Réforme d’Affelnet : Tout ce qui va changer dans l’affectation des élèves de 3e au lycée

EDUCATION La nouvelle carte scolaire doit entrer en vigueur à la rentrée prochaine, mais elle est déjà critiquée par de nombreux parents d’élèves

Delphine Bancaud

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Le lycée Montaigne, à Paris (6e) le 12 février 2020.
Le lycée Montaigne, à Paris (6e) le 12 février 2020. — Clément Follain / 20 Minutes
  • Le système d’affectation au lycée à Paris, Affelnet, a subi un lifting.
  • Désormais, les élèves de 3e pourront candidater au mois de mai dans cinq lycées situés à 25 minutes maximum de transport de leur domicile. Rien ne les empêchera de demander des lycées plus éloignés, mais ils ne seront pas prioritaires.
  • Une réforme à laquelle s’opposent de nombreux parents d’élèves.

« Affelnet ne saurait être une loterie », a martelé ce vendredi Christophe Kerrero, le recteur de l’académie de Paris, en présentant sa réforme de la procédure d’affectation des élèves dans les lycées parisiens, qui doit entrer en vigueur à la rentrée prochaine. Car selon lui, la précédente version d’Affelnet n’était pas satisfaisante. D’ailleurs, l’an dernier, 2.000 familles ont formulé des réclamations après avoir reçu l’affectation au lycée de leur enfant. « On a assisté à un psychodrame qui a montré qu’on avait atteint la fin d’un système », reconnaît le recteur.

20 Minutes vous aide à décrypter cette réforme complexe et les implications qu’elle aura pour les élèves.

Quels étaient les défauts d’Affelnet ancienne formule ?

« Il encourageait l’hyper compétition et l’hyper sélection », selon Christophe Kerrero, et « il créait une hiérarchie entre les 44 lycées parisiens ». Exemple : au lycée Charlemagne, 95 % des élèves qui arrivaient avaient 15/20 de moyenne, contre 3 % seulement des élèves au lycée Henri-Bergson. Le nouvel Affelnet vise donc trois objectifs : « renforcer la proximité de leur lycée pour les élèves, ainsi que la mixité sociale et scolaire », indique le recteur.

A quoi va ressembler la nouvelle carte scolaire ?

Depuis 2008, Paris était divisé en quatre districts et les élèves de 3e candidataient dans une dizaine de lycées de leur périmètre. Leurs résultats scolaires et leur éventuel statut de boursier permettaient de déterminer leur futur lycée. Dans le nouvel Affelnet, les quatre districts sont supprimés. Il est toujours possible et même recommandé de formuler jusqu’à 10 vœux. Et désormais, les élèves de 3e pourront candidater prioritairement au mois de mai dans cinq lycées situés à 25 minutes maximum de transport de leur domicile. Pour savoir à quel lycée de secteur sont rattachés leur collège, les élèves peuvent consulter la carte interactive du rectorat de Paris. Rien ne les empêchera de demander d’autres lycées plus éloignés (dits de secteur 2), mais ils ne seront pas prioritaires. Les familles pourront saisir leurs vœux du 10 au 31 mai et auront les résultats de l’affectation le 30 juin. Pour ceux qui n’auraient rien obtenu, un deuxième tour d’Affelnet aura lieu du 9 au 12 juillet.

Selon quels critères vont être affectés les élèves ?

Un système de points va permettre à l’élève d’accéder ou pas au lycée qu’il désire. Un bonus lui est accordé en fonction de la proximité de l’établissement de son domicile, un autre s’il est boursier, un autre en fonction du profil social de son collège (dit bonus IPS). Si l’élève a effectué sa scolarité dans un collège très défavorisé, il aura plus de points. Enfin, des points vont lui être accordés en fonction de ses résultats scolaires et de sa maîtrise du socle commun de compétences. « Il n’est pas obligatoire de placer les lycées de son secteur dans les premiers vœux. Ce n’est pas l’ordre des vœux qui donnera une priorité d’affectation », précise Claire Mazeron, directrice académique chargée des lycées.

Pourquoi cette réforme est critiquée par certains parents d’élèves ?

Ils ne la trouvent pas équitable. « Certains collèges, principalement périphériques et défavorisés, n’ont pas le panel de lycées attractifs promis », estime la FCPE Paris dans un communiqué publié ce vendredi. Et des élèves de l’est parisien ne peuvent plus prétendre à des lycées du centre. « Il y a une vie à Paris en dehors du lycée Charlemagne [établissement très demandé du 4e] », répond Christophe Kerrero, qui explique que chaque collège sera rattaché à 2 ou 3 lycées très attractifs. Le collectif des parents parisiens engagés contre la réforme d’Affelnet estime aussi qu’elle conduit à une sorte d’assignation à résidence pour les élèves : « L’importance du bonus géographique pour le secteur 1 dénature le barème et conduit dans les faits à une quasi-obligation de choisir un des 5 lycées de ce secteur ». La FCPE estime aussi que la réforme va favoriser l’entre-soi pour les élèves des beaux quartiers : « Les collèges du centre sont presque tous rattachés à des lycées du centre ».

Elise Lemaire, du collectif des parents du 5e arrondissement, déplore elle le manque de transparence : « Concernant la prise en compte des résultats scolaires, des points sont attribués en fonction de sa maîtrise du socle commun de compétence. Mais ces « points compétences » sont attribués de manière opaque. Les familles ne savent pas combien leurs enfants en ont, ce qui pourrait pourtant les aider pour déterminer s’ils ont des chances d’intégrer un lycée attractif ». Par ailleurs, selon elle, « le risque d’une fuite dans le privé des enfants qui auront été affectés dans un lycée mal coté est toujours aussi fort. Et ces lycées relégués ne disposent d’aucun moyen supplémentaire pour attirer plus d’élèves, donc resteront des ghettos ». Plusieurs pétitions de parents d’élèves ont déjà vu le jour.

Les boursiers seront-ils gagnants ?

Certes, ils bénéficieront d’un bonus et un quota de places leur sera réservé dans chaque établissement. Celui-ci sera variable selon le lycée, mais oscillera entre 14 et 35 %. On peut donc imaginer qu’ils pourront davantage obtenir un lycée attractif dans leur secteur ou même en dehors de leur secteur. Notamment dans le secteur ouest de Paris, qui compte moins de boursiers qu’au nord. Mais Elise Lemaire voit un autre problème : « Les boursiers ne sont pas accompagnés lorsqu’ils intègrent un lycée élitiste. Et certains partent après la seconde, faute d’avoir le niveau. Pour favoriser la mixité, il faudrait leur proposer des cours de soutien ».

Les élèves moyens seront-ils lésés ?

Le rectorat fait le pari qu’en « faisant baisser le taux de pression sur les lycées les plus attractifs », ceux-ci ne seront plus uniquement accessibles aux meilleurs élèves, mais à d’autres, ayant un niveau plus moyen. « Un lycée très demandé du secteur est avait 50 collèges qui lui étaient rattachés avec l’ancien système. Désormais, il n’en aura plus que 20 », indique Claire Mazeron.

Que va-t-il se passer pour les élèves qui ont ou vont déménager en 3e ?

« Le collège de secteur est celui qui est associé à la nouvelle adresse de l’élève. Mais pour le bonus IPS (c’est-à-dire celui qui est déterminé en fonction du profil social du collège) c’est celui du collège où l’élève a été scolarisé en 3e qui sera pris en compte », explique Claire Mazeron.

Que va-t-il se passer pour les élèves du privé ?

La grande nouveauté de ce système, c’est l’intégration des lycées privés dans Affelnet. Car chaque année, des élèves postulaient à la fois dans un lycée privé et un public. « Et ils bloquaient inutilement des places dans le public », explique Claire Mazeron. Du coup, certains élèves du public n’avaient pas d’affectation. Le nouveau système permettra d’éviter ce système de double inscription.

Affelnet pourra-t-il encore évoluer ?

Le système ne sera « pas figé » et pourra « évoluer à la marge », a aussi promis le recteur de Paris, précisant qu’un comité de suivi serait mis en place. Il sera présidé par Julien Grenet, chercheur au CNRS.