Paris : Une vague de critiques s’abat sur la mairie après « l’hypothèse » d’un confinement local

EPIDEMIE Face aux critiques, le premier adjoint à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire a relativisé la proposition d’un confinement de trois semaines dans la capitale

R.L.

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Paris durant le couvre-feu, le 15 décembre 2020.
Paris durant le couvre-feu, le 15 décembre 2020. — Gabrielle CEZARD/SIPA

« Paris n’est pas une île », « les Parisiens ne peuvent pas être otages de l’incompétence et du cynisme de Madame Hidalgo », « maire absente », etc. Après l’annonce surprise, jeudi soir, du premier adjoint, Emmanuel Grégoire, de confiner Paris durant trois semaines afin « d’avoir la perspective de tout rouvrir » à son issue, y compris bars, restaurants et lieux culturels, certains élus parisiens et franciliens sont rapidement montés au créneau.

« La maire de Paris réclame ce soir un confinement strict de Paris pour trois semaines. Cette proposition est aberrante ! L’expérience de la crise a montré qu’un confinement de ce type n’était pas à même de vaincre l’épidémie », ont bombardé les élus de droite au Conseil de Paris dans un communiqué. Et de préciser : « Dans le même temps, la pauvreté, le désarroi des Parisiens, les faillites en cascade, le décrochage scolaire et universitaire sont à un niveau sans précédent. Par ailleurs, prétendre confiner Paris sans tenir compte de ses voisins est un non-sens absolu : le virus ne s’arrête pas aux portes du périphérique ! ».

Même son de cloche du côté de la présidente de la région (ex-LR, Libres !) Valérie Pécresse, qualifiant « d’illusions » d’éventuelles décisions sanitaires prises « au niveau départemental » en Ile-de-France. Moins de 24 heures, plus tard, la mairie de Paris, rétropédale, légèrement.

« Simplement une hypothèse »

Lors d’une conférence de presse, ce vendredi, Emmanuel Grégoire, est revenu sur la situation. « Ça n’a jamais été une proposition, j’ai fait trois interventions médiatiques hier soir, ça n’a jamais été une proposition, c’est une hypothèse », « simplement une hypothèse que nous souhaitons mettre sur la table », a-t-il précisé. « Si ça se stabilise, il faudra mettre en place des mesures d’ajustement. Dans le cas où ça se dégrade, nous sommes alors contre les demi-mesures qui ne feraient que retarder un confinement plus dur », a poursuivi Emmanuel Grégoire en prônant des « efforts à court terme ». « La demi-mesure éprouve le moral de nos concitoyens », a-t-il ajouté. Et face aux nombreuses critiques, il a élargi son hypothèse à la « zone dense » francilienne. Est-ce suffisant pour calmer la colère des élus ?

Les élus de droite ont republié un communiqué signé par les maires d’arrondissement LR. « Nous exigeons dans les 24 heures, une réunion des élus de Paris avec les autorités sanitaires et administratives comme les collectivités partenaires, afin d’envisager ensemble les mesures que la situation impose. »

« De passage à Paris, Anne Hidalgo exige un confinement strict de Paris. Toujours en déconnexion avec ce que vivent les Parisiens. Nous attendons la prochaine annonce lors de son prochain passage à Paris. C’est une maire absente, à Paris comme lors des conseils de Paris ! », a sèchement taclé la maire du 7e arrondissement, Rachida Dati (LR).

« Coup de comm' pour sa campagne présidentielle »

A gauche aussi, on se montre très critique. « Visiblement Madame Hidalgo a pris la décision de faire cette annonce sans aucune concertation ni des maires d’arrondissement, ni des départements limitrophes. C’est vraiment un coup de comm' pour faire parler d’elle pour sa campagne présidentielle. […] Paris ne fonctionne et ne vit que grâce à celles et ceux, souvent premiers de corvée, qui vivent dans les départements limitrophes et viennent chaque jour travailler dans la capitale. Penser un confinement de Paris sans concertation avec ces départements est absurde », a expliqué Danielle Simonnet, conseillère de Paris (LFI) sur BFM Paris.

La requête hypothétique de la mairie devrait être transmise au préfet et à l’Agence régionale de santé ce week-end avant de la faire remonter au gouvernement. Et elle sera « étudiée » à l’échelle de la région, malgré des réserves sur sa durée et sur la fermeture des écoles, a réagi ce vendredi sur France Inter, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. En déplacement à Nantes, le Premier ministre Jean Castex a affirmé qu’entrevoir une sortie de crise sanitaire après trois semaines de confinement revenait à raconter des « fadaises ». « Vous savez très bien qu’avec les variants, ce n’est pas possible », a ajouté le chef de gouvernement.