Vingt ans de réclusion pour l'agresseur de Chahrazad

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Un pardon difficile à accorder. Hier, Amer Butt, 28 ans, a été condamné à vingt ans de réclusion, conformément aux réquisitions de l'avocat général. Il était jugé depuis mardi devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, à Bobigny, pour avoir brûlé vive Chahrazad Belayni, le 13 novembre 2005 à Neuilly-sur-Marne. Après avoir salué - fait très rare - « la force de vie et le courage » de la victime, brûlée sur 60 % du corps, l'avocate générale, Camille Palluel, a estimé qu'Amer Butt avait « bien sûr eu l'intention » de tuer son ancienne petite amie, avec qui il voulait se marier. Elle a qualifié cette préméditation de « projet de mise à mort annoncé, préparé, ruminé ».

Avant le début des plaidoiries, Chahrazad et Amer ont une dernière fois pris la parole. En larmes, la jeune fille, âgée de 21 ans, a expliqué comment le drame l'avait propulsée dans le monde « des adultes ». « Quand j'avais 18 ans, je pensais au futur. Je voulais passer mon bac, sortir avec les filles de ma classe. Je voulais être gardien de la paix. Mais je n'ai pas pu faire toutes ces choses. On ne m'a pas laissé avoir la vie d'une fille de 21 ans. » Employée de bureau à la direction centrale de la police judiciaire, Chahrazad a souligné qu'elle travaillait de crainte de « s'effondrer » et non parce qu'elle avait « envie » d'occuper un poste. Puis, dans un souffle, elle a interrogé son agresseur sans le regarder. « Je n'ai pas de haine, je ne suis pas méchante. Je me demande pourquoi ? » L'accusé s'est alors péniblement levé. « Je n'ai pas la réponse. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est moi la cause de son malheur », a-t-il asséné avant de s'adresser à Chahrazad : « Si je suis venu, c'est pour te demander pardon. » La victime a alors couru vers la sortie, les mains contre ses oreilles, et crié « Je ne peux pas te pardonner, je ne peux pas. » ■ Carole Bianchi