont notamment installés sous les arches de la place Stalingrad, côté quai de Seine. — G. Novello
  • Ce week-end, des mortiers d'artifice ont été tirés en direction de consommateurs et vendeurs de crack sur la place Stalingrad. 
  • François Dagnaud, le maire (PS) du 19e arrondissement déplore le geste mais met en avant des riverains excédés par cette situation. 
  • Il évoque la présence régulière d'une centaine de consommateurs, venant de toute la France voire d'Europe dans le quartier.

François Dagnaud, le maire PS du 19e arrondissement de Paris, a beau condamner le geste, il ne peut pas nier qu’il le comprend. Il y voit même « un appel au secours » de riverains excédés par la présence de trafiquants et de consommateurs de crack « sous leurs fenêtres », à deux pas de la place Stalingrad. Dans la nuit de vendredi à samedi, puis dans celle de samedi à dimanche, des tirs de mortiers d’artifice ont visé en haut de la rue de Flandres un attroupement de « crackeux ». Des tirs qui, selon le maire, émaneraient de riverains excédés.

Selon une source policière, aucune intervention n’a cependant été signalée. « Il semblerait que cela ait été extrêmement bref », précise cette dernière. Plusieurs vidéos ont néanmoins circulé sur les réseaux sociaux. Sur l’une, on dénombre huit tirs en moins de trente secondes. Sur une seconde, filmée d’un autre angle, on assiste à un jet de mortier d’artifice lancé à l’horizontale, en direction du trottoir d’en face. « Des habitants du quartier m’ont confirmé avoir assisté à ces tirs ce week-end, assure l’édile. Il faut mesurer l’exaspération des riverains qui ne dorment plus la nuit à cause des hurlements et des règlements de compte, le sentiment d’insécurité… »

Stalingrad, haut lieu du trafic de crack

Si le trafic de crack n’est pas nouveau dans le quartier, il a pris ces dernières années une ampleur inédite, notamment depuis l’évacuation de la colline du crack et du tunnel de Rosa Parks. « Ce n’est pas compliqué, on est devenu un sanctuaire de la consommation de crack en France, on attire même des consommateurs de toute l’Europe », se désespère François Dagnaud. Il estime qu’une centaine de personnes, vendeurs ou consommateurs, se réunissent chaque soir, soit au niveau de l’avenue de Flandres, soit sur le quai de Loire.

Depuis un an, pourtant, la lutte contre le trafic de crack s’est intensifiée à Paris. D’importants moyens ont été déployés : des équipes patrouillent 24 heures/24 sur la place Stalingrad mais également à ses abords, des aménagements urbains ont été réalisés – les bancs ont été retirés pour éviter que les consommateurs stagnent, l’éclairage public amélioré pour faciliter le travail des fonctionnaires sur le terrain. Des informations judiciaires sont également régulièrement ouvertes pour tenter d’identifier les principaux acteurs et depuis le mois de juin 2020, les consommateurs interpellés sont systématiquement déférés et se voient proposer une injonction thérapeutique assortie d’une interdiction de paraître dans le nord-est parisien.

Insuffisant, aux yeux de François Dagnaud, qui réclame le démantèlement « accompagné » de ce nouveau haut lieu du trafic à Paris. Après ce week-end d’extrême tension, il a fait un nouveau signalement auprès du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin et son homologue de la Santé, Olivier Véran. « L’un ne va pas sans l’autre. Il faut évidemment un accompagnement sanitaire de ces consommateurs, mais il faut trouver une solution, la situation devient intenable », prévient-il.