Coronavirus à Paris : Sur les berges de Seine, promenade sous haute surveillance

GESTES BARRIERES Si la capitale n’est pas confinée, la préfecture de police de Paris empêche tous les rassemblements. Ce dimanche, une centaine de policiers arpentaient les berges de Seine

C.Po.

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Sur les berges de Seine, ce dimanche.
Sur les berges de Seine, ce dimanche. — Caroline Politi/20 Minutes

Un œil à droite, un œil à gauche… et Alix, 21 ans, retire son masque. « Ah, je respire enfin », sourit l’étudiante en biologie. Ce dimanche, comme celui d’avant d’ailleurs, elle a retrouvé ses deux meilleures amies sur les berges de Seine. Toutes les trois entendent bien profiter de ces quelques heures au soleil avant de regagner leurs coloc et chambre de bonne respectives. « Ca fait un bien fou mais l’ambiance est quand même bizarre, y a tellement de policiers qui nous scrutent, c’est pesant, on n’est pas des délinquants », insiste la jeune femme.

A cheval, en roller, à vélo ou à pied, pas cinq minutes ne se passent sans croiser un groupe de policiers ou gendarmes effectuant une ronde. Pour accéder aux quais, des barrages filtrants ont été mis en place : à partir de 15h30 environ, il faut attendre, pour entrer, que quelqu’un sorte. Ce qui n’empêche pas les Parisiens de faire la queue. « C’est quand même délirant », lâche un père de famille venu faire du vélo avec ses deux filles. Tout au long du week-end, 4.400 policiers et gendarmes ont été mobilisés à Paris et dans la petite couronne pour limiter les rassemblements et faire respecter les gestes barrière, dont une centaine environ aux abords des berges.

« Notre rôle, c’est de faire de la prévention mais également de la répression »

Si le port du masque est d’une manière générale plutôt bien respecté par les promeneurs, il l’est moins par les petits groupes, souvent jeunes, installés sur les trottoirs ensoleillés. De même, impossible de laisser 2 m de distance. « Notre rôle, c’est de faire de la prévention mais également de la répression, explique le commissaire Jean-Sébastien Rosadoni, adjoint au chef de la division régionale de la circulation. Des règles sont en vigueur, on en appelle à la responsabilité de chacun. » Samedi, la préfecture a fait évacuer les lieux dans le courant de l’après-midi, estimant que la distanciation sociale n’était pas respectée.

Alors ce dimanche, c’est un peu le jeu du chat et de la souris qui se met en place. « J’avoue que je passe mon temps à guetter pour planquer ma bière s’ils reviennent », sourit George, un étudiant écossais en Erasmus qui a vite intégré le dicton « pas vu, pas pris ». Depuis ce week-end, la consommation d’alcool est effectivement interdite dans certaines zones de la capitale entre 11 et 18 heures. Valentin et Alexandre, 22 et 23 ans, viennent de se faire rappeler à l’ordre par un gendarme à cheval avant même d’avoir eu le temps de décapsuler leurs bières. « J’avoue que je ne savais pas que c’était interdit, explique ce dernier. Il nous a juste demandé de remonter les escaliers pour la boire. » Car si la consommation d’alcool est interdite sur les quais (et passible d’une amende de 135 €), elle ne l’est pas sur le trottoir juste au-dessus…

Pour Carla et Gauthier, 28 ans tous les deux, ce bol d’air a un goût amer. « 270 balles l’après-midi, ça fait cher… » Des gendarmes mobiles viennent de les verbaliser parce qu’ils ne portaient pas leurs masques. Tous deux le reconnaissent, les policiers leur avaient, à plusieurs reprises, fait le signe de le remettre. « Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est qu’à côté de nous les gens ont le droit de le retirer pour pique-niquer, boire ou fumer une cigarette mais nous, parce qu’on discute seulement, on se prend une amende », se désole la jeune femme.

Spécificités parisiennes

Pour éviter d’être verbalisés sans porter leurs masques, certains flâneurs ont réfléchi à des « stratégies ». « J’ai une cigarette éteinte à la main, explique Lucie, 29 ans. Dès qu’ils s’approchent, je fais mine de l’allumer. » Un plan un peu « honteux », reconnaît-elle, qu’elle justifie par le sentiment d’injustice qu’elle ressent dans l’application de la stratégie sanitaire. « D’un côté, on nous dit qu’on se contamine plus à l’intérieur et de l’autre on nous interdit de nous retrouver dehors, ça n’a aucun sens. » Un peu plus loin, Jacques, qui vient de se faire rappeler à l’ordre, déplore également l’absence de prise en compte des spécificités de la capitale. « Il y a moins d’espaces verts donc forcément on est plus serrés, mais il ne faut pas oublier qu’on habite dans de petits appartements, on a besoin de prendre l’air. » Et ce, d’autant que la perspective d’un nouveau confinement reste présente.